Les agriculteurs du Bas-Léon retissent le bocage

Le programme Breizh Bocage doit permettre de replanter 100 km de haies d'ici 2020 dans le Bas-Léon.

Cet article fait partie de l'édition spéciale L’UE mise sur le développement durable à la bretonne.

En restaurant les haies et les talus en bordure de champs, le programme Breizh Bocage permet de lentement recomposer un maillage progressivement détruit avec l’intensification de l’agriculture.

Sur l’exploitation de Rudy David, maraicher bio à Ploudaniel dans le Finistère, les courges butternut et les potimarrons poussent à l’abri du vent, sous les haies plantées le long des 7 hectares de terