«L’UE doit libérer le potentiel des régions insulaires»

Vasco Cordeiro, président de la CRPM et président du gouvernement régional des Açores. [European Union / Patrick Mascart]

Le futur cadre de la politique de développement régional après 2020 doit davantage prendre en compte les enjeux liés à l’insularité, affirme Vasco Cordeiro.

Vasco Cordeiro est président de la Conférence des Régions périphériques maritimes (CRPM) et président du gouvernement régional des Açores.

En tant que président de la CPMR, êtes-vous satisfait de l’implication des régions dans la préparation de la prochaine politique de cohésion ?

Je ne pense pas être le mieux placé pour juger de l’avancement des régions non membres de la Conférence des Régions périphériques maritimes (CRPM), mais je suis très satisfait de celles avec qui je collabore.

Néanmoins, j’aimerais souligner à quel point il est important que les régions, d’une façon générale, prennent part au débat. Pas pour grappiller un million ou deux de la part du Cadre financier pluriannuel (CFP), mais vraiment pour apporter de réels changements. C’est la première fois que nous recevons plus d’argent pour des programmes gérés directement par la Commission européenne que pour ceux gérés par les régions et les États membres.

La question n’est pas où nous allons, mais quelles routes nous emprunterons pour y arriver. La CPMR est très impliquée dans cette discussion, comme devraient l’être toutes les régions, à mon avis. Et pas seulement au niveau européen, mais aussi national.

La CPMR semble opposée à la proposition de la Commission relatives aux îles. Pensez-vous trouver un compromis ?

Oui, je pense que la proposition peut être améliorée. La Commission a fait preuve de bonne volonté en ce sens, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous nous réunissons régulièrement, afin d’expliquer notre positionnement ainsi que les motivations qui nous poussent à nous concentrer sur les gouvernements nationaux. C’est le Conseil européen qui prendra les décisions finales.

Nous continuons à demander à la Commission de développer une politique de cohésion forte après 2020, avec une reconnaissance accrue des disparités régionales entre les îles. Dans cette proposition, il manque une certaine cohérence ainsi qu’une attention toute particulière vis-à-vis de l’insularité, pourtant définie dans l’article 174 du traité de Lisbonne. Les législateurs doivent se pencher sur les conditions législatives et financières qui permettront de libérer le potentiel des régions insulaires, dans l’intérêt de l’UE dans son ensemble.

Pour améliorer cette situation, le futur règlement sur les dispositions communes en matière de partenariat et de gouvernance multi-niveaux devrait non seulement faire référence à la cohésion territoriale et à l’article 174, mais aussi préciser comment la politique de cohésion compte répondre aux besoins et défis des territoires spécifiques, en sachant que dans l’idéal, tous les territoires insulaires doivent bénéficier de la même flexibilité en termes de concentration thématique dans le cadre du FEDER.

En ce qui concerne la coopération territoriale européenne, nous nous positionnons contre l’abandon des programmes de coopération transfrontalière maritime. Nous souhaitons également un financement supplémentaire de la part de la politique de cohésion en faveur des États membres où se situent des îles. Une autre possibilité serait d’instaurer des mécanismes de redistribution en faveur des îles au niveau national, avec un financement FEDER et FSE réservé aux territoires insulaires.

En clair, la proposition de la Commission pour après 2020 est un premier pas. En tant que régions, nous devons nous efforcer de continuer à influencer la décision finale.

Que pensez-vous de l’idée d’intégrer la coopération territoriale et de supprimer Interreg Europe ? Quelle est votre approche à cet égard et dans quelle mesure les régions sont-elles prêtes à mettre en œuvre cette nouvelle structure ?

Je peux concevoir que l’on veuille centraliser les coopérations territoriales, mais je pense que l’idée a besoin d’être peaufinée. Lorsque l’on rédige ce genre de mesures, il faut garder en tête que toutes les régions d’Europe sont différentes, et ont leurs spécificités. Parfois, un mécanisme peut se prêter parfaitement à certaines régions mais pas du tout à d’autres.

Quoi qu’il en soit, la CPMR s’oppose à la désintégration d’Interreg Europe, qui a selon nous largement fait ses preuves au fil des années.

Étant donné les conséquences non négligeables du changement climatique, notamment la potentielle hausse du niveau de la mer, estimez-vous qu’il faille instaurer une politique spéciale pour protéger les îles européennes ?

Les catastrophes naturelles qui ont touché l’Europe et ses îles ont mis en évidence la nécessité d’établir une réponse rapide et efficace à cette question pressante. Ces dernières années, l’Union européenne a fait des progrès en termes de versement des financements et du cadre réglementaire entourant la lutte et l’adaptation au changement climatique. Il faudra cependant en faire plus.

Les tempêtes et inondations qui ont eu lieu dans les îles Baléares montrent clairement l’urgence de la situation. Il faut sans tarder trouver des mesures politiques et techniques ciblées et adaptées aux vulnérabilités géographique, environnementale et socioéconomique des îles.

L’UE doit renforcer les mesures législatives et programmes de financements existants pour les îles. Elle doit aussi mettre en place des mesures novatrices pour améliorer l’efficacité de son action de soutien à la lutte et à l’adaptation climatique.

Prenons pour exemple une mesure simple mise en œuvre dans ma région, les Açores, après les conditions météorologiques extrêmes et la sécheresse qui nous ont frappés en 2018. Un programme de soutien extraordinaire a été introduit pour compenser les agriculteurs ayant perdu leur production, notamment les cultures de maïs, de légumes et de tabac.

L’UE devrait montrer son engagement face aux besoins environnementaux des îles en répliquant et en promouvant des exemples comme celui-là. Fournir des solutions efficaces à des difficultés quotidiennes est le seul moyen de rapprocher l’UE de ses citoyens.

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