Le ministre allemand de l’Intérieur répond avec fermeté aux violences de Chemnitz

De son nom aux mesures qu'il permet, le nouveau paquet législatif allemand sur l'immigration n'a pas été facile à élaborer. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Aussi président du parti de la droite bavaroise CSU, Horst Seehofer est au centre de l’actualité depuis plusieurs semaines outre-Rhin. Il s’exprime sur les violences perpétrées par l’extrême droite dans la ville de Chemnitz après le meurtre d’un homme de 35 ans. Un article de notre partenaire Ouest-France.

Après la polémique en Allemagne que Horst Seehofer a lancée sur la politique migratoire et avant les élections fédérales en Bavière d’octobre, le ministre de l’Intérieur doit gérer la crise actuelle dans la ville de Chemnitz.

Dans cette ville de la région de Saxe, un meurtre a été perpétré dimanche dernier. Avant même que deux suspects, des demandeurs d’asile d’origine syrienne et iranienne, aient été placés en détention provisoire, des manifestants d’extrême-droite avaient défilé dans les rues de la ville.

Des débordements violents, visant notamment des personnes « d’apparence étrangère », ont choqué la société allemande cette semaine. Le ministre de l’Intérieur a également proposé l’aide de la police fédérale aux autorités policières régionales, qui ont semblé débordées par l’ampleur des événements.

Il s’explique à Ouest-France et son partenaire Die Funke dans une interview exclusive.

Une chasse aux citoyens à l’apparence étrangère, des manifestants qui font le salut hitlérien. Que vous inspirent les images de Chemnitz ?

Je condamne tout d’abord le crime, qui a mené à la mort d’une personne. C’est très douloureux. Je comprends que la population soit bouleversée. Malgré tout, cela ne justifie en aucun cas la violence et les appels à violences. Il faut savoir faire de claires distinctions.

Vous avez proposé l‘aide de la police fédérale. Quelles formes pourraient prendre cette aide ?

C’est une question de tactique policière. Si la police fédérale envoie des forces pour un tel cas, elles seront sous l’autorité de la direction régionale. Rien qu’une présence policière plus importante est déjà la meilleure des préventions.

La police doit-elle recevoir une meilleure formation concernant les face-à-face avec les militants d’extrême-droite ?

La police a, sur ce sujet, toute ma confiance.

Mais, à Chemnitz, elle n’a pas réagi lorsque des manifestants ont fait le salut hitlérien…

Certes, mais les fonctionnaires n’avaient pas l’intention de couvrir ces gens. Évidemment, des plaintes seront déposées contre ces derniers. Mais, dans le cas concret d’une manifestation qui réunit bien plus de monde que prévu, un policier doit savoir estimer la situation. Doit-on réagir, avec le risque que la situation ne dégénère ? Ou utiliser plus tard la voie légale quand la situation s’est calmée ? Ce sont des questions d’ordre tactique.

Est-ce que la police régionale est trop faible ?

Je n’ai pas cette impression. La Saxe a été le lieu de ma première visite en tant que ministre de l’Intérieur. Je connais les responsables, je les estime et les respecte. Avant ces émeutes, nous avions déjà promis un engagement plus important de la police fédérale, car la région frontalière de la Saxe est une zone de transit pour des gens qui n’ont que de mauvaises intentions. Et je ne parle pas ici des migrants, mais de criminels.

Quelles sont les leçons à tirer de Chemnitz, en ce qui concerne la sécurité des citoyens ?

Tolérance zéro face à ceux qui enfreignent le droit et l’ordre. Il n’y a pas d’excuse pour la violence, malgré l’indignation. Nous avons besoin d’un État fort. Politiquement, nous devons tout faire pour éviter la polarisation, la division de notre société. C’est l’un des messages clairs de notre contrat de coalition après les mauvais résultats électoraux de l’année dernière : nous avons compris que nous ne pouvions plus continuer comme avant.

Une des raisons de la polarisation de la société donc vous parlez concerne la politique migratoire. Vous avez déclenché au début de l’été une polémique sur le sujet, est-ce que cela en valait vraiment la peine ?

