Selon le ministre slovène des Affaires étrangères, l’inaction de l’UE dans les Balkans occidentaux est « stratégiquement dangereuse »

L’UE doit passer « le plus rapidement possible » d’une approche attentiste à une stratégie de résolution des problèmes en ce qui concerne l’élargissement et les Balkans occidentaux, a déclaré le ministre slovène des Affaires étrangères Anže Logar. EPA-EFE/JOHN MACDOUGALL / POOL [EPA-EFE/JOHN MACDOUGALL]

L’UE doit passer « le plus rapidement possible » d’une approche attentiste à une stratégie de résolution des problèmes en ce qui concerne l’élargissement et les Balkans occidentaux, a déclaré le ministre slovène des Affaires étrangères Anže Logar à EURACTIV lors d’un entretien sur les priorités de la prochaine présidence du Conseil de l’UE occupée par son pays.

« Ces dernières années, la stratégie de l’UE à l’égard des Balkans occidentaux était une approche attentiste, le bloc n’étant pas trop actif dans la région face à l’impasse des réformes », a déclaré M. Logar, reconnaissant qu’au cours de la dernière décennie, l’élargissement « a disparu de l’agenda de l’UE ».

« Nous savons ce qui s’est passé : des tiers sont entrés dans la région ; certains ont commencé à réaliser leurs intérêts stratégiques. Cela montre la vulnérabilité de la région pour l’UE. C’est stratégiquement dangereux », a fait savoir M. Logar.

Ses commentaires pourraient être considérés comme une référence indirecte à la diplomatie de la Chine et de la Russie en matière de vaccins et de masques au plus fort de la pandémie, qui a fait sourciller l’Europe.

« Si nous [l’UE] ne comblons pas le vide dans les Balkans occidentaux, notre voisinage immédiat, quelqu’un d’autre le fera. […] En ce sens, il est dans notre intérêt stratégique d’agir le plus rapidement possible et d’intégrer ces pays dans l’UE », a-t-il ajouté.

« Ce que nous voulons changer, c’est passer de la stratégie de l’UE axée sur les problèmes à une stratégie de résolution des problèmes », a expliqué M. Logar, arguant que cela impliquerait de réfléchir à la manière d’encourager et de forcer les gouvernements à accélérer les réformes.

Il a souligné que le processus d’élargissement « doit être viable. Ces pays doivent être sûrs que s’ils remplissent certains objectifs, l’étape suivante pour eux sera l’élargissement », ajoutant que cela concerne particulièrement les pays candidats que sont l’Albanie et la Macédoine du Nord.

Les espoirs d’adhésion des deux pays se sont heurtés à un mur en 2019 après que la France et les Pays-Bas ont imposé leur veto à l’ouverture des négociations d’adhésion en raison de l’absence de progrès en matière de réformes pour améliorer la démocratie et lutter contre la corruption.

La Bulgarie, membre de l’UE, a ensuite bloqué l’ouverture des négociations d’adhésion de Skopje en 2020 en raison de différends sur l’histoire, l’identité nationale et la langue communes.

La décision de la Bulgarie a été soutenue par tous les partis politiques du pays, et le gouvernement intérimaire actuel n’a jusqu’à présent pas modifié cette position. Un nouveau parlement, après des élections anticipées prévues en juillet, pourrait changer les enjeux.

En mai, le commissaire européen à l’élargissement, Olivér Várhelyi, avait proposé de découpler les deux pays et de n’avancer qu’avec l’Albanie, mais M. Logar a déclaré que la Slovénie était « fermement opposée au découplage ».

« Les deux pays remplissent les critères qui leur ont été posés par l’UE et comme le bloc est fondé sur l’État de droit et la même mesure pour tous, ils devraient tous deux passer à l’étape suivante. »

« Nous espérons toujours que l’accord sera possible au cours de cette semaine sous la présidence portugaise », a avancé M. Logar. Le mandat de six mois du Portugal se termine le 30 juin.

La Slovénie doit organiser un sommet informel sur les Balkans occidentaux avec les dirigeants européens et régionaux en octobre.

« Nous souhaitons également faire entendre la voix de nos concitoyens des pays des Balkans occidentaux dans le débat sur l’avenir de l’Europe », a renchéri M. Logar.

Au début de l’année, une série de notes diplomatiques non officielles ont suggéré des changements de frontières dans les Balkans, ce qui a secoué la région et fait craindre un regain de tensions ethniques dans le coin sud-est de l’Europe.

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Interrogé sur les documents officieux, M. Logar a réaffirmé que la Slovénie soutient fermement l’intégrité territoriale des Balkans occidentaux, un point qu’il a dit avoir abordé avec le ministre des Affaires étrangères de Bosnie-Herzégovine lors d’une rencontre récente.

M. Logar a indiqué que le cas de la Bosnie-Herzégovine constituerait la question la plus difficile de la région et qu’il placerait « beaucoup d’espoir » dans le travail du nouveau Haut représentant de l’UE, Christian Schmidt, qui a récemment succédé à Valentin Inzko dans cette fonction.

Le représentant slovène a expliqué qu’avant de s’atteler à la Bosnie, « nous devrions résoudre d’autres problèmes régionaux afin de prouver que nous pouvons obtenir des résultats ».

« Si nous commençons par la Macédoine du Nord et l’Albanie, et si le processus de Belgrade-Pristina progresse, nous enverrons un message très positif à la région et nous pourrons ainsi aborder la Bosnie de manière plus efficace », a-t-il ajouté.

Questionné sur les perspectives qu’il entrevoit pour les relations entre la Serbie et le Kosovo, M. Logar a fait valoir qu’il est difficile de dire où ira le chemin des négociations, mais la nomination du représentant spécial de l’UE, Miroslav Lajčak, a montré que l’UE n’a pas mis la question en veilleuse.

Géopolitique

La semaine dernière, le chef de la diplomatie européenne, Joseph Borrell, a dévoilé une proposition de 14 pages pour une nouvelle stratégie sur les relations UE-Russie, détaillant comment « repousser, contraindre et s’engager » avec Moscou, bien que les diplomates disent qu’il pourrait être difficile de se mettre d’accord sur une position commune entre l’UE27 dans un avenir proche.

Interrogé sur la manière dont il envisage l’évolution des relations entre l’UE et la Russie pendant la présidence de son pays, M. Logar a reconnu que « les relations ne sont effectivement pas très bonnes ».

« L’UE devrait parler d’une seule voix et avant les prochaines étapes, nous devrions avoir une discussion approfondie sur notre position », a-t-il déclaré.

« Lors de ma visite à Moscou, j’ai exprimé le souhait que les quatrième et cinquième principes – la coopération dans des domaines d’intérêt commun comme le changement climatique et les relations interpersonnelles – soient utilisés à grande échelle », a-t-il ajouté.

À la question de savoir s’il serait satisfait de la politique actuelle de l’UE en matière de sanctions, M. Logar a répondu que « l’on ne peut pas être satisfait du résultat », raison pour laquelle les dirigeants européens devraient réexaminer la question et en discuter de manière plus approfondie.

Concernant la Chine, M. Logar a déclaré que la pandémie « a montré et prouvé que nous sommes devenus trop dépendants de Pékin ».

Il existe un déséquilibre entre les États membres de l’UE « en ce qui concerne leur commerce extérieur avec la Chine et il y a des points de vue différents sur l’importance des relations, qui, au sein de l’UE, devraient être mises sur un pied d’égalité », a-t-il ajouté.

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