L’inégale réussite de l’initiative pour l’emploi des jeunes

Romana Tomc [European Parliament]

Cet article fait partie de l'édition spéciale L’emploi après la crise.

Dans certains États membres, l’Initiative pour l’emploi des jeunes a servi à financer des contrats d’un mois, voire moins. Une situation qui ne saurait être tolérée, estime l’eurodéputée Romana Tomc.

Romana Tomc est une eurodéputée roumaine du Parti populaire européen (PPE) et auteure du projet de rapport sur l’application de l’Initiative sur l’emploi des jeunes, qui a fait l’objet d’un vote au Parlement le 18 janvier. Cette interview a été réalisée avant le vote.

Quelles sont ses conclusions générales que vous tirez sur l’Initiative pour l’emploi des jeunes ? Le Parlement est-il satisfait des efforts des États membres ?

Tout d’abord, l’Initiative pour l’emploi des jeunes (IEJ) constitue le financement des mesures préparées par les États membres. Il faut se rappeler de cela quand on évalue les ambitions des États dans sa mise en œuvre. Et la réponse varie d’un pays à l’autre. La Finlande a certainement eu beaucoup de succès, certains pays du Sud malheureusement moins.

La principale conclusion du rapport serait que nous avons exprimé un engagement politique et financier important en soutenant l’IEJ et en faisant un instrument plus stable et ciblé. Nous avons insisté sur la nécessité d’atteindre plus efficacement les NEET [les jeunes ne travaillant pas, ne suivant pas d’études ou de formation] à l’avenir.

Je voudrais ici mentionner qu’il est essentiel que les États membres jouent leur rôle, avec des mesures efficaces, en considérant l’IEJ comme un instrument supplémentaire et en procédant d’eux-mêmes aux réformes de l’éducation qui s’imposent, afin d’éviter toute inadéquation des compétences. C’est en combinant tous ces éléments que les jeunes pourront s’intégrer durablement sur le marché du travail. Je pense que le Parlement a suggéré des moyens d’améliorer l’IEJ, j’espère que, dans le futur, les États membres pourront collecter des données et donc mieux adapter leur action.

Comment l’UE peut-elle remédier au manque de données fiables concernant la mise en œuvre de telles initiatives?

Cette première évaluation écrite nous a permis de voir qu’il y avait de nombreux problèmes que nous devrions régler. Vous les trouverez ces défis dans le rapport de la Cour des comptes. Chaque pays doit veiller à ce que les données soient collectées, sinon l’évaluation est impossible. Le message principal devrait être que nous continuerons l’IEJ, mais que nous le ferons mieux, y compris en ce qui concerne les données.

La Cour des comptes juge irréalistes les promesses de la garantie jeunesse

Malgré des résultats encourageants, le programme européen de lutte contre le chômage des jeunes n’a pas été à la hauteur de ses promesses, estime la Cour des comptes européenne, qui appelle à  des objectifs plus réalistes.

Dans votre projet de rapport, vous soulignez que « la Garantie jeunesse doit être le premier pas vers une approche fondée sur les droits des jeunes en matière d’emploi ». Comment y parvenir dans les pays qui ont été touchés par la crise et où les relations de travail ne répondent pas aux normes européennes moyennes?

Ce paragraphe est toujours à l’examen puisque le vote a lieu jeudi. Il faut donc attendre jeudi. Une approche fondée sur les droits signifie essentiellement que les contrats que signent les jeunes correspondent à certaines normes. J’estime que c’est aussi lié à une offre de qualité.

Dans certains pays, nous avons vu des exemples de jeunes employés pendant un mois, ou même moins, dans le cadre de l’IEJ. Cela ne devrait pas arriver, c’est un mauvais exemple, surtout si c’est financé par l’UE. En laissant cela se produire, nous enverrions le mauvais message. Même si je suis d’accord avec vous en ce qui concerne les relations de travail difficiles et la multiplication des emplois non traditionnels, nous devrions nous opposer fermement aux pratiques violant la législation du travail utilisée dans le cadre de l’IEJ.

Malgré plusieurs initiatives visant à stimuler l’emploi, la fuite des cerveaux, et en particulier des jeunes, semble rester une difficulté pour l’UE. En outre, peu de pays ont établi un lien direct entre emploi et éducation. Ces signes indiquent-ils que le marché unique européen n’est pas encore fonctionnel?

La situation des marchés du travail est difficile et la plupart des pays sont confrontés à une inadéquation des compétences. Faire le lien entre l’emploi et l’éducation devrait donc être une réforme fondamentale dans tous les pays européens. Le marché unique est l’une des plus grandes réussites de l’UE, mais pour être honnête, il lui manque encore les solutions quant aux quatre libertés fondamentales, surtout en ce qui concerne la libre circulation des personnes.

Les conséquences d’une personne travaillant à l’étranger ne sont pas seulement la fuite des cerveaux pour un pays, comme vous l’avez mentionné, mais aussi la question des droits sociaux tels que les droits à pension, les allocations de chômage, les allocations familiales, etc.

L’UE a mis l’accent sur la nécessité de soutenir les NEET. Le problème est-il que les États membres ferment les yeux sur ce phénomène ou que les institutions européennes ne parviennent pas à les convaincre de ses conséquences graves pour la société?

Tout d’abord, permettez-moi juste de mentionner que 16 millions de NEET ont adhéré aux programmes de la Garantie jeunesse et que l’IEJ a apporté un soutien direct à plus de 1,6 million de jeunes dans l’UE. Il est vrai que les États membres n’ont pas fait assez d’efforts pour atteindre les jeunes inactifs (NEET). Le problème, c’est qu’une fois que quelqu’un devient inactif, cela mène habituellement au chômage de longue durée.

L’Irlande est un pays qui s’est attaqué à cette question spécifique de façon assez intelligente, à mon avis, en offrant de l’argent à leurs citoyens pour qu’ils s’enregistrent comme chômeurs. Les autorités ont ainsi obtenu des statistiques fiables sur le pourcentage de NEET dans leur pays. Lorsqu’ils les ont identifiés, ils ont pu mieux cibler les mesures. Ce devrait être la première étape pour atteindre les réseaux NEET.

Je ne crois pas que les pays ferment les yeux. Je pense qu’ils n’ont pas eu le temps de faire des recherches, de préparer des réformes appropriées, et qu’ils ont plutôt utilisé l’argent de l’IEJ pour remplacer les réformes nationales déjà existantes.

Bruxelles critique le sous-investissement dans la jeunesse

La compression des retraites et les changements démographiques mettent des bâtons dans les roues des jeunes de moins de 25 ans en Europe, déjà plombés par un taux de chômage obstinément élevé.

Comment voyez-vous le rôle de la société civile dans le suivi des initiatives ascendantes pour l’emploi ? Estimez-vous que ces organisations disposent actuellement des plateformes nécessaires pour se faire entendre ?

Les situations sont différentes partout en Europe. Dans certains États membres, il est clair que les organisations de jeunesse ne sont pas assez impliquées et qu’il n’y a pas d’approche ascendante. Mais dans d’autres pays, comme la Slovénie, ce n’est pas le cas. Les organisations de jeunesse ont été très impliquées dans le processus d’application de l’initiative. Dans le rapport, je mentionne ce problème pour que les pays qui l’ont fassent des efforts.

Subscribe to our newsletters

Subscribe