«Aucun passe-droit n’est possible sur l’état de droit»

Le ministre allemand des Affaires européennes, Michael Roth. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

L’UE est une communauté de valeurs partagées selon le ministre allemand des Affaires européennes, Michael Roth (SPD), en référence à la campagne anti-Soros en Hongrie et à la procédure d’infraction de l’état de droit contre la Pologne.

Michael Roth est ministre allemand des Affaires européennes depuis 2013. Il est membre du Parti social-démocrate allemand (SPD).

Le parlement hongrois débat actuellement d’un paquet législatif qui pourrait drastiquement restreindre les droits des organisations  de soutien aux réfugiés. Le Premier ministre, Viktor Orbán, est-il en train de quitter définitivement le chemin de la démocratie ?

Viktor Orbán est un chef de gouvernement qui a bien entendu été élu démocratiquement. Néanmoins, je suis très inquiet que son idée d’une démocratie majoritaire signifie qu’il se soucie peu du point de vue des minorités. La loi « Stop Soros », avec laquelle Viktor Orbán veut limiter le soutien du milliardaire américain George Soros à la société civile hongroise et au travail des organisations d’aide aux réfugiés, est déconcertante.

Nous avons l’impression que la campagne anti-Soros financée par l’État met en avant des stéréotypes dangereux : George Soros est diabolisé comme un « capitaliste financier juif » et un travailleur réfugié illégal. Tout le monde est libre de critiquer George Soros, mais le diaboliser comme c’est le cas actuellement en Hongrie, je trouve que c’est très dangereux et inacceptable.

Viktor Orbán exagère-t-il la  polémique dans le but d’être réélu lors des élections parlementaires d’avril ?

Toutes les campagnes électorales essaient de se démarquer dès le départ. Néanmoins, certains principes doivent s’appliquer. Il est inacceptable qu’un État membre de l’UE soit aussi méprisant envers les valeurs fondamentales européennes. Surtout parce que l’UE est plus qu’un marché unique. L’UE est une communauté de valeurs partagées qui lient tous ses membres. Le gouvernement allemand n’a aucun intérêt à entrer dans un conflit bilatéral avec la Hongrie, bien au contraire. Mais quand les valeurs de l’UE sont ignorées, on ne peut pas rester les bras croisés.

Face à ces violations des droits fondamentaux européens, la procédure de l’article 7 du traité de Lisbonne pour la révocation du droit de vote dans l’UE devrait-elle être déclenchée contre la Hongrie, comme la Commission l’a déjà fait pour la Pologne ?

La Commission utilise déjà plusieurs instruments pour le cas hongrois, dont un certain nombre de procédures d’infraction. La Commission peut compter sur notre soutien pour cela. Quant à l’invocation de l’article 7, pour le moment je ne peux pas me prononcer.

Le conditionnement des financements européens à l’état de droit agace la Pologne

La proposition de la Commission de conditionner les fonds du budget européen à l’état de droit fâche Varsovie, même si Jean-Claude Juncker espère un réchauffement dans les relations entre la Pologne et Bruxelles. Un article d’Euractiv Pologne.

À Bruxelles, des procédures d’infraction ont été lancées contre la Hongrie, la République tchèque et la Pologne car les trois pays refusent la décision de l’UE d’accepter des réfugiés. Selon Viktor Orbán, l’immigration « est dangereuse pour notre sécurité, pour notre mode de vie et pour la culture chrétienne ».

De grands progrès pourraient être réalisés si Budapest cessait de faire une telle propagande. Il y a actuellement environ 400 réfugiés en Hongrie. Dire que le pays est envahi par les réfugiés donne donc une image faussée. Comme la Hongrie, nous pensons que la protection des frontières extérieures doit être renforcée. Il ne s’agit pas de construire une « Europe forteresse », mais les tous les citoyens de l’UE ont le droit de savoir qui entre dans l’UE.

Si malgré tout Viktor Orbán reste ferme dans son rejet des quotas de réfugiés, les ministres européens de l’Intérieur pourront-ils voter les quotas de réfugiés à la majorité et imposer cette décision à la Hongrie, comme ils l’ont fait en 2015 ?

Cela reste à voir. Personne ne doit s’excuser d’utiliser les procédures législatives prévues dans l’UE. Prendre des décisions à la majorité n’est absolument pas une violation du droit applicable. Dans certains pays, la question de l’intégration et de la migration est relativement nouvelle. Ils ont moins d’expérience que l’Allemagne en la matière. Je comprends cela. C’est aussi pour ça qu’il est important que les pays comme l’Allemagne servent d’exemple et affirment haut et fort que la diversité des religions, des cultures, des ethnies peut parfois être difficile mais nous enrichie et nous rend plus fort.

La Hongrie accuse l'UE d'une chasse aux sorcières au sujet des réfugiés

La Hongrie est convaincue que les institutions européennes sont du mauvais côté de l’histoire dans le contexte de la crise migratoire, selon Zoltán Kovács, porte-parole du gouvernement hongrois.

La chancelière allemande, Angela Merkel a émis la possibilité de conditionner les subventions européennes aux régions structurellement pauvres à l’accueil des réfugiés. Qu’en pensez-vous ?

Nous devrions dissocier la discussion sur la période budgétaire post-2021 de la situation particulière en Hongrie et en Pologne. Ce que nous voulons pour le futur cadre budgétaire de l’UE concerne les 27 États membres. D’abord, le fait qu’un État membre mette en place des réformes structurelles ou non a des implications financières. Ensuite, nous voulons lier le versement de fonds européens au respect des principes de l’état de droit. Toutefois, nous ne devrions pas seulement parler de sanctions et de coupes budgétaires. Je propose d’établir un fond européen propre aux valeurs fondamentales et à l’état de droit à l’avenir.  Ce fonds pourrait soutenir la société civile là où l’état de droit est en danger. Un tel fonds pourrait tout à fait être créé dans le cadre du fonds européen pour l’investissement stratégique.

En ce qui concerne la Pologne, quelles sont les prochaines étapes de la procédure de l’article 7 ?

Tout d’abord, il ne s’agit pas d’un désaccord entre l’Allemagne et la Pologne, mais d’une discussion nécessaire entre l’UE et la Pologne. J’espère toujours que nos partenaires polonais seront prêts à respecter les conditions de la Commission.

Il doit cependant être clair qu’il n’y a aucun passe-droit possible sur l’état de droit.

Comment envisagez-vous le rôle de l’Allemagne au sein de l’UE ? Berlin est-elle une médiatrice entre les « vieux » États membres et les « nouveaux » ?

Nous devons admettre franchement que les « vieux » et « nouveaux » États restent très éloignés, même 14 ans après l’élargissement. Ils n’ont pas grandi ensemble. Nous ne sommes pas du tout assez attentifs à la situation en Europe centrale et de l’Est. Je suis très impressionné par les travaux de l’intellectuel bulgare Ivan Krastev à ce sujet. Il rappelle à raison aux Européens occidentaux qu’ils ne se sont pas intéressés à cette partie de l’Europe.

À l’Ouest, on sous-estime souvent l’ampleur des transformations économiques et sociales qui se sont opérées en Europe centrale et de l’Est depuis 1989. Rien qu’en Hongrie, depuis 2010, environ 600 000 personnes, surtout des jeunes, ont émigré. Et c’est surtout les citoyens tournés vers l’UE qui ont quitté leurs pays en masse. Pour nos voisins, c’est une perte très lourde, et nous ne devrions pas l’oublier.

Subscribe to our newsletters

Subscribe