Le manque de coopération en matière de défense coûte cher aux pays européens

L'armée allemande recrute à tour de bras. [JJ200680/ Flickr]

L’Union de la Défense doit permettre aux pays européens de rationaliser leurs dépenses militaires. Ces dernières atteignent 50% du budget des États-Unis, mais ne génèrent que 10 à 15 % de leur niveau de compétence. Une interview d’Euractiv Allemagne.

Julia Obermeier est une députée de l’Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU) et membre de la commission « défense » du Bundestag.

Michael Gahler est eurodéputé du Parti populaire européen et membre de la commission des affaires étrangères du Parlement européen. Au niveau national, il fait partie de l’Union chrétienne-démocrate.

Julia Obermeier

Ursula von der Leyen, la ministre allemande aux Affaires étrangères, veut mieux consolider l’armée, à la fois en termes de ressources et de personnel. Le nombre croissant d’interventions internationales et des problèmes d’équipement mettent cependant l’armée sous pression. Pensez-vous que son projet est trop optimiste ?

Nous assistons à un renversement de la tendance, à la fois en ce qui concerne le personnel et l’équipement. L’an dernier, l’Allemagne a augmenté ses dépenses en équipement militaire de 10%, avec un total de 5,1 milliards d’euros. C’est la deuxième année d’affilée où nous utilisons l’intégralité du budget de la défense. Bien sûr, cela ne se fait pas d’un coup de baguette magique, et nous sommes encore aux prises avec certains problèmes d’équipement. 6 000 soldats ont reçu de nouveaux équipements de combat, qui ont déjà été testés en Afghanistan, au Mali et en Irak.

En ce qui concerne le personnel, la situation n’est pas aussi dramatique que ce que l’on dit souvent. Après 26 ans de réduction progressive des effectifs, la tendance a été renversée. Il y a eu un plus bas en juin 2016, mais depuis 11 000 personnes ont été engagées.

Ces objectifs qui ont été cités peuvent-ils être atteints sans une augmentation drastique du budget de la défense ?

Le ministère de la Défense a calculé que nous devrons investir 130 milliards d’euros si nous voulons approvisionner nos troupes efficacement d’ici 2030. Nous sommes en bonne voie : le budget pour 2017 a été augmenté de 2,7 milliards d’euros, soit 8 %, pour atteindre un total de 37 milliards. Si nous continuons comme ça, nous aurons consenti 100 milliards d’euros de l’investissement nécessaire. L’objectif est atteignable, nous devons simplement nous y mettre.

L'Europe lance son QG militaire

Le 6 mars, les ministres à la Défense et aux Affaires étrangères européens ont décidé de créer un centre de commandement commun pour les missions militaires des États membres. Un premier pas vers une plus grande coopération en matière de sécurité et de défense.

Moderniser l’armée tout en contribuant à l’Union de la défense semble pourtant être un but très ambitieux. Comment l’armée gérera-t-elle cette situation, alors qu’elle fait elle-même face à des problèmes ?

Ce ne sont pas deux investissements mutuellement exclusifs, ils vont ensemble. Les États membres de l’UE allouent tous les ans plus de 200 milliards d’euros à leurs forces armées, soit moins de la moitié du budget américain. Pourtant, nous n’atteignons que 10-15 % du niveau de compétence des Américains.

L’une des raisons à cela est le manque d’efficacité du marché public de la défense. L’Europe utilise six fois plus de systèmes d’armes différents que les États-Unis, par exemple. La Commission européenne estime que le manque de coopération entre États membres coûte 25 milliards d’euros supplémentaires par an. Il y a beaucoup de marge pour des économies là-dedans. Il y a aussi une occasion de moderniser l’armée, en collaboration avec d’autres États membres.

L'Allemagne gagne du terrain dans la course aux ventes d'armes

D’après une étude, les ventes d’armes sur le marché international ont atteint leur niveau le plus élevé depuis la fin de la Guerre froide.  Un article d’EURACTIV Allemagne.

Quel est l’intérêt de l’Union de la défense pour l’Allemagne ?

Une meilleure coopération au niveau européen renforcera la sécurité de l’Allemagne au sein de l’UE. Il ne faut pas oublier que l’Allemagne et ses partenaires européens n’ont pas nécessairement les mêmes intérêts que les États-Unis, notre partenaire le plus important au sein de l’OTAN. Le Moyen-Orient et l’Ukraine sont aux portes de l’Europe, mais très loin de Washington. Du point de vue allemand, l’UE est un acteur qui s’occupe de ses voisins immédiats et promeut la sécurité et la liberté dans le monde.

Michael Gahler

L’un des objectifs principaux de l’Union de la défense est de réduire les dépenses grâce à des développements et des achats communs. Les États membres ont cependant intérêt à utiliser ces fonds européens pour renforcer leur propre industrie de l’armement. Les conflits commerciaux sont-ils inévitables ?

Dans le cas de tels conflits, il ne faut pas perdre de vue l’intérêt européen. L’idée d’une Union de la défense n’est pas uniquement de financer des projets de recherche nationaux, mais plutôt de compléter les dépenses nationales grâce à des fonds européens.

La valeur ajoutée européenne dans ce secteur doit encore être définie clairement. Il s’agit notamment de développer des capacités militaires communes, en créant des programmes d’armement communs et en harmonisant les équipements, par exemple.

Comment expliquez-vous la tendance actuelle d’accumulation militaire ?

La politique de sécurité européenne est menacée de différents angles, notamment depuis la Russie et les États fragiles ou faillis du Moyen-Orient ou d’Afrique. Le terrorisme, la résolution des conflits hybrides, l’instabilité économique, le changement climatique et l’approvisionnement énergétique font également partie des dangers.

Mélenchon dénonce l'Europe de la Défense

Le candidat de La France insoumise a réfuté l’idée de relancer la construction européenne par une politique de défense commune, « une vision terrible », dangereuse et sans « intérêt », selon lui.

L’Union de la défense peut-elle rapprocher les États membres, ou risque-t-elle d’avoir l’effet inverse ? Dans certains pays, notamment à l’Est, l’initiative est perçue comme un projet allemand.

Je ne suis pas d’accord. L’Allemagne n’est que l’un des pays à avoir redécouvert l’idée d’une Union de la défense, avec la France, la Pologne et les États baltes. Cette union est après tout prévue par le traité de Lisbonne.

Et il n’est pas vrai que les personnalités politiques d’Europe de l’Est ne sont pas convaincues par une politique de défense forte. Nos partenaires des pays d’Europe centrale et de l’Est au Parlement européen soutiennent l’idée. Le rapport parlementaire de mon collègue de l’ALDE, Urmas Paet, ancien ministre estonien des Affaires étrangères, a été adopté avec une large majorité. Même Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, s’est déclaré en faveur de l’Union de la défense au mois de janvier.

Alain Lamassoure : « la victoire de Trump doit nous pousser à prendre notre destin en main »

Pour Alain Lamassoure, l’élection de Donald Trump à la tête des États-Unis est l’occasion pour l’UE de finir de bâtir une véritable Europe politique et de la défense.