Les enfants immigrés « ne sont pas une page blanche »

PeP2017restitutionlivres [Patrimoine sans frontière]

Depuis 2013, le programme Patrimoine en partage intervient dans des classes d’élèves nouvellement arrivés en France de Seine-Saint-Denis, et les encourage à parler de leur patrimoine d’origine. L’objectif : leur redonner confiance en soi et faire dialoguer les cultures d’enfants immigrés.

Romain Bijeard est expert associé pour l’association Patrimoine sans frontières, qui porte le projet Patrimoine en partage. Il a été pendant cinq ans Délégué général de l’association et a participé à la création du programme.

Patrimoine en partage met l’accent sur le patrimoine culturel. Pourquoi utiliser un tel concept pour des enfants arrivés il y a peu en France ?

Ces enfants ne sont pas une page blanche. Ils arrivent dans un nouveau pays qui a son histoire nationale, mais ils ont aussi leur propre histoire et leur culture peut venir enrichir leur pays d’accueil. L’idée était donc de repartir de l’identité de chacun en faisant parler les élèves sur des choses qu’ils connaissent, des choses qu’ils aiment. Cela est d’autant plus important du fait de leur parcours de migration, qui peut créer chez eux des difficultés et un manque de confiance en soi.

Comment cette approche s’articule concrètement avec la notion de patrimoine culturel ?

Concrètement, à chaque intervention dans les classes, notre équipe met l’accent sur une composante du patrimoine culturel : les lieux, la langue, les fêtes, puis un thème libre. À chaque fois, les élèves choisissent un exemple issu de leur propre patrimoine et le présentent à l’oral à la classe.

Les élèves mènent comme un travail d’investigation ce qui leur permet aussi de rédécouvrir leur patrimoine d’origine. Par exemple, un jeune garçon du Ghana avait choisi comme lieu le stade de foot près de chez lui, dans lequel il allait souvent jouer. En faisant des recherches, il s’était rendu compte de l’importance de ce stade dans l’histoire de son pays, du fait que plusieurs hommes politique y avaient tenu des discours déterminants pour le Ghana.

Certains abordent également leur parcours de migration comme cette jeune fille issue du Tibet, qui avait raconté pour le thème libre le parcours de sa famille depuis son pays d’origine. À la fin de l’année, tous ces patrimoines sont rassemblés dans un livre souvenir collectif.

Justement sur la dimension collective, le projet ne reste-t-il pas confiné à la salle de classe ?

Bien au contraire ! Le but de l’exercice est in fine de faire dialoguer les cultures, et ce au-delà de la salle de classe. Nous tentons de donner le plus de visibilité possible au projet, par exemple en publiant le livre souvenir sur notre site. Dans certains établissements, les élèves vont également présenter leurs travaux à d’autres classes. Les parents d’élèves sont aussi touchés et pour les avoir rencontrés, plusieurs nous ont confié être heureux de voir leur culture représentée dans l’école de leur enfant.

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Le programme s’est arrêté en 2016 en Seine-Saint-Denis. Souhaitez-vous le reprendre ? L’étendre à d’autres départements ?

Effectivement le programme s’est déroulé de 2013 à 2016, mais n’a pas encore été reconduit faute de financements. Pour cette période, nous avions bénéficié de financements européens issus du FSE (fonds social européen), qui avait couvert environ 50 % des frais, au titre de l’objectif « lutter contre le décrochage scolaire », inscrit dans le plan  opérationnel régional qui gère ce fonds. Les 50% restant venaient de financements privés, que nous recherchons aujourd’hui avant de refaire une candidature FSE, ce dernier ne pouvant financer plus de la moitié du budget d’un projet.

À côté de cela, nos ambitions pour le programme vont au-delà de la France, et même de l’Europe. Nous avons lancé en 2015 le programme dans des classes à Tripoli, une ville au nord du Liban. Pour la partie européenne, notre prochaine cible est les Balkans. Nous espérons obtenir des aides européennes sur ces projets, pas seulement au travers du FSE, mais également d’autres programmes européens en particulier celui Erasmus +.

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