Joseph Daul : « Le Grexit aujourd’hui c’est du 50-50 »

Joseph Daul, président du Parti populaire europée.n [EPP group]

Le comportement du premier ministre grec Alexis Tsipras dans les négociations avec les créanciers de son pays est irresponsable, selon Joseph Daul, le président du principal parti politique européen (PPE). 

Joseph Daul est président du Parti populaire européen (PPE). Il a été eurodéputé entre 1999 et 2014, et président du groupe PPE au Parlement européen entre 2007 et 2014.

David Cameron, dont les eurodéputés ont siégé jusqu’il y a quelques années au sein du groupe PPE au Parlement européen, réclame une révision de la participation de son pays à l’Union européenne. Qu’en pensez-vous ?

J’ai vécu la sortie des conservateurs britanniques du groupe PPE au Parlement européen. J’en avais discuté à l’époque avec David Cameron, qui a pris ses responsabilités, en se retrouvant dans un petit groupe parlementaire (le groupe des conservateurs et réformistes, qui compte aujourd’hui 70 membres au parlement européen contre 221 pour le PPE).

J’ai aussi vu David Cameron demander « opt out » sur « opt out », mais à la fin vous finissez vraiment par être « out » ! Un certain nombre de questions se posent aujourd’hui au Parlement européen sur le droit de vote des eurodéputés britanniques sur un certain nombre de dossiers sur lesquels le Royaume-Uni a demandé à ne pas participer. La question est posée.

Avant, la Grande-Bretagne était aux premières loges dans toutes les discussions importantes au niveau européen. Si vous regardez le sujet ukrainien aujourd’hui, ils se sont exclus tous seuls. C’est le problème de David Cameron. C’est lui qui a promis le référendum, ce n’est pas l’Europe.

Le premier ministre grec Alexis Tsipras a lui aussi annoncé la tenue d’un référendum le 5 juillet sur les propositions des créanciers de la Grèce, qui crédibilise de plus en plus la solution du « Grexit »…

Tout est possible avec Alexis Tsipras. Ce n’est pas possible de négocier avec lui. Je trouve que les ministres des Finances de la zone euro ont une patience extraordinaire. Je ne peux pas croire qu’un homme politique de ce niveau ne pense pas à ce qu’il peut arriver au peuple grec en cas de sortie de la zone euro. C’est incroyable.  Je n’ai jamais vu un tel comportement, une telle irresponsabilité.

Selon les derniers sondages, 60 % des Grecs veulent soutenir Tsipras, mais 75 % veulent rester dans l’euro. Organiser un référendum dans ces circonstances me parait impossible, mais Alexis Tsipras craint de perdre si le référendum est organisé plus tard. Le Grexit aujourd’hui c’est du 50-50.

L’Union européenne fait également face à un défi immense sur le front de la question migratoire. Un sujet sur lequel le PPE a d’ailleurs affiché des divisions depuis quelques mois. Quelle est aujourd’hui la solution défendue par le PPE pour répondre aux questions de migration ?

Le dossier de l’immigration est vraiment tombé sur la table cette année. Et il y a une prise de conscience très forte du côté des chefs d’État et de gouvernement PPE de ce qui se passe et de ce qui risque de se passer. C’est une prise de conscience que j’ai vue pour la première fois lors du dernier sommet européen.

Si demain la Syrie tombait complètement aux mains de djihadistes et que les réfugiés au Liban n’avaient plus aucun espoir de rentrer chez eux dans les années à venir, quelles seraient les conséquences pour l’UE ? Deuxièmement, il y a le dossier de l’Ukraine, où la situation se dégrade et où vivent 40 millions de personnes. Enfin, il y a l’ensemble de Balkans. Si nous n’arrivons pas à stabiliser cette zone, la jeune génération ne pourra pas rester. Et tout cela se déroule aux portes de l’Europe.

Il faut une vraie politique migratoire, et c’est uniquement, qu’on le veuille ou non, avec une politique au niveau européen qu’on peut gérer ce dossier. Et je crois que les chefs d’États et de gouvernement l’ont compris. Et je crois que Jean-Claude Juncker avait bien compris le problème et avec sa proposition, il était en avance sur quelques chefs d’État et de gouvernement.

Mais au sein de la famille PPE, le premier ministre hongrois Viktor Orban fait justement preuve de peu de solidarité en matière de politique migratoire…

Il n’empêche que la Hongrie accueille actuellement une bonne partie de l’immigration. Mais Viktor Orban gère le dossier au niveau national, et il doit maintenant rentrer dans la gestion au niveau européen.

Il a le mérite de mettre les problèmes sur la table. Par exemple, combien d’islamistes sont présents parmi les migrants qui nous arrivent. C’est un sujet compliqué, mais pourquoi ne pas commencer à réfléchir à ce dossier ?

Au-delà de la position de Viktor Orban sur l’immigration, il y a récemment eu un véritable malaise au sein du PPE à la suite de ses déclarations sur la peine de mort. Le premier ministre hongrois a-t-il vraiment sa place au PPE ?

Personne au PPE n’a jamais demandé l’exclusion de Viktor Orban. Par contre, il y a régulièrement des demandes de discussion. C’est d’ailleurs le seul qui vient systématiquement devant le Parlement européen pour s’expliquer. Nous avons eu des problèmes avec le premier ministre roumain Victor Ponta en Roumanie (socialiste), je lui ai demandé de venir s’en expliquer devant le Parlement, on l’attend toujours !

C’est normal qu’il y ait eu un malaise. Mais il y a aussi eu une discussion, et sur la peine de mort le sujet est clos. Viktor Orban aime provoquer, c’est l’enfant terrible de la famille PPE, mais je l’aime bien et on trouve toujours des solutions.

Par ailleurs, son parti Fidez a toujours voté comme un seul homme les positions du PPE au Parlement européen. Que ça soit les Italiens de Berlusconi ou les élus de Fidez, ce sont des délégations sur lesquelles j’ai toujours pu compter lorsque j’étais président du groupe PPE au Parlement européen.

Comme les autres partis politiques dans son pays font de la surenchère, il provoque. Mais on a toujours trouvé des solutions : soit il est revenu sur ses déclarations, soit il s’est retrouvé devant la cour de justice du Luxembourg, dont il a toujours appliqué les décisions à la lettre.

Il y a beaucoup d’autres chefs d’État et de gouvernement en Europe qui ne provoquent pas, mais appliquent avec beaucoup moins de diligence les décisions de la justice européenne. 

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