Dans le Parlement de Pittella, tous les groupes seront égaux

Gianni Pittella [European Parliament]

S’il devient président du Parlement européen, Gianni Pittella, le candidat du S&D, promet d’ouvrir une nouvelle ère de prise de décision, avec des droits égaux pour tous les groupes politiques.

Gianni Pittella est le chef de file des eurodéputés socialistes et démocrates (S&D) au Parlement européen. Il a récemment été nommé candidat à la présidence du Parlement par son groupe politique.

>> Lire : Les socialistes veulent un nouveau poste européen de haut niveau

Quelle est la raison principale de votre candidature ?

La coopération législative [entre le PPE et le S&D] est finie. Quel que soit le résultat de cette élection, il n’y a aucune chance de la restaurer.

En tant que président du Parlement, je voudrais entamer une nouvelle phase en donnant à tous les groupes, quelle que soit leur taille, une dignité et des droits égaux dans la formation des décisions de l’institution. En tant que président du Parlement, j’augmenterai la transparence et la démocratie dans le processus de prise de décision. Je serai le président de tous les eurodéputés, le défenseur du pluralisme entre groupes politiques.

Ce n’est qu’en s’engageant dans des débats authentiques et des confrontations politiques animées que le Parlement et ses membres pourront pleinement confronter les problèmes concrets de nos citoyens. La visibilité du Parlement européen s’est drastiquement améliorée ces dernières années. Il est à présent temps d’améliorer la visibilité de chaque eurodéputé, surtout au sein de sa propre circonscription. Chaque citoyen doit être conscient du travail important mené par son représentant à Bruxelles.

L’inclusion et le dialogue ouvert avec les autres groupes seraient un changement essentiel par rapport à l’époque des dîners du G5 et de la coopération législative.

Ces dîners et cette coopération constituent le fondement d’une phase politique exceptionnelle. Celle-ci est à présent révolue. Depuis 2014, l’Europe a connu des changements profonds, nous ne pouvons pas l’ignorer : la crise grecque, la crise migratoire, le référendum britannique et une flopée d’élections sont en train de modifier le paysage politique européen et mondial. Nous devons tirer toutes les leçons de ces changements. Ouvrons-nous à la société. Ouvrons-nous au peuple, à ses craintes, à ses espoirs et à ses demandes.

Nous ne pouvons pas nous enfermer dans une sorte de forteresse, comme le propose de manière obsessive le Parti populaire européen, de peur d’être éliminé par des forces radicales. Nous ne vivons pas sous le siège de la population. Nous sommes ses représentants, les représentants d’un demi-milliard de citoyens européens. Les débats, les questionnements et la confrontation politique sont les piliers de la démocratie, et la seule manière d’atteindre des compromis et des solutions concrètes pour améliorer les conditions de vie.

Quel impact aura la fin de la coopération législative sur la Commission européenne ?

Ne créons pas de confusion. Notre coopération avec la Commission de Jean-Claude Juncker sera toujours constructive. Si Jean-Claude Juncker souhaite réellement changer l’Europe, mon Parlement sera son meilleur allié. Je suis confiant quant à notre coopération.

>> Lire : La grande coalition européenne officiellement enterrée

De quels groupes politiques attendez-vous un soutien ?

Ceux qui me connaissent savent que ma porte est toujours ouverte au dialogue avec toutes les forces politiques, à l’exception des xénophobes, bien sûr. J’ai toujours favorisé le jeu d’équipe à la prise de décision unilatérale.

En tant que nouveau président, je serai « un meneur parmi mes égaux », prêt à écouter et à coopérer avec tout le monde. Tous les groupes politiques, à part les xénophobes, chaque eurodéputé sera un acteur du processus législatif et de l’avènement d’une nouvelle saison de changement.

J’espère sincèrement que mon principal rival, Antonio Tajani, n’acceptera pas le soutien du groupe de l’Europe des Nations et des Libertés. Pour être franc, je n’ai pas entendu une seule remarque à ce sujet de sa part. Je pense cependant qu’il partage l’idée qu’il serait très dangereux que le prochain président du Parlement européen soit élu grâce aux votes de Le Pen ou Salvini.

Quelle est votre vision pour l’Europe des quelques années à venir ?

L’Europe est en train de s’effondrer, à cause d’un état de stagnation permanent. L’égoïsme qui accompagne certains États membres au Conseil est souvent la cause de cette stagnation. Nous en avons fait l’expérience avec la crise des réfugiés et la taxe sur les transactions financières. Les citoyens européens ne peuvent payer le prix de l’inaptitude et de l’inaction du Conseil. Nous devrions avoir certaines priorités communes.

Premièrement, davantage d’investissement et de croissance. Le FEIS 2 (Fonds européen d‘investissements stratégiques) est une mesure positive, mais sans doute insuffisante pour dynamiser l’économie. Ce fonds devrait vraiment être doublé s’il doit nous permettre de dépasser l’austérité aveugle et dangereuse imposée par Schäuble et ses amis.

Nous soutenons les recommandations récentes de la Commission sur une politique fiscale plus expansive.

Les institutions européennes ne devraient pas être fortes sur les sujets importants et négliger les sujets moins étendus. Dans mon Parlement, le programme social, l’Union de l’énergie, la garantie pour la jeunesse, le développement durable et le changement climatique seront tous considérés comme des sujets importants. Ils recevront donc l’attention qui leur est due.

Nous voulons un objectif d’efficacité énergétique de 40 % d’ici 2030 et une augmentation de 30 % des énergies renouvelables. Le système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS) devrait également être révisé et nous devrions vraiment modifier la législation actuelle afin que l’on ne puisse plus fausser les données relatives aux émissions, comme l’illustre le Dieselgate.

En tant que président, j’insisterai pour que Jean-Claude Juncker change le code de conduite des commissaires, afin d’éviter des affaires comme celles de Barroso et Kroes. À eux deux, ils ont durablement entaché la crédibilité des institutions européennes. Ce changement doit être accompagné de davantage d’efforts pour la transparence et la lutte contre les fraudes fiscales et l’évitement fiscal.

C’est un sujet sur lequel la Commission a de bons résultats. Mais nous devrions insister pour la création d’une liste des paradis fiscaux et de sanctions pour ceux qui aident les entreprises à y cacher leur argent. Nous voulons également nous assurer que les taxes sont payées là où les profits sont générés.

Et en ce qui concerne les négociations de Brexit ?

À mon avis, le Parlement devrait aussi soutenir un Brexit juste, l’établissement d’une relation gagnant-gagnant.

Un dernier commentaire sur la crise migratoire ?

Le Parlement a déjà exprimé sa position très dominante : il faut mettre en place une action commune fondée sur la solidarité et les responsabilités partagées.  Ce sont les mêmes responsabilités et engagements d’investissement, de démocratie et de droits de l’Homme auxquels je ferai appel pour faire des pays africains de vrais partenaires de l’Europe.

À ce niveau, nous avons besoin d’un changement radical. Ma candidature est celle du changement : changer l’Union européenne pour sauver l’Europe.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.