Kathleen Van Brempt, candidate inattendue chez les socialistes européens

Kathleen Van Brempt appelle les socialistes à « Oser le changement ». [Alex Vanhee]

Avec le slogan « Oser le changement », la Belge Kathleen Van Brempt brigue la présidence du groupe S&D. Une surprise pour de nombreux observateurs qui pensaient que l’Allemand Udo Bullmann serait le seul candidat.

Kathleen Van Brempt, eurodéputée socialiste belge, est vice-présidente du groupe S&D au Parlement européen. Elle est candidate à la présidence de son groupe après le départ de Gianni Pittella. Un vote secret aura lieu le 20 mars.

Gianni Pittella a officiellement démissionné après les élections italiennes. Vous vous présentez pour l’élection d’un nouveau président de groupe face à l’autre vice-président et actuel président par intérim, Udo Bullmann. Qu’est-ce qui vous a décidé ?

Je pense que cela a beaucoup surpris, parce qu’Udo [Bullmann] et moi faisions une bonne équipe. Je crois que ce sera encore le cas après le vote.

Je ne me présente pas contre qui que ce soit, je ne me présente pas contre un candidat allemand. Je me présente parce que je suis prête, et c’est très important pour ce type de poste.

J’ai eu une vie politique variée, mais le fil rouge de ma carrière politique est sans aucun doute l’Europe. J’ai été ministre nationale, ministre régionale et j’ai toujours été conseillère à la ville d’Anvers. J’aime la diversité qui vient avec ces différentes expériences et je me sens prête à occuper un poste européen important. Diriger ce groupe politique que j’aime tant est une des tâches les plus importantes à mes yeux.

En tant que personnalité politique, je veux changer la politique, d’où mon slogan « Oser le changement ».

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Les membres du S&D ont essuyé des défaites sévères lors des élections nationales, la dernière en date en Italie. La réforme de la démocratie sociale dans l’Europe est un défi immense. La famille socialiste utilise d’ailleurs beaucoup le mot « réforme », mais comment cela va-t-il réellement se passer ?

Laissez-moi tout d’abord reformuler la question, parce qu’il n’y a pas que la démocratie sociale qui vit des temps difficiles dans certains États membres, c’est le cas de tout l’establishment politique traditionnel, qui est en crise.

En France, le parti de centre-droit de Nicolas Sarkozy et François Fillon a aussi été battu. En Italie, notre courant n’a pas eu beaucoup de succès, mais nous l’avons tout de même emporté sur Berlusconi.

Ce n’est donc pas seulement un défi pour les sociaux-démocrates, mais pour tout le centre, qui doit regagner la confiance, avec des personnalités prêtes à s’investir, accepter leurs responsabilités et faire des compromis.

Comment faire renaitre la démocratie sociale ?

Premièrement, en revenant à ce que nous croyons et en créant une nouvelle vision. J’ai déjà fait ça avec Udo [Bullmann], nous travaillons à une nouvelle vision pour la démocratie sociale, la « société progressiste ». Il s’agit de combiner les questions environnementales et climatiques avec les sujets sociaux.

Une des choses que j’ai appris, c’est que nous sommes un grand groupe, nous servons de trait d’union entre l’est et l’ouest, le nord et le sud. C’est une force, mais cela signifie aussi que nous devons répondre de ces États membres.

Nous devons adopter des mesures climatiques ambitieuses, comme l’abandon du charbon. Si je dis ça à mes collègues roumains ou polonais, ils pensent tout de suite aux centaines de milliers d’Européens qui travaillent dans ce secteur. La démocratie sociale peut fournir la bonne réponse en proposant une transition, non seulement en ce qui concerne l’énergie, mais aussi dans d’autres domaines, en collaborant avec tous les États membres.

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La démocratie sociale a déçu de nombreux électeurs. Est-il temps de faire son mea culpa ?

Oui ! Là où nous nous sommes égarés, c’est qu’après la crise les sociaux-démocrates ont fait partie de nombreux gouvernements qui n’ont pas fourni les bonnes solutions. Nous avons sauvé les banques, puis nous avons dit aux États membres, surtout dans le sud de l’Europe, qu’ils avaient un problème budgétaire.

