L’Afghanistan est un échec pour la communauté internationale, selon Charles Michel

Le président du Conseil européen, Charles Michel, lors d’une conférence de presse après une réunion virtuelle des dirigeants du G7 sur l’Afghanistan au Conseil européen, à Bruxelles, le 24 août 2021. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Le président du Conseil européen Charles Michel a dressé un bilan accablant du récent retrait américain d’Afghanistan dans une interview accordée au site français Le Grand Continent mercredi (8 septembre), soulignant la nécessité pour l’UE d’intensifier ses efforts pour développer son autonomie stratégique.

«  Les événements de ces derniers jours laissent apparaître un bilan tragique. Force est de constater que malgré tous nos efforts, c’est un échec pour la communauté internationale  », a déclaré M. Michel dans l’interview, à propos de l’évacuation spectaculaire de ressortissants occidentaux et de certains Afghans avant la date limite du 31 août convenue entre les forces américaines et les talibans.

«  Avec du recul, ce qui est frappant pour l’Européen que je suis, c’est de constater que lorsque les États-Unis ont fait le choix de négocier avec les talibans sous l’administration Trump, puis de confirmer leur retrait, ils ont proposé très peu de consultations avec les partenaires européens — en fait, ils n’en ont proposé aucune  », a déclaré M. Michel.

Interrogé sur les leçons que l’Europe pourrait tirer de la débâcle afghane, M. Michel a répondu : «  La crise afghane ne fait que renforcer et consolider une conviction que j’ai depuis un certain temps déjà et que je partage avec beaucoup d’autres, à savoir l’idée d’une autonomie stratégique de l’Union européenne qui vise à renforcer notre capacité d’influence en fonction de nos intérêts et de nos valeurs, tout en mettant également l’accent sur notre capacité d’action.  »

«  Abasourdi  »

«  Face à l’impression de chaos qui s’accélère au moment du retrait des troupes américaines, on ne peut qu’être abasourdi  », a poursuivi M. Michel.

«  Voir l’une des puissances économiques les plus solides du monde comme l’Union européenne, une puissance démocratique qui porte des valeurs extrêmement fortes, une puissance militaire composée de vingt-sept États, ne pas pouvoir assurer seule, sans le soutien des États-Unis, l’assistance nécessaire à l’évacuation de ses ressortissants et des Afghans qui les ont soutenus, cela doit susciter une réaction de notre part  », a-t-il déclaré.

Enfonçant le clou, M. Michel a déclaré que «  ce constat ne fait qu’accélérer l’urgence d’une réflexion approfondie sur le renforcement de l’autonomie stratégique européenne. Nous devons aujourd’hui la concrétiser  ».

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America First

Interrogé sur le comportement de l’administration Biden vis-à-vis de l’UE sur le dernier épisode afghan, M. Michel s’est dit convaincu que le nouveau président américain était favorable à l’intégration européenne, mais a concédé qu’il y avait une tendance de Washington à faire passer ses propres intérêts en premier.

«  Il me semble qu’une tendance structurelle aux États-Unis, qui existait avant Donald Trump même s’il l’a rendue beaucoup plus visible, est de donner la priorité aux intérêts américains. Il faut être clair sur cette réalité, qui est aussi légitime. Je peux comprendre les arguments domestiques qui conduisent le président Biden à confirmer le retrait. Je peux entendre cette décision souveraine et légitime prise par les Etats-Unis  ».

Interrogé sur les thèmes sur lesquels l’UE pourrait essayer de forger une approche géostratégique commune, M. Michel a déclaré que l’UE avait besoin «  d’un projet positif, d’un projet proactif, d’un projet pour et non d’un projet contre qui se limiterait à réagir face aux inquiétudes et face aux peurs  ».

Dans ce contexte, il a mentionné le changement climatique et le Green Deal, reconnaissant que le problème était de rendre cohérentes les mesures à court terme avec les objectifs à plus long terme.

M. Michel a également déclaré que l’UE ne devrait pas abandonner la prise de décision à la majorité absolue, qui, selon de nombreux observateurs, paralyse sa capacité à agir rapidement. Il s’est dit conscient que cette position pouvait être considérée comme «  atypique  », mais a ajouté qu’il valait la peine d’y réfléchir et d’éviter de tomber dans le piège d’une «  fausse bonne idée  ».

«  Le risque, en renonçant trop rapidement à l’unanimité, est aussi d’abandonner l’effort nécessaire pour créer cette unité, en créant des situations qui donneraient l’impression à certains Etats membres que leur point de vue n’est pas important ou bienvenu. Comme nous n’avons de toute façon pas besoin d’eux, il n’y a plus de raison de s’efforcer de construire ensemble un projet commun  », a déclaré M. Michel.

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