Manfred Weber : «Macron se plaint d’Orban dans les médias mais pas au Conseil européen»

Manfred Weber, au Parlement européen. [PE]

Pour le Parti populaire européen, les principes d’état de droit doivent être défendus,  y compris au Conseil européen, estime son chef de file, Manfred Weber, qui assure à Euractiv Pologne qu’il n’y aura pas d’exception pour Viktor Orbán.

Manfred Weber est eurodéputé allemand issu de la CSU. Il préside le groupe du Parti populaire européen (PPE) et est son Spitzenkandidat pour les élections européennes de mai 2019.

Le Brexit aura-t-il lieu ?

C’est une question cruciale ! Mais je ne pense pas que ce qui se passe à Londres soit prévisible. Chaque semaine, chaque jour, nous entendons des « breaking news » à ce sujet, la situation est chaotique et pleine d’incertitudes. J’espère que cela montre aux autres pays européens qu’il est mieux de réformer l’Union que de la quitter ou de la détruire.

La plupart des eurodéputés britanniques appartiennent au Parti conservateur. En cas de Brexit, comment cela influencera-t-il l’équilibre des pouvoirs sur la scène politique européenne ?

Certains diraient que le Royaume-Uni est un pays traditionnellement très libéral, très tourné vers les marchés. Donc Londres a toujours eu une voix économique forte, mais aujourd’hui, très franchement, je ne l’entends plus, parce que les Britanniques ont décidé de quitter le plus grand espace de libre-échange au monde. C’est pourquoi – s’ils en sortent vraiment – les exigences britanniques n’influenceront plus les négociations européennes. Pour moi c’est la chose la plus importante pour l’avenir.

Ces deux dernières années, nous sommes déjà parvenus à mettre en place de nombreuses politiques , comme la coopération structurée permanente dans la défense. Avant cela, avec les Britanniques, toujours réticents, très prudents, à la table des négociations, c’était impossible. Donc nous avançons davantage ensemble.

Lors du récent congrès de la CDU à Hambourg, les discussions ont peu porté sur l’avenir de l’UE. De même, vous n’avez pas vraiment parlé d’Emmanuel Macron, qui est actuellement le moteur du débat européen sur les réformes de l’Europe.

Je trouve cela positif. Parce que dans une campagne qui ne porte que sur l’élection du prochain chef d’un parti, il vaut mieux débattre des choses qui vous divisent. Par conséquent, les trois candidats à la présidence de la CDU n’ont pas parlé de l’Europe, parce qu’ils croient tous en l’Europe. Ce n’était pas une question cruciale au cours de cette campagne. Tout le monde voit la CDU comme un parti pro-européen en Allemagne, dans l’esprit de Konrad Adenauer et Helmut Kohl.

Je ne voulais pas parler d’une position pro-européenne, mais d’une vision d’avenir pour l’UE.

Absolument, je ne fais que répéter que si nous n’en avons pas discuté, c’est parce que nous partageons tous une position pro-européenne. Et vous avez raison, le débat qui précède les élections européennes de l’année prochaine ne doit pas porter sur le « pour » ou pour le « contre » l’Europe, car c’est notre réalité. Il devrait être axé sur l’orientation que nous voulons lui donner.

«La candidature de Manfred Weber est absurde»

Manfred Weber représente la CSU, un parti proche de Poutine, d’Orbán, et des forces anti-UE affirme la cheffe de file du groupe de la gauche radicale au Parlement européen.

Et dans quelle direction voudriez-vous que l’Europe aille, si vous deveniez le nouveau président de la Commission européenne ? Vous êtes le candidat principal, le Spitzenkandidat du PPE, plus grand groupe politique en Europe, et il y a donc de grandes chances que vous succédiez à Jean-Claude Juncker.

Je veux garantir aux citoyens européens que nous regagnerons le contrôle de nos frontières et que l’immigration illégale sera arrêtée. Il faut la maitriser, sans condition. Ceux qui voteront pour nous obtiendront des solutions efficaces, comme celles que Boyko Borisov introduit en Bulgarie en ce qui concerne la frontière turque. Si une clôture est nécessaire, nous sommes prêts à en construire une, parce que nous voulons protéger la frontière européenne.

La deuxième chose pour moi, pour rendre mon programme politique aussi concret et précis que possible, c’est la question de l’élargissement. Je pense que la Turquie ne peut pas devenir membre de l’UE. Si je deviens président de la Commission, j’arrêterai toute discussion à ce sujet. Relation forte – oui, adhésion – non. Nous sommes voisins et nous devons donc travailler en étroite collaboration, cela ne fait aucun doute.

Troisièmement, comme je l’ai dit à Helsinki, où j’ai été nominé comme Spitzenkandidat, je présenterais une initiative – ou des orientations – pour lutter contre le cancer. C’est essentiel parce que jusqu’à 40 % des Européens auront le cancer dans leur vie. Ce plan combinera les capacités des  experts nationaux et des budgets de recherche des 27. J’espère que cette initiative nous aidera à trouver une solution pour vaincre le cancer. Ce serait un rêve devenu réalité pour moi.

