Ignacio Molina: Les séparatistes catalans n’obtiendront jamais le soutien de l’UE

Ignacio Molina

Pour les séparatistes catalans les plus radicaux, les élections autonomes du 27 septembre prochain offrent une ouverture sur une hypothétique sécession avec l’Espagne. Une stratégie dangereuse, selon le chercheur Ignacio Molina.

Ignacio Molina est chercheur et spécialiste de l’UE au Real Instituto Elcano, un des groupes de réflexion espagnols les plus prestigieux.

Comment sommes-nous arrivés à ce point de tension maximal entre la communauté autonome de Catalogne et le gouvernement central de Madrid ?

De nombreux Catalans ont un problème de connexion mentale, émotionnelle et sentimentale avec l’Espagne. On ne peut pas le nier. D’un autre côté, il faut reconnaître que la Catalogne a de nombreux avantages à faire partie de l’Espagne : une meilleure protection internationale, une prospérité économique grâce à un marché intérieur beaucoup plus vaste. En résumé, les Catalans ne reconnaissent pas les avantages d’appartenir à l’Espagne. En ce moment, là-bas, tout est très radical et théâtral. Dans les rangs sécessionnistes, beaucoup de personnes savent que [le mouvement indépendantiste] est voué à l’échec ou à un conflit incontrôlé. Ils préfèrent une défaite épique que des négociations pratiques et rationnelles avec Madrid afin d’obtenir plus d’autonomie.

D’un autre côté, si quelqu’un demande quel sera l’impact international du cas catalan, je répondrai aucun. Si ce phénomène entraine une réaction violente ou une prise de contrôle du territoire, cela changerait complètement la donne. Mais pour le moment, les deux parties se trouvent dans un processus démocratique et pacifique.

D’où vient le mécontentement de nombreux Catalans ? Madrid a-t-elle fait tout ce qu’elle pouvait en ce sens ?

Bien sûr, des reproches pourraient être faits des deux côtés, en Catalogne et à Madrid. Il est possible qu’à un moment donné, il ait été fait usage du droit de manière excessivement rigide, mais cela dépend bien entendu de qui l’analyse, de son point de vue et son idéologie. Ce type de phénomène sécessionniste n’est pas nouveau. Il y a quelque temps, au Canada [Québec], on parlait même d’un processus de « sécession unilatérale ». Ce genre de propositions, comme celles récemment lancées par « Junts pel si », ont déjà été formulées à plusieurs reprises et dans des démocraties avancées comme en Espagne.

Ces derniers jours, plusieurs spécialistes du droit constitutionnel ont signalé que le gouvernement central pouvait « suspendre » temporairement l’autonomie catalane en cas de violation de la Carta Magna espagnole. C’est un sujet très délicat. Qu’en pensez-vous ?

Bien sûr que c’est un sujet très délicat, mais de mon point de vue, tant que ce processus est pacifique, il n’y aura pas de problèmes majeurs. Même dans l’hypothèse où le gouvernement central décidait de suspendre l’autonomie espagnole (selon l’article 155 de la Constitution espagnole dans des cas très exceptionnels), l’Union européenne verrait cela comme quelque chose de « normal » dans un processus démocratique, et ne serait pas scandalisée.

Les séparatistes catalans seraient-ils soutenus à l’étranger dans leur face-à-face avec Madrid ?

L’indépendantisme catalan n’a pas de dimension internationale. Le mieux que les forces séparatistes puissent obtenir sont des tribunes dans des médias internationaux et peut-être quelques témoignages de sympathie. Cependant le cas catalan n’aura jamais une dimension internationale aux yeux des institutions internationales, des gouvernements de l’UE et d’autres parties du monde. Il sera toujours perçu comme un sujet tout à fait propre à l’Espagne. Par ailleurs, la Catalogne possède le Statut autonome (la dernière loi date de 2006) le plus avancé de toute l’Europe : beaucoup plus que l’Écosse. À part peut-être Québec, ou la Flandre [et la Wallonie] en Belgique, il est très difficile de trouver une communauté avec autant de compétences.

Est-ce une stratégie calculée ?

Oui. Il est fort probable que derrière cette stratégie de pression d’Artur Mas (le président catalan) et de « Junts pel si », se cache l’objectif d’obtenir encore plus de compétences de la part de Madrid. Même dans ce scénario, il est peu probable que les séparatistes catalans obtiennent le soutien de la communauté internationale et certainement pas de l’UE.

La question clé du débat est que la Catalogne ne peut, en aucun cas, être un cas juridique de « sécession unilatérale » comme celui du Timor Oriental, le Soudan du Sud, le Kosovo, la Chypre du Nord, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, entre autres. Dans tous ces cas, il y a bien eu une déclaration unilatérale d’indépendance, mais les conséquences étaient différentes : certaines ont échoué, d’autres ont été couronnées de succès.

Sur quoi s’appuient les indépendantistes catalans pour soumettre leurs demandes ?

Pour que la communauté internationale soutienne les aspirations d’indépendance d’une région ou d’une communauté, celle-ci doit avoir un statut juridique très fort. C’était le cas du Timor Oriental ou du Soudan du Sud. Ce statut juridique peut-être lié à divers éléments : décolonisation, crimes contre l’humanité, langues locales, etc. Ce n’est pas le cas de la Catalogne, qui n’a même pas essayé de convaincre la justice qu’elle disposait de ces arguments.

Depuis quelques années, les indépendantistes catalans appuient une grande partie de leur stratégie sur le fait que, selon eux, l’Espagne a adopté une approche de recentralisation qui affecte toutes les communautés autonomes espagnoles, pas seulement la Catalogne.

Pour eux, à cause de la crise économique, de la nécessité de contrôler davantage les déficits publics des communautés autonomes et des demandes de l’UE, le gouvernement espagnol de droite veut décentraliser certaines choses pour mieux les contrôler.

Ces critiques sont-elles justifiées ?

Certaines d’entre elles peuvent être fondées, mais elles sont à des années-lumière de pouvoir justifier une demande de sécession unilatérale de la Catalogne.

D’un autre côté, je crois que les séparatistes catalans devraient être plus prudents, car ils pourraient obtenir le contraire de ce qu’ils recherchent : être dédaigné par la communauté internationale, et surtout l’UE, pour avoir remis en cause des éléments essentiels d’une démocratie moderne. Il ne faut pas oublier que le consensus au sein de la communauté internationale est que l’intégrité territoriale et l’ordre constitutionnel sont des valeurs à protéger et que dans ce cas, étant donné que la Catalogne n’a subi aucune offense grave, les séparatistes n’ont aucune raison de mettre en place cette stratégie. 

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