« On ne peut pas annoncer un pacte de croissance et couper dans la cohésion »

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Le commissaire au Budget défend les investissements d’avenir. Selon lui, la France ne sera pas « pardonnable » si elle défend les aides agricoles au détriment des fonds régionaux.

Ces propos ont été recueillis en marge des États généraux du Conseil des communes et régions d’Europe, qui se sont déroulés du 26 au 28 septembre à Cadix (Espagne). 

Etes-vous supris du clivage qui s’est créé au cours des négociations budgétaires pour 2014-2020, entre les pourfendeurs des coupes budgétaires et les avocats de la politique régionale ?

Comme toujours, la règle du jeu dans l’UE, c’est le compromis.

Il va falloir satisfaire tout le monde, dans un contexte contraignant. Nous ne pouvons pas vraiment nous permettre d’étendre le budget européen, même si le Traité de Lisbonne a donné de nouvelles compétences à l’UE, et que nous accueillons la Croatie comme nouveau membre de la famille.

Il faut savoir qu’entre 2000 et 2011, le budget européen a augmenté beaucoup moins que celui des États, 41,7% contre 60% pour la plupart des budgets nationaux.

Comment réagissez-vous face à la menace qui pèse sur la politique de cohésion, que beaucoup d’États du Nord souhaiteraient voir diminuer ?

Ce n’est pas compatible avec l’annonce politique du Conseil européen de juin. Nous savons que nous avons besoin de retrouver l’espoir en l’avenir, et que cela passe par un pacte de croissance, pas seulement par un pacte fiscal.

En ces temps d’austérité, nous ne disposons pas d’autres ressources que les fonds structurels. Ils sont l’exemple type de l’investissement qui génère un effet multiplicateur.

Mais certains annoncent un jour un pacte de croissance, et le lendemain des coupes dans le budget de la cohésion, il y a une contradiction absolue. Nous ne pourrons pas avoir une politique correcte en matière d’emploi et de compétitivité sans les fonds structurels et les fonds pour le développement rural.

La politique agricole commune continue d’être principalement constituée de subventions directes aux agriculteurs. Est-ce une politique de croissance ?

La PAC comprend désormais des obligations supplémentaires, tournées vers le développement durable. Et nous devons maintenir les paiements directs par hectare.

Quand les prix étaient bas, en 2009, ces aides représentaient en moyenne la moitié des revenus des agriculteurs.

Mais ce dont nous avons besoin, ce sont des investissements. Ils passent par la politique régionale, le développement rural et le fonds européen pour les interconnexions (transports, énergie, télécommunications), qui permettront d’attirer les financements de long terme venant du secteur privé.

La priorité de la France est de maintenir ses aides aux agriculteurs, quitte à faire des économies dans d’autres politiques, comme la politique de cohésion…

Ce n’est pas pardonnable. La question des aides directes est très sensible en France, j’en suis conscient. Mais nous devons faire converger l’intensité des aides entre les pays européens.

Ceux qui percevaient le moins jusqu’alors, comme les États baltes, devraient percevoir plus, alors que ceux qui recevaient plus que la moyenne pourront perdre jusqu’à 7%. C’est le cas du Benelux.

Mais il y a de la flexibilité entre le pilier des aides directes et celui des aides au développement rural. Si le choix politique de la France est de maintenir les aides directes, elle pourra le faire en diminuant la part des fonds pour le développement rural.

Je sais qu’il faut prendre en compte la position de de grands pays comme la France, mais l’équilibre est une question-clé. Si elles sont appliquées, les coupes doivent toucher tout le monde.

La Commission salue les coupes dans les dépenses publiques des États, considérant que cela leur permettra de faire diminuer leur déficit. Mais elle leur demande d’épargner le budget européen. N’y a-t-il pas un paradoxe ?

Dans la plupart des pays, les budgets en termes nominaux (hors inflation, ndlr) ont augmenté. Nous, nous défendons le maintien du budget européen pluriannuel en termes réels, sur la base des niveaux de 2013, en tenant compte de l’inflation.

Nous sommes cohérents, surtout en matière de dépenses administratives. En France, l’administration publique coûte 50 milliards d’euros, contre 8 milliards pour l’UE.

Et, pour la première fois en 2013, il devrait y avoir moins de postes dans la fonction publique européenne qu’en 2012. C’est la promesse que je fais.

Que se passera-t-il si les États sont incapables de trouver un accord au sommet européen sur le budget fin novembre ?

Il y aura un trou dans les investissements. Cela signifie que nous ne pourrons pas lancer la nouvelle génération de programmes pour les fonds européens en 2014.

Pour des régions comme l’Andalousie, le Pays de Galles ou encore la Pologne de l’Est, nous ne pouvons pas nous le permettre. Ce serait dommageable, nous avons besoin de perspective et d’investissements continus.

Pour les autorités locales et régionales, il est très important de pouvoir compter sur la promesse stable des financements européens. Ils planifient déjà leurs futurs investissements, c’est essentiel pour la croissance et l’emploi.

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