«Il existe un problème systémique en Hongrie concernant la démocratie»

Laszlo Andor [Georgi Gotev]

EXCLUSIF. L’ancien commissaire hongrois, László Andor, juste avant la réunion de l’exécutif européen pour discuter de la « dérive autoritaire » de son pays.

László Andor est un économiste hongrois. De 2010 à 2014, il a été commissaire à l’emploi, aux affaires sociales et à l’inclusion, sous la deuxième présidence de José Manuel Barroso. Il a à présent entrepris des travaux universitaires et affirme ne pas être « politiquement inactif ». Il est affilié au Parti socialiste d’opposition en Hongrie.

La Commission tient le 12 avril un « premier débat » sur l’adoption de la loi hongroise visant l’Université d’Europe centrale (CEU). Que devrait décider la Commission?

Tout d’abord, la Commission devrait prendre cette question au sérieux. Ce qu’il s’est passé constitue une violente attaque à l’enseignement supérieur et à la société civile en Hongrie. Nous ne parlons pas seulement d’une disposition isolée, à savoir les amendements apportés à la loi sur l’enseignement supérieur, mais aussi d’un nouveau type de réglementation concernant les ONG, surtout si elles reçoivent des financements étrangers. La CEU capte l’attention internationale, mais il faudrait également prêter attention aux organisations de la société civile et dénoncer le fameux questionnaire de Viktor Orbán, par le biais duquel il veut « arrêter Bruxelles » et mettre à mal différents types d’initiatives européennes, dont le « pilier social ». Ce dernier ne compte pas parmi les conditions à respecter pour adhérer à la zone euro, mais le gouvernement hongrois avait à cœur de s’y opposer.

Juncker condamne la dérive autoritaire de la Hongrie

Le président de la Commission a déploré l’offensive lancée par Viktor Orbán pour fermer l’Université d’Europe centrale et commenté l’initiative « Let’s Stop Brussels » (« arrêtons Bruxelles »).

Comparons la situation en Hongrie avec ce qu’il se passe en Pologne: la Commission a lancé une procédure d’« État de droit » dans ce dernier pays, mais pas en Hongrie. La Commission avait déclaré que dans le cas de la Pologne, il y avait un « risque systémique » pour l’État de droit, un risque qui n’existe pas en Hongrie. Pensez-vous que cette évaluation soit correcte?

Au cours des six ou sept dernières années, il y a eu de nombreux débats. Vous vous souvenez certainement du rapport Tavares au Parlement européen…

Et il y a eu également des discussions en dehors des institutions européennes, notamment dans la commission de Venise du Conseil de l’Europe. Je pense que ces discussions ont mis le doigt sur les risques systémiques. Je pense qu’il n’est pas correct de dire qu’il n’y a pas de problème systémique en Hongrie concernant la qualité de la démocratie et l’État de droit.

Pensez-vous que Viktor Orbán a jusqu’à présent bénéficié d’une protection injustifiée de la part du Parti populaire européen? 

C’est une bonne question. Bien sûr, je suis conscient qu’il y a différents points de vue au sein du PPE. Mon ancienne collègue, Viviane Reding, par exemple, compte parmi ceux qui ont pris ces questions très au sérieux. Mais d’autres membres sont plus stratégiques, si je puis dire, et ferment les yeux sur certains événements. Ils savaient par exemple qu’exclure le Fidesz [l’Union civique hongroise] leur aurait coûté des dizaines de votes au Parlement européen.

Pensez-vous qu’il y ait un conflit d’intérêts, dans le cas de l’Université d’Europe centrale (CEU), avec le commissaire hongrois Tibor Navracsics, qui est également responsable de l’éducation?

Je ne parlerais pas de conflit d’intérêts, mais c’est, dans tous les cas, une situation intéressante. La règle générale pour tous les commissaires est qu’une fois élu à la Commission, vous laissez votre passeport dans le tiroir, vous n’acceptez aucune consigne des capitales nationales et vous poursuivez uniquement les intérêts européens et appliquez les règles et les valeurs européennes. Tibor Navracsics est une personne très expérimentée dans l’enseignement supérieur. Dans les années 1990, nous enseignions dans le même département. Il comprend sans aucun doute la gravité de la situation.

Mais dans le cas du récent référendum en Hongrie, il a indiqué avoir voté contre les politiques migratoires européennes.

Navracsics a voté contre l'UE au référendum hongrois

Tibor Navracsics, le commissaire hongrois, a voté contre le système de redistribution obligatoire des migrants imposée pas l’UE lors du référendum.

C’est un peu plus compliqué que ça n’en a l’air, car la formulation de la question du référendum prêtait à confusion. Parfois, les politiques jouent avec les mots pour maintenir un certain degré d’ambiguïté. Dans la question, le mot « transfert » de la décision du Conseil sur les quotas a été remplacé par le mot « réinstallation ». Je pense que la question a été posée de façon à ce qu’il soit difficile de s’y opposer, et c’est pour cette raison que l’opposition démocratique en Hongrie a décidé de boycotter le référendum.

Il semble y avoir un élan démocratique en Hongrie. La dernière manifestation pour soutenir la CEU était énorme…

Oui, c’était un rassemblement conséquent.

Peut-on donc espérer que la dérive autoritaire de Viktor Orbán cesse un jour?

Si vous regardez les sondages d’opinion, le paysage politique en Hongrie semble figé. En réalité, il y a des dynamiques très intéressantes, la dernière en date étant que ces deux dernières semaines, de nombreux jeunes Hongrois ont décidé de se rassembler dans la rue pour manifester et se mobiliser contre le gouvernement autocratique. Les jeunes ne se mobilisent pas facilement. Il a fallu du temps et d’autres problèmes, comme celui de la taxe Internet imposée il y a quelques années, pour que les gens se sentent touchés et concernés. Et je pense qu’à un an des élections nationales, ça peut mener à un changement très important. Ces évolutions ont lieu à Budapest, mais dans d’autres universités en dehors de Budapest, la loi a également été vivement critiquée.

Le retrait de la candidature de Budapest aux Jeux olympiques a également été un autre événement. On pourrait croire que c’est un problème secondaire. Cela s’est fait par le biais d’une mobilisation extraordinaire, qui a permis à une ONG de récolter près d’un million de signatures à Budapest en un temps record. En général, les gens à Budapest et en Hongrie aiment le sport et les Jeux olympiques, et ils sont très fiers des performances sportives des Hongrois. Mais ils comprennent aussi que le projet risque de mal tourner en raison du risque élevé de corruption.

La Hongrie défend la légalité de sa loi sur les universités

Pour le ministre hongrois de l’Éducation, la nouvelle loi sur les universités du pays qui devrait provoquer la fermeture de l’Université Soros, ne pose aucun problème juridique.

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