Iratxe García : « Dans les Etats membres, la réponse à la politique européenne a été l’essor des extrêmes »

Iratxe García

La présidente de la délégation socialiste espagnole au Parlement européen refuse de comparer la situation politique grecque, où le parti socialiste s’est effondré au profit de Syriza, à celle de l’Espagne. Une interview réalisée par EURACTIV Espagne

Iratxe García est présidente de la délégation socialiste espagnole au Parlement européen et secrétaire de l’Union européenne au PSOE (parti socialiste espagnol).

Quel rôle tient l’Europe dans le programme socialiste ?

Le parti socialiste espagnol (PSOE) n’est pas seul en Europe, nous faisons partie de la grande famille sociale-démocrate européenne, qui, malgré ses différences économiques et culturelles, tente de proposer une Europe différente. Le PSOE s’est replacé au cœur de la politique européenne et du Parti socialiste européen (PSE).

Nous savons que pour que l’Espagne avance, pour offrir une alternative au pays, il est nécessaire que l’Europe change.

On compare souvent les cas grec et espagnol, Syriza et Podemos. Le PSOE est-il l’équivalent du Mouvement socialiste panhellénique (PASOK) ?

Le PSOE n’est pas du tout comparable au PASOK. Les résultats des élections andalouses ont montré à ceux qui disaient que le PSOE était dans la même situation que le PASOK qu’ils avaient tort.

Durant les élections grecques et après les résultats, nous l’avions constaté : le PASOK a souffert des conséquences de sa coalition avec la droite grecque qui a dû réaliser des coupes dramatiques pour la population. La population les a punis.

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En Espagne, ce n’est pas le cas car nous ne faisons pas partie, et nous ne ferons pas partie d’une coalition avec le Parti populaire (PP). C’est quelque chose que nous répétons à l’envi car certains se plaisent à semer le doute.

La seule chose que nous avons à l’esprit est de remporter les prochaines élections pour pouvoir changer les choses et proposer un projet alternatif. Nous ne nous assimilons donc pas au PASOK et sommes en train de consolider le changement que les citoyens nous réclament. Nous avons pris bonne note des erreurs que nous avons commises et nous menons désormais une politique plus proche, plus transparente, avec un compromis réel pour un véritable projet qui est compris par les citoyens.

Pour continuer sur cette comparaison entre Syriza et Podemos, le PSOE craint-il les partis émergents ?

Le PSOE n’est pas le PASOK et Syriza n’est pas Podemos. Syriza a une histoire.

Dans la plupart des États membres, la réponse à la politique européenne a clairement été l’essor des nouveaux partis représentant tout le spectre idéologique, depuis l’extrême droite jusqu’à l’extrême gauche. Ces partis canalisent la frustration et la colère des citoyens et la dirigent vers la politique traditionnelle. De notre côté, nous devons assumer, comprendre et provoquer le changement. C’est sur cette voie que nous nous trouvons actuellement.

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Nous comprenons parfaitement qu’une grande partie de la population est déçue par certains partis. Il faut que nous apprenions de nos erreurs et que nous mettions en place le projet responsable que l’on nous demande en matière de transparence et de lutte contre la corruption.

Je relève le défi avec optimisme.

L’alternative économique de Pedro Sánchez, le secrétaire général du parti a fait le tour du monde ces derniers mois, arrivant même jusqu’à Washington. Quelles en sont les grandes caractéristiques ?

L’austérité à elle seule n’a pas été capable de résoudre les problèmes économiques. Au contraire, elle n’a fait qu’engendrer injustices et inégalités.

Tout d’abord, nous devons supprimer tout déficit public excessif et inutile et nous savons désormais qu’une politique de contrôle des dépenses doit être accompagnée d’une politique de croissance, d’investissement et de création d’emploi. Voilà ce que nous essayons de promouvoir.

Le plan Juncker peut être une base, mais ce n’est pas suffisant. Nous avons besoin de plus de budget pour mettre en place un politique d’investissements plus dynamique. Comment obtenir du budget en Europe ? C’est la grande question. Il faudrait également élaborer une politique fiscale européenne, une taxe sur les transactions financières et lutter contre les paradis fiscaux. Pour mettre en place une politique de croissance et d’investissements, nous avons besoin d’argent. Cet argent pourrait provenir d’une politique fiscale différente. Au Parlement européen, une commission spéciale se consacre à la question avec énergie.

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On demande à nos citoyens de ne pas vivre au-dessus de leurs moyens, de se serrer la ceinture, on leur annonce des coupes budgétaires, et pendant ce temps-là, les grandes fortunes ne paient pas d’impôts. Ils ont raison de se poser des questions. Nous voulons renverser cette tendance.

Nous devons être conscients qu’au moment où nous renouerons avec la croissance économique, et certains indicateurs montrent que nous sommes dans cette situation en ce moment, nous devons nous assurer que cette croissance est juste et équitable. Les chiffres qui traduisent la bonne santé économique ne servent à rien si la population ne la ressent pas, c’est cela le problème. La crise a creusé les inégalités. Les riches sont encore plus riches et les pauvres se sont enfoncés dans la pauvreté.

Nous avons démantelé l’État providence et nous nous engageons désormais à mener une politique qui soit compatible avec la justice et l’égalité.

Le plan Juncker représente un grand espoir pour l’Europe. Quelles répercussions aura-t-il en Espagne ?

Le plan n’est pas encore conclu. La Commission européenne a fait une proposition que nous sommes en train de débattre au Parlement européen. Ce plan, qui a pour but de générer de l’activité, doit concentrer son attention sur les territoires où le chômage est le plus fort, comme dans notre pays, et doit viser des projets qui ont une véritable valeur ajoutée pour l’Europe. Ce plan ne doit pas se contenter de subventionner quatre initiatives pour que, sur un délai de trois ans, on obtienne un certain nombre de contrats. Ce n’est pas l’objectif.

Le bon fonctionnement et les résultats probants de ce plan dépendront du choix des projets. Ces derniers doivent nous permettre de gagner en compétitivité et de trouver des secteurs dans lesquels nous pouvons nous développer.

On parle beaucoup de connexions énergétiques, mais moi, je voudrais qu’on parle aussi des PME. Beaucoup de nos PME ont des difficultés à obtenir l’aval des banques pour commencer une activité. Si une banque centrale donnait son aval à certains projets, les choses changeraient et les résultats seraient positifs.

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