Nous avons ensuite créé des règles budgétaires très compliquées. C’était une grosse erreur, parce que nous avons laissé croire que seul le budget était important et que nous étions prêts à lui sacrifier des pans de nos systèmes sociaux.

La sécurité sociale est une valeur fondamentale en Europe, et pas uniquement pour les sociaux-démocrates. Il n’y a aucune autre région du monde où les citoyens bénéficient d’un système de sécurité sociale comme le nôtre. Regardez les États-Unis, et la difficulté qu’ils ont à imposer un système de soins, alors qu’en Europe, c’est naturel, c’est une valeur fondamentale.

La démocratie sociale n’a pas empêché l’Europe et la Commission de mettre en place les règles budgétaires. Nous avons fait des erreurs. Il est clair que nous devons avoirs de bons accords sur le budget et la gouvernance économique, mais jamais aux dépends de notre système social.

Pensez-vous que la « macronisation » est dangereuse pour l’Europe ?

Je ne crois pas en la « macronisation » de la démocratie sociale, en tout cas. Nous devons recadrer nos valeurs, mais sans abandonner les valeurs originales. Emmanuel Macron est pro-Europe, donc il faut collaborer avec lui, mais il n’est absolument pas social-démocrate. Nous ne devrions donc pas envisager de « macronisation » de notre groupe.

Je pense qu’il est essentiel de revenir aux sources, tout en repensant notre idéologie dans le contexte actuel, c’est pourquoi nous parlons de « société progressiste » et rassemblons toutes les questions de durabilité. Parce qu’une démocratie sociale qui ne s’attèle pas au changement climatique de manière à ne laisser personne sur le carreau ferait fausse route. Nos valeurs sont toujours les mêmes : s’assurer que tout le monde est inclus.

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Nous approchons des élections européennes, comment pensez-vous que le S&D doit-il s’y préparer ?

Nous avons encore des dossiers importants à aborder, comme le budget européen, l’immigration et l’asile, et c’est essentiel. Le résultat des élections italiennes est aussi lié au fait que les Italiens ont dû faire face seuls au problème migratoire, alors qu’il aurait dû être géré au niveau européen.

Nous devons encore définir ce que nous voulons faire en termes de commerce et de mobilité. Soit nous avançons sur la base des majorités progressistes au Parlement, soit nous courrons le risque de faire d’autres erreurs.

En tant que vice-présidente, je suis responsable du paquet énergie. Nous avons obtenu de bons résultats à ce sujet, donc chaque eurodéputé socialiste peut rentrer chez lui et donner des exemples de nos réussites dans ce domaine.

En ce qui concerne le Cadre financier pluriannuel, le budget, nous devons aussi trouver un accord. Nous ne pouvons pas conclure un nouveau compromis vague avec le PPE.

Pensez-vous qu’il est temps qu’une femme dirige le S&D ? Tous les grands groupes politiques sont dirigés par des hommes depuis longtemps. Les Verts et la GUE/GLN ont-ils de meilleurs résultats à ce sujet ?

Il y a eu Pauline Green, il y a 20 ans… On dit souvent qu’il est temps d’avoir une femme, mais la réponse est « Oui, mais avons-nous une femme compétente ? » J’invite tous les membres du groupe à regarder mon CV et à voir ce que j’ai fait au Parlement, en tant que ministre, et à prendre une décision.

J’insiste cependant sur le fait qu’un président ne peut faire de bonne musique que si il ou elle a un groupe, c’est comme ça que j’envisage la présidence. Je pense qu’il est temps de changer, d’avoir un président ouvert, communicatif, et surtout qui tisse des liens. C’est ce que j’ai toujours fait en tant que vice-présidente et ministre. Je n’attaquerai jamais les membres des autres groupes politiques, je n’attaquerai jamais personne au niveau personnel, je ne jouerai pas à l’homme ou à la femme, je placerai toujours l’accent sur les idées et les valeurs fondamentales.

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