Il y avait un point à débattre. Je voulais renvoyer à la frontière ceux qui avaient déjà trouvé protection dans un autre pays de l’Union européenne et qui avaient déjà déposé une demande d’asile. Cela ne concerne qu’un petit nombre. Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai toujours pas compris que cela ait pu déclencher un débat aussi tendu.

Vous le dites vous-même : un petit nombre. Le prix à payer a été un conflit âpre et une chute dans les sondages.

Il n’était, pour moi, pas question du nombre, mais de la mise en place du droit et de l’ordre. Si moi et la CSU étions responsables de tout, alors le SPD devrait briller dans les sondages, et la CDU encore plus. Mais la vérité, c’est qu’actuellement, nous n’avons même pas de majorité avec ces trois partis. La CDU, la CSU et le SPD traversent depuis des mois une période difficile. Cela ne peut donc pas être lié qu’à quelques semaines en juin/juillet.

Peut-être que ce n’est pas le débat en soi qui a dérangé, mais le style, la dureté des propos ?

La dureté ? Tout le monde veut des débats en politique, mais, alors, attention quand ils ont lieu…

La chancelière a cependant réclamé un autre langage.

Quand on va au fond des choses, toutes les phrases ne peuvent pas être du haut vol diplomatique.

Encore une fois : sur le fond, est-ce que ce débat vous a finalement nui ou été utile ?

Sur le fond, cela nous a été utile, car nous avons pu avancer. Quand est-il arrivé que l’UE organise deux réunions au sommet en l’espace de quelques jours sur un même sujet ?

Le résultat est finalement qu’il n’y a pas de solution nationale, mais des accords contractuels. À quel point cela peut-il avoir un effet durable ?

Les accords ont toujours pour effet qu’une contrepartie est attendue. Les Grecs attendent qu’on les aide sur la question du regroupement familial, les Italiens sur la question des sauvetages en mer.

Donc c’est un jeu à somme nulle ?

À travers ces mesures, nous n’avons pas encore de solution définitive pour les problèmes migratoires, c’est vrai. Les chefs d’État se sont mis d’accord sur le fait que cela mène à des négociations avec l’Espagne. Pour ma part, j’ai clairement fait savoir qu’un accord n’était pas actuellement ce qu’il y avait de plus pertinent. J’aimerais bien voir quel réfugié vient d’Espagne pour voyager à travers l’Autriche et arriver en Allemagne.

Où en sont les négociations avec l’Italie ?

Très avancées, nous allons pouvoir les conclure très prochainement.

Que pensez-vous des méthodes très dures de votre homologue italien Salvini ?

Je ne commente pas cela. J’ai toujours mis en garde l’UE de jouer le rôle de maître de la classe pour les différents États membres. Je me garde bien de faire cette erreur et de dire ce que les autres font mal ou pas.

Après votre rencontre avec le chancelier autrichien Sebastian Kurz, il a été question d’un « axe des volontaires ».

C’est lui qui en a parlé, pas moi.

Cet accord existe-t-il encore ?

Il y a un lien étroit : Vienne, Rome, Berlin, nous sommes très souvent en contact.

Quel regard portez-vous sur la politique migratoire de la France ?

Je suis en contact avec mon homologue Gérard Collomb. Évidemment, un changement des routes migratoires, par exemple avec un renforcement de la route à travers l’Espagne, aurait des conséquences pour la France comme pour l’Allemagne. Nos deux pays se mettent donc d’accord. Les Français sont un peu plus conséquents que nous du fait de leur politique centralisée.

Pensez-vous que la politique migratoire jouera un rôle central lors des prochaines élections européennes ?

Oui, j’en suis sûr. J’ai parlé avec mes députés européens de Bavière à propos de la campagne européenne. Il est clair que la question migratoire jouera un rôle décisif. Il est d’autant plus important que l’Europe se mette d‘accord sur une politique d’asile commune. Cela était vraiment désolant de constater que, même la répartition des réfugiés venant d’un seul bateau n’a pas fonctionné.

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