Recherche : rendez-vous manqué entre la France et l’UE

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Depuis 2007, les scientifiques de l’Hexagone postulent de moins en moins aux appels à propositions lancés par l’UE, alors que leurs homologues européens suivent le chemin inverse. Un rapport de la Cour des comptes s’en inquiète.

Chantre de la croissance en Europe, la France fait ironiquement pâle figure quand il s’agit d’utiliser les fonds européens mis à sa disposition. L’avis rendu par la Cour des comptes, lundi 10 juin, illustre cette situation.

Entre 2007 et 2013, 52,7 milliards d’euros sont disponibles pour financer toute une palette d’actions (technologies de l’information et de la communication, santé, énergie…), mais les chercheurs français ne se saisissent pas de cette manne autant qu’ils le devraient. Entre 2007 et 2012, la France a versé l’équivalent de 6 milliards d’euros pour financer la politique européenne de la recherche, mais n’a reçu, en retour, qu’une enveloppe de 3,42 milliards d’euros.

Ce n’est pas tant la pertinence des projets qui fait défaut au pays, que sa capacité à soumettre des demandes. Les derniers chiffres disponibles montrent que la France a répondu à 36 367 appels à propositions, ce qui la place derrière l’Allemagne (55 141), le Royaume-Uni (54 687), l’Italie (47 530) et même l’Espagne (39 316). En conséquence, la part des fonds européens pour la recherche qui revient à la France n’a eu cesse de s’affaisser depuis 2007, passant de 14,4% à 9,5% en 2012.

Vases communicants

Plusieurs hypothèses viennent étayer cette évolution jugée « préoccupante », par la Cour des comptes. Dès 2010, les équipes de chercheurs ont été accaparées par le programme des investissements d’avenir. D’où l’éloignement progressif des initiatives de l’UE. En outre, l’arbitrage entre les financements européens et nationaux s’est fait largement au profit de l’Agence nationale pour la recherche (ANR), dont les projets sont « plus adaptés à la recherche fondamentale », souligne le rapport.

Le jeu de vases communicants est saisissant : les aides européennes destinées à certains opérateurs publics (CNRS, Inserm, Inra…) ont reculé de 10 % entre 2006 et 2011, quand les financements en provenance de l’ANR augmentaient de 257%.

Réputés difficiles à monter, les dossiers européens ne sont pas les plus gratifiants pour les chercheurs français. Lorsqu’ils apprécient leurs travaux, les inspecteurs de l’Aeres (agence en charge de l’évaluation de la recherche) ne font pas vraiment cas de l’obtention de financements européens, qui ne constitue pas un « critère en soi ».

Aussi contrariant soit-il, le diagnostic de la Cour des comptes est partagé par les principaux concernés. « On a été confrontés à un vrai souci d’articulation entre le niveau national et européen », admet-on au ministère de la Recherche. Un défaut qu’il faudra corriger à partir de 2014 au moment du lancement d’un programme de nouvelle génération, baptisé « Horizon 2020 » et doté de 70,9 milliards d’euros.

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