« Il y aura des conséquences si la Russie attaque à nouveau l’Ukraine », met en garde le chef de l’OTAN

«  Nous envoyons un message clair à la Russie, à savoir qu’il y aura des conséquences si elle utilise à nouveau la force militaire contre l’Ukraine  », a déclaré M. Stoltenberg lors d'un l’entretien, réalisé avant sa visite en Lettonie et en Lituanie les 27 et 28 novembre 2021

Il y a des raisons de s’inquiéter de l’amassement de troupes par la Russie près de l’Ukraine, mais il ne devrait y avoir aucun doute sur la détermination de l’OTAN à «  défendre tous les alliés dans la région  », a déclaré le secrétaire général de l’alliance, Jens Stoltenberg, lors d’un entretien exclusif à EURACTIV.

«  Nous envoyons un message clair à la Russie, à savoir qu’il y aura des conséquences si elle utilise à nouveau la force militaire contre l’Ukraine  », a déclaré M. Stoltenberg lors de l’entretien, réalisé avant sa visite en Lettonie et en Lituanie les 27 et 28 novembre et avant une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN à Riga, susceptible de se focaliser en grande partie sur la Russie.

Toutefois, en réponse à la question de savoir ce que l’OTAN ferait si la Russie envahissait l’Ukraine, M. Stoltenberg, qui se rendra dans les pays baltes en compagnie de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a répondu que «  la première chose à faire est d’empêcher que cela ne se produise  ».

Interrogé sur les conséquences auxquelles la Russie pourrait s’exposer si elle lançait un assaut contre l’Ukraine, le secrétaire général de l’OTAN a évoqué des moyens économiques, financiers et diplomatiques, sans donner plus de précisions.

M. Stoltenberg a confirmé que la Russie a amassé du matériel militaire lourd, des chars et des troupes prêtes au combat près de la frontière ukrainienne.

De même, il ne fait guère de doute pour les diplomates de l’UE et de l’OTAN à Bruxelles que l’homme fort de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, a délibérément attisé la crise des migrants aux frontières de l’UE, avec le soutien du Kremlin.

«  Il n’y a aucune certitude sur les intentions de la Russie, mais ce que nous savons, c’est qu’elle a déjà utilisé la force militaire contre l’Ukraine  », a déclaré M. Stoltenberg qui était interrogé sur les risques que le Kremlin utilise la crise frontalière biélorusse comme un écran de fumée pour préparer une action militaire contre le pays.

«  Ils l’ont fait en 2014, ils occupent toujours la Crimée, ils continuent à déstabiliser l’est de l’Ukraine et le Donbas, ils ont lancé plusieurs cyberattaques contre l’Ukraine, et ils ont été responsables d’activités hybrides contre l’Ukraine — et maintenant nous voyons une rhétorique très agressive  », a-t-il dit.

«  Si vous additionnez tout celà, bien sûr, il y a des raisons d’être inquiet  », a déclaré M. Stoltenberg, ajoutant qu’«  il ne devrait y avoir aucun malentendu sur la résolution et l’engagement de l’OTAN à défendre tous les alliés dans la région  ».

«  Le renforcement de la présence militaire de l’OTAN dans la partie orientale de l’Alliance est une conséquence directe de l’usage de la force par la Russie contre l’Ukraine  », a déclaré M. Stoltenberg, soulignant les groupements tactiques de l’OTAN prêts au combat en Pologne et dans les États baltes et l’augmentation des dépenses de défense.

À la question de savoir si l’OTAN envisage de renforcer ses capacités militaires sur le flanc oriental, M. Stoltenberg a répondu que l’Alliance évaluait «  en permanence la nécessité d’adapter davantage son dispositif  ».

«  Je pense que ce que nous démontrons est en fait une forte volonté d’ajuster l’OTAN en réponse à un environnement de sécurité plus exigeant  », a-t-il ajouté.

Pendant ce temps, dans le Grand Nord, la Finlande — un partenaire proche, mais non membre de l’OTAN — partage avec la Russie une frontière terrestre longue de 1 300 kilomètres, et l’on craint qu’une situation migratoire similaire ne s’y produise à l’avenir.

Interrogé sur la manière dont l’OTAN réagirait au cas où Moscou entreprendrait une «  opération hybride  » similaire à grande échelle consistant à envoyer des réfugiés à travers la frontière russo-finlandaise, M. Stoltenberg a déclaré que l’OTAN «  partagerait des informations et les meilleures pratiques afin de pouvoir faire face à des attaques hybrides et à des cyberattaques  ».

Au-delà de l’Europe ?

En 2019, les dirigeants de l’OTAN avaient d’abord convenu de se concentrer davantage sur le défi de «  l’influence internationale croissante  » et de la puissance militaire de la Chine, ce qui s’est depuis transformé en un délicat exercice d’équilibre.

La perspective américaine sur la Chine, un pays avec une forte présence militaire dans l’Indo-Pacifique, n’a que lentement trouvé sa place dans la perception des alliés européens, beaucoup d’entre eux étant plus à l’aise pour qualifier la Russie de «  menace  » et la Chine de «  défi  », évitant ainsi de mettre Moscou et Pékin dans le même panier.

Interrogé sur la question de savoir si la situation actuelle en matière de sécurité pourrait également être le résultat du fait que l’OTAN a abandonné son objectif premier, à savoir la Russie, M. Stoltenberg a répondu que «  nous n’avons pas le luxe de choisir entre le terrorisme, la Russie ou la Chine  ».

«  Ces dernières années, nous avons assisté à une énorme transformation de l’OTAN, où nous consacrons beaucoup moins de ressources aux missions et opérations hors zone comme l’Afghanistan, et beaucoup plus de ressources à la défense collective en Europe  », a-t-il ajouté.

«  Il ne s’agit pas de déplacer l’OTAN vers l’Asie, mais de prendre en compte le fait que ce qui se passe à l’extérieur a une importance pour notre sécurité ici  », a ajouté M. Stoltenberg.

«  Nous devons prendre conscience que nous sommes tous confrontés à des défis mondiaux, de sorte que l’idée de distinguer ou d’essayer de confiner les menaces à des zones géographiques spécifiques ne fonctionne plus — tout est imbriqué  », a-t-il ajouté.

Interrogé pour savoir si, dans ce cas, il craint que Washington ne cherche à transférer lentement la responsabilité de la sécurité de l’Europe aux Européens et à déplacer de plus en plus son attention vers l’Indo-Pacifique, le secrétaire général de l’alliance nord-atlantique a souligné que «  l’OTAN restera une alliance régionale  ».

«  Mais cette région est confrontée à des défis mondiaux, et ils ont rapproché l’OTAN de la frontière chinoise  », a déclaré M. Stoltenberg, faisant référence à l’affirmation de la puissance chinoise dans les domaines du cyber-espace, du spatial et des systèmes d’armes balistiques qui pourraient atteindre l’Europe.

Il a également salué la stratégie indo-pacifique récemment dévoilée par l’UE, qui a également reconnu la nécessité d’un « renforcement des déploiements navals » des États membres de l’UE dans la région.

Toutefois, M. Stoltenberg n’a pas voulu spéculer sur ce que l’OTAN ferait si l’un de ces États membres de l’UE qui est également membre de l’OTAN devait faire face à une menace lorsqu’il est déployé dans la région indo-pacifique.

«  Cela dépend absolument du type de situation à laquelle nous serons confrontés, mais l’OTAN ne deviendra pas une alliance mondiale et l’article 5 de l’OTAN s’applique à l’Europe ou à l’Amérique du Nord  », a-t-il souligné.

«  Cependant, comme nous l’avons vu, nous devons parfois agir au-delà de nos frontières — la première fois, en Bosnie-Herzégovine, puis les alliés de l’OTAN sont allés en Irak et en Syrie et l’OTAN fait partie de la coalition mondiale pour vaincre l’État islamique, exactement pour la même raison que nous sommes allés en Afghanistan  », a-t-il conclu.

Ne pas « faire cavalier seul  »

À la lumière du débat sur l’autonomie stratégique de l’UE, M. Stoltenberg a également souligné que l’OTAN a été le principal fournisseur de sécurité dans les crises de ces dernières années.

«  L’OTAN est là — de la Bosnie au Kosovo, de la Libye à l’Afghanistan — c’est la solidarité stratégique  », a-t-il ajouté.

« Je crois à la solidarité stratégique, ce qui signifie que je ne crois pas à l’Amérique du Nord seule, je ne crois pas à l’Europe seule, je crois à l’Amérique du Nord et à l’Europe ensemble  », a déclaré M. Stoltenberg, ajoutant que «  la perception compte plus que l’idée que nous devrions faire cavalier seul dans un monde plus compétitif  ».

Lors de la présentation de la boussole stratégique, une première ébauche de ce à quoi pourrait ressembler la future stratégie militaire de l’UE, le diplomate en chef de l’Union, Josep Borrell, a souligné que l’Europe devait devenir un fournisseur de sécurité.

Toutefois, les Européens de l’Est, ainsi que les États membres plus proches de l’Atlantique, ont souligné que tout nouveau concept militaire de l’UE ne devrait pas se faire au détriment de l’OTAN, mais plutôt en complément de celle-ci.

M. Stoltenberg a refusé de commenter le contenu de la boussole stratégique de l’UE, soulignant que l’OTAN est en train de mettre à jour son propre pacte stratégique.

«  Nous saluons les efforts européens en matière de défense, absolument, oui. Ce que nous ne souhaitons pas, c’est la duplication, c’est que de nouvelles structures se disputent les mêmes forces  », a-t-il déclaré en répondant à une question sur les ambitions de l’UE en matière de défense.

M. Stoltenberg a ajouté que l’augmentation des capacités européennes, y compris les projets militaires dans le cadre de la coopération permanente structurée (PESCO) et du Fonds européen de défense (EDF) de l’UE, serait «  fortement saluée  », car elle serait considérée comme «  un moyen de fournir les nouvelles capacités dont nous avons besoin  ».

«  Mais bien sûr, ces capacités devraient également être disponibles pour les opérations de l’OTAN, et nous avons un très bon exemple où l’UE et l’OTAN ont travaillé ensemble pour développer une nouvelle capacité de ravitaillement en vol multirôle  », a-t-il déclaré.

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