Christophe Arend : « le traité d’Aix-la-Chapelle veut supprimer les irritants du quotidien»

Christophe Arend, à l'Assemblée nationale en juin 2018

Améliorer à terme le quotidien des 150 millions d’Européens qui vivent en zone transfrontalière est l’un des enjeux du traité d’Aix-la-Chapelle, qui doit être signé le 22 janvier entre la France et l’Allemagne.

Christophe Arend est député de Moselle, président du groupe d’amitié franco-allemand. Médecin, il fait partie du groupe LREM et travaille depuis un an sur le projet de traité franco-allemand et son pendant parlementaire, qui prévoit la création d’une chambre franco-allemande.

Quels sont les éléments importants du traité d’Aix-la-Chapelle selon vous ?

Pour moi, c’est la défense et le paquet transfrontalier. Ce qui pose problème aujourd’hui aux Européens, ce sont les irritants du quotidien : c’est un frein à l’idée même de l’Europe.

Après le Brexit on va avoir 440 millions d’habitants en Europe dont 150 millions vivent dans des zones frontalières. Comment je peux dire que je suis pour l’Europe quand dans ces zones la coopération entre deux pays pose problème au quotidien ?

C’est par la levée de ces problèmes que nous arriverons à être véritablement pro-européens. Ce n’est pas par des grandes déclarations politiques, c’est par la coopération qu’on sera fondé à dire que l’UE a amélioré le quotidien des gens.

Quels sont ces « irritants du quotidien » selon vous ?

Sur la ligne de chemin de fer entre la France et l’Allemagne, les tensions nominales des locomotives sont différentes, et on s’organise au coup par coup, il faudrait un accord permanent. Il faut aussi renégocier la location des rails, tous les deux ans, ce qui prend du temps inutilement, il faudrait pérenniser des accords.

La mise en commun au niveau de la culture, des échanges, c’est beaucoup de choses très concrètes. C’est aussi pour cela que nous prévoyons de transposer les directives européennes en collaboration : il faut arrêter d’amplifier les hiatus.

Il y a 5 ans, un habitant de Forbach qui faisait un infarctus était transporté en ambulance à Metz, à 30 minutes de là. Depuis, une coopération sanitaire est entrée en vigueur : les patients sont transférés dans un autre hôpital, en Allemagne. On a monté le taux de survie dans ma circonscription à 93 % en cas d’infarctus. Cette coopération va s’étendre, fin février, de la cardiologique à la neurochirurgie, et la médecine nucléaire. C’est un exemple important, on a aussi des Allemands qui viendront se faire soigner en France

Est- ce que la langue n’est pas un obstacle ?

Pour comprendre l’autre, il faut parler sa langue, ce qui permet de comprendre sa culture. Donc bien sûr, il faut promouvoir l’apprentissage de l’allemand, en plus de l’anglais.

Dans la promotion du bilinguisme, on prévoit ainsi de laisser un enseignant allemand partir à mi-temps en France, et vice versa. Ce n’est pas possible légalement aujourd’hui : cela pose des problèmes d’assurances, de législation. C’est une des expériences qui va être tentée grâce au traité d’Aix-la-Chapelle et des euro-districts, qui permettent d’expérimenter des solutions localement. Quitte à les étendre ensuite.

Comment va se passer cette coopération concrètement ?

Nous allons ratifier l’accord parlementaire entre le Bundestag et l’Assemblée nationale prochainement. Il prévoit la création d’une nouvelle chambre avec 50 députés français et 50 allemands. Elle ne fera pas la loi mais elle aura pour fonction la discussion sur les transpositions, ainsi que le contrôle du traité d’Aix-la-chapelle. Cela permettra de discuter de façon transpartisane la façon dont la France et l’Allemagne peuvent s’exprimer en commun.

L’assemblée devrait se retrouver trois fois par an alternativement en France et en Allemagne, en plus d’une réunion plénière des deux chambres. Il n’y a pas de siège défini et fixe, certains ont proposé Strasbourg, mais la question n’est pas tranchée.

Qu’est ce qui change dans cette coopération par rapport au traité de l’Elysée de 1963 ? 

Nous voulons susciter l’élan européen, et soutenir des initiatives citoyennes. On s’intéresse à la coopération de la société civile, des entreprises, des industries. Par exemple on souhaite voir une plate-forme d’information franco-allemande se développer. Les médias de services publics sont en train de se pencher sur la question, on veut les inciter à coopérer, mais nous attendons aussi des initiatives privées bien sûr.

La contestation des institutions est vive en France actuellement, notamment avec le mouvement des gilets jaunes. Que pensez-vous de la proposition de referendum d’initiative citoyenne par exemple ?

J’entends bien les requêtes. Je peux vous dire que quand je suis allé voir les gens sur les ronds-points en Moselle, les revendications portaient pour un cinquième sur des problèmes de coordination franco-allemande. Des questions d’indemnisation par exemple : les droits sont différents de part et d’autre de la frontière, ce qui pose problème en cas d’accident du travail.

Je crois qu’il faut éviter d’aller aux urnes pour toute prise de décision, et de rendre les sujets nationaux, alors qu’ils sont locaux.  Une des réponses à la participation citoyenne est dans le numérique. Mais les préoccupations ne sont pas les mêmes au niveau local : les mosellans n’ont pas les mêmes préoccupations que d’autres.

Etes-vous favorable à une Europe fédérale ?

Je crois que c’est une option très raisonnable à 20-30 ans, à condition que les jeunes générations soient incitées à entrer en contact avec les autres cultures pour bien se comprendre. Pour cela, il faut développer l’Abi bac, les cursus bi-nationaux.

Nous pouvons aussi nous inspirer des outils allemands en matière de politique locale et fédérale, comme le « Bundeszentralle fur politishe bildung ». C’est une plateforme où les citoyens peuvent s’exprimer, avoir des analyses de vote.

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