« Tout Allemand qui se respecte doit condamner la position de l’AfD sur l’Islam »

Thomas Oppermann (au centre) [SPD/Flickr]

Le président du groupe parlementaire du SPD, Thomas Oppermann, estime que le dialogue avec les populistes de droites est devenu inévitable en Allemagne. Une interview de notre partenaire Der Tagesspiegel.

Après presque trois ans de coalition, le parti social-démocrate (SPD) se situe à seulement 20 % dans les sondages. Qu’est-ce qui ne va pas ?

Le SPD ne fait rien de mal au gouvernement. Nous faisons du bon travail et avons accompli les plus grandes réussites politiques de ces dix dernières années, dont le salaire minimum, la réforme des retraites et, récemment, la loi sur l’intégration. Tout cela contribue à l’amélioration de la vie de nombreuses personnes et au renforcement de l’économie de marché sociale.

Alors comment expliquez-vous votre mauvaise performance ?

Malheureusement, ces succès ne sont pas automatiquement attribués au SPD. Mais aucun remplaçant n’est prêt à faire du bon travail gouvernemental. Et nous ne sommes pas élus sur ce que nous avons fait, mais sur ce que nous proposons pour l’avenir. Voilà pourquoi nous travaillons dur sur notre programme électoral pour 2017. C’est ce qui nous distinguera des autres partis.

Comment ?

Bill Clinton a dit un jour qu’il se trouvait dans le jeu politique pour « les gens qui travaillent dur et respectent les règles du jeu ». C’est aussi notre devise. Nous nous devons de protéger les gens qui travaillent dur et qui respectent les règles du jeu. Nous devons nous assurer qu’il existe une justice en Allemagne et que la société agit de concert. C’est là que les politiques d’éducation interviennent et ouvrent des opportunités à tous.

Le SPD a toujours voulu être le champion de la sécurité sociale et de la justice. Les gens pourraient-ils ne plus croire en cette promesse ?

La confiance en la capacité de l’État à faire appliquer les règles et à garantir la sécurité a en effet disparu. C’est au SPD de restaurer cette confiance.

Entrons dans les détails : le SPD, le parti de la justice sociale, peut-il renoncer à une augmentation des taxes ?

Jusqu’à présent, la coalition est restée à l’écart de toute politique fiscale, car nos objectifs sont trop divergents. En 2017, nous proposerons un plan de réajustement fiscal. Il n’est pas normal que le travail soit beaucoup plus taxé que les gains en capital. Nous allons mettre les évadés fiscaux dos au mur et nous charger des personnes impliquées dans les Panama papers. Nous ne devons pas avoir peur de mettre ces pays sous pression, pour qu’ils soient plus transparents et combattent eux-mêmes la fraude fiscale.

Le leader de votre parti, Sigmar Gabriel, veut s’assurer de ne pas réduire les retraites. Que promettez-vous exactement ?

Tout ne tourne pas autour de l’argent, mais de la manière donc le travail est valorisé. Quelqu’un qui a travaillé dur toute sa vie devrait recevoir une retraite correcte. C’est une partie essentielle de la justice sociale et c’est bien que nous discutions de cela.

Dans quel type de coalition voudriez-vous être après les prochaines élections ?

Seul le temps le dira. Politiquement, nous avons beaucoup de points communs avec les Verts.

Quelle est votre position sur la montée de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) et comment allez-vous gérer cela ?

Nous devons faire preuve d’endurance et de sang-froid. S’indigner des choses ne fera rien évoluer. On ne peut pas éviter les discussions tendues avec les populistes de droites sur de véritables sujets politiques.

>> Lire : L’AfD veut être légitime sur d’autres thèmes que l’immigration

N’êtes vous pas outré de la position de l’AfD sur l’Islam et de sa place dans la société ?

Bien sûr que je suis outré. Il est inacceptable que l’AfD veuille exclure les musulmans de notre société et les qualifie d’indésirables. Faire campagne contre une minorité religieuse ne fera que diviser notre société. Tout Allemand qui se respecte doit condamner cela. En même temps, oui, il faut reconnaître que l’islamisme politique radical n’est pas compatible avec nos valeurs et notre constitution et doit être puni par la loi.

Votre homologue dans la coalition, Volker Kauder (CDU), a proposé de placer les mosquées sous le contrôle de l’État pour éviter les discours de haine. Le SPD est-il favorable à cette mesure ?

Nous devons être très prudents avec cette question, car la majorité des musulmans présents dans notre société n’ont rien à voir avec des discours de haine religieux. Je suis favorable au contrôle de ces positions extrêmes, mais je veux que la liberté de religion soit préservée.

L’AfD soutient que le gouvernement est dépendant de la Turquie dans la crise des réfugiés.

L’accord conclu avec la Turquie est raisonnable et bénéficie tout particulièrement aux réfugiés. Ils n’ont plus à mettre leur vie entre les mains de trafiquants criminels. Et l’idée selon laquelle Berlin a été victime de chantage ne devrait pas être répandue.

En parlant de la Turquie : le Bundestag reconnaîtra-il le génocide arménien ?

Le 2 juin, le Bundestag adoptera une résolution pour qualifier le massacre de masse et l’expulsion des Arméniens durant la Première Guerre mondiale un génocide.

>> Lire : Berlin reconnait le génocide arménien

Craignez-vous que la Turquie réagisse mal à cela ?

La chancelière a déjà fait une erreur en annonçant le lancement de procédures pénales à l’encontre de Jan Böhmermann, donc l’Allemagne ne devrait pas prendre de mauvaises décisions sur cette question.

Vous considérez Sigmar Gabriel comme l’un de vos derniers puissants alliés. Pourquoi tant de vos collègues sont-ils déçus ?

Sigmar Gabriel a fait beaucoup de choses pour le SPD. Après une lourde défaite aux élections, il nous a ramenés au gouvernement. Durant les deux dernières années de gouvernement, nous avons accompli beaucoup de choses grâce à lui. C’est pour cela que je pense que Sigmar Gabriel sera bien préparé pour les élections de l’année prochaine.

Peut-il toujours être candidat à la chancellerie ?

Bien sûr, en tant que président du SPD, il a toutes ses chances.

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