Les chercheurs considèrent que c’est possible, avec les capacités de recherche et les fonds appropriés. Cette réalisation nous rendrait fiers de ce que nous avons accompli pour rendre le monde meilleur, et nous permettrait d’échapper au piège actuel d’une mentalité de crise. Et les Polonais, les Allemands, les Autrichiens ou les Espagnols auront une preuve tangible de ce que nous pouvons accomplir quand nous travaillons vraiment ensemble.

Je veux mener une campagne optimiste et positive pour contrer tous les populistes et extrémistes qui ne font que jouer sur les craintes et les préoccupations des gens.

«Il faut harmoniser la lutte contre le cancer à l'échelle européenne»

Lieve Wierinck plaide pour une harmonisation des politiques sanitaires européennes. Selon elle, ce n’est que comme ça que la lutte contre le cancer pourra progresser.

C’est plein d’optimisme, en effet. Vous qui dites vouloir contrer les populistes et extrémistes, pourquoi autorisez-vous le Fidesz de Viktor Orbán à rester au PPE ?

Dans notre parti, il n’y a aucun traitement de faveur en ce qui concerne les principes fondamentaux, à savoir l’état de droit, la démocratie et la liberté d’expression.

Vraiment ?

Pas le moins du monde. Une preuve concrète qui va dans ce sens est le vote de l’article 7, sorte d’ « option nucléaire » à utiliser lorsqu’un pays ne respecte pas l’état de droit. Mon groupe et moi-même avons voté à une large majorité pour imposer cette procédure à Budapest.

Dans le même ordre d’idées, nous avons aussi soutenu les votes de sanction contre la Pologne. Un grand nombre de mes collègues du PPE ont voté pour cela et c’est grâce à nous que la majorité des deux tiers nécessaire pour déclencher l’article 7 a été atteinte. Pas aux socialistes, ni aux autres partis.

Nous devons défendre l’état de droit dans l’UE. Néanmoins, ce que nous sommes en train de faire avec la Hongrie est un mécanisme neutre, car ce n’est pas un seul parti qui pose problème. C’est pourquoi nous présenterons en janvier un mécanisme contraignant qui sanctionnera tout manquement à l’état de droit, pour l’avenir de ce continent.

Nous devons rester fidèles à nos principes quoi qu’il arrive. Pour le PPE, c’est clair comme de l’eau de roche.

Existe-t-il des alternatives à l’article 7?

La Pologne et la Hongrie sont en froid avec Bruxelles. L’UE voudrait faire monter la pression en espérant faire réinstaurer l’état de droit dans ces pays, mais elle manque de moyens, selon Nicole Koenig, interrogée par Euractiv Allemagne.

J’entends bien, mais pour beaucoup, la présence de Viktor Orbán dans le PPE nuit à la légitimité éthique du parti. L’état de droit et la démocratie libérale que vous prétendez défendre est en contradiction avec la situation actuelle en Hongrie, où la presse se fait museler, oùle gouvernement fait du corps à corps avec les ONG et les institutions d’éducation, où la xénophobie et l’antisémitisme viennent se cristalliser dans la haine envers George Soros… Tout cela est contre vos valeurs fondamentales.

C’est bien pour cela qu’aucun traitement de faveur ne sera accordé à Viktor Orbán. Nous avons déclenché l’article 7 et…

En effet, mais pour cela, il faudrait un accord aux quatre cinquièmes au Conseil, ce qui n’arrivera pas.

C’est pourquoi je voudrais vraiment demander aux membres du Conseil d’en parler franchement. Aujourd’hui, Emmanuel Macron se plaint publiquement de Viktor Orbán, mais lorsqu’ils siègent ensemble à la réunion du Conseil, il n’y a aucun point à l’ordre du jour qui concerne l’article 7 et l’état de droit en Hongrie. Ou en Pologne. Vous savez, le cas de la Pologne n’a même pas encore atteint le niveau du Conseil. Les ambassadeurs européens en parlent, mais pas les chefs d’État et de gouvernement. Au minimum, je voudrais que les dirigeants parlent de ces questions fondamentales.

Le PPE n’a donc pas besoin de leçons supplémentaires à ce sujet, il est maintenant temps pour les dirigeants d’agir, de discuter et d’être francs les uns envers les autres. Emmanuel Macron devrait regarder Viktor Orbán et Mateusz Morawiecki dans les yeux et leur dire ce qu’il pense. Je crois qu’il est préférable de se parler dans le cadre européen que de se plaindre par le biais des médias, tout en ne faisant rien.

Maintenant, nous attendons la décision de la CJUE concernant l’Université d’Europe centrale et la loi hongroise sur les ONG. Cela nous donnera un levier supplémentaire pour persuader le Conseil d’inscrire finalement la question de Budapest à son ordre du jour.

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