Rumen Radev : «je crains que l’UE ne reste otage de ses sanctions contre la Russie»

Rumen Radev [Rumen Radev/Facebook]

Exclusif. « La décision de la Bulgarie de choisir l’UE et l’OTAN est stratégique et ne devrait pas être remise en question », a déclaré le nouveau président du pays, Rumen Radev, à EURACTIV avant son arrivée à Bruxelles pour sa première visite officielle.

Rumen Radev, ancien pilote et chef de l’armée de l’air bulgare, a remporté les élections présidentielles haut la main le 13 novembre, en tant que candidat du parti socialiste d’opposition. Souvent étiqueté par les médias étrangers de « prorusse », il rappelle souvent qu’il a servi jusqu’à récemment en tant que pilote pour l’OTAN et a risqué sa vie au quotidien pour protéger son pays.

Monsieur le Président, c’est une période cruciale pour vous en ce moment : vous devez composer un gouvernement intérimaire qui s’assurera de la tenue des élections parlementaires dans de bonnes conditions (le 26 mars). Comment avez-vous choisi le Premier ministre ? Quels sont vos critères pour sélectionner les ministres ? Recevez-vous des conseils des forces politiques ?

La composition du cabinet prouve qu’il est non-partisan et expert. J’ai confié le poste de Premier ministre au professeur Ognyan Gerdzhikov, l’un des rares politiques bulgares s’étant fait ovationner à son départ de la présidence de l’Assemblée nationale.

Le professeur Gerdzhikov est un avocat réputé, un homme avec le sens des responsabilités. Les partis politiques craignaient que la formation du gouvernement se fasse sans leur participation. Et c’est ce qui est arrivé.

Les ministres du cabinet sont perçus comme centristes et experts. Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, Radi Naydenov et Stefan Yanev, sont des professionnels pro-européens et pro-atlantistes. Cherchiez-vous, grâce à ces nominations, à contredire ceux qui vous cataloguent de « président prorusse » ? Quelle est votre position quant aux sanctions européennes imposées à la Russie ?

Cataloguer les gens est une pratique politique simpliste. Certains pays européens acceptent volontairement de participer aux intrigues politiques internes en utilisant des étiquettes.

J’ai déjà rappelé dans mon discours au parlement que la décision de la Bulgarie de choisir l’UE et l’OTAN était stratégique et ne devrait pas être remise en question.

Quant aux sanctions, je ne comprends pas leur utilisation pratique, alors que les pertes qu’elles entrainent sont évidentes. Je crains que la nouvelle administration américaine ne rétablisse le dialogue avec la Russie et que l’UE reste otage de sa guerre de sanctions.

Comment décririez-vous les principaux problèmes auxquels fait face la Bulgarie aujourd’hui ? Les Bulgares vous ont élu à une très large majorité. Il semble évident que de nombreuses personnes souhaitent voir des changements, mais de quel ordre ? Un système judiciaire plus efficace ?

Vous avez tout à fait raison. L’injustice et la faiblesse des revenus sont les principaux problèmes. L’effondrement démographique [dû à l’émigration des Bulgares vers des pays plus riches] en est la conséquence. Rétablir l’équité est la réponse à ces problèmes.

Le système judiciaire est un pilier de l’équité qui a besoin d’être réformé. Une bonne justice crée un environnement plus sûr pour les investissements et contribue donc naturellement à résoudre les problèmes de bas revenus.

Tout le monde sait par ailleurs que la corruption est un problème hérité des régimes précédents. Les recommandations de la Commission dans le dernier rapport sur les progrès de la Bulgarie seront prises en compte par le prochain parlement bulgare qui, espérons-le, mettra en place un exécutif stable.

Les gens rejettent de plus en plus la corruption et l’injustice et cela mènera inévitablement à des réformes nécessaires.

Les électeurs veulent voir de nouveaux visages, pas seulement en Bulgarie, mais aussi dans d’autres pays. Votre élection a coïncidé avec l’élection de Donald Trump, qui a suscité un élan de panique en Europe, peut-être parce qu’un certain nombre de dirigeants s’étaient publiquement opposés à lui durant la campagne. Quelles relations tenterez-vous d’avoir avec Donald Trump, Vladimir Poutine ou Xi Jinping ?

Durant ma campagne j’ai souvent dit que la politique étrangère bulgare devait être formulée en Bulgarie et appliquée dans le reste du monde, pas le contraire.

Ces dernières années, ça n’a pas toujours été le cas. L’existence de plusieurs centres géopolitiques devrait être une autre raison pour que l’UE cherche à préserver son unité, car seule une UE unie peut jouer sur un pied d’égalité avec d’autres acteurs majeurs. J’espère établir des relations pragmatiques et mutuellement bénéfiques avec les dirigeants américain, russe et chinois.

La Bulgarie détiendra la présidence tournante de l’UE au premier semestre de 2018. La préparation de ce semestre sera surement une de vos priorités. Votre prédécesseur a prévenu des risques d’un retrait de la présidence si la Bulgarie ne contribuait pas à l’unité de l’UE. Qu’en pensez-vous ?

Je rejette catégoriquement l’idée selon laquelle la Bulgarie risque de perdre la présidence. Au contraire, je suis convaincu qu’elle portera ses fruits.

Dans le gouvernement intérimaire, j’ai pris la décision de nommer un Premier ministre adjoint [Denitsa Zlateva] pour la préparation de la présidence bulgare de l’UE, ce qui permettra une coordination efficace des activités de ce semestre.

Les équipes existantes [préparant la présidence] resteront.

Le 30 janvier, vous allez faire votre première visite officielle en tant que chef d’État de la Bulgarie. Sans surprise, vous choisissez Bruxelles en tant que première destination. Qu’attendez-vous de cette visite ?

Avec cette visite, je compte respecter les engagements pris lors de mon élection et établir des contacts de travail avec M. Juncker, M. Tusk et M. Tajani.

Je souhaite discuter avec eux des relations entre Sofia et Bruxelles et de l’avenir de l’Union européenne, qui, selon moi, devrait être préservé à n’importe quel prix, malgré les difficultés, car son érosion signifierait une perte impardonnable de temps historique. J’ai aussi une réunion avec le président de l’OTAN, M. Stoltenberg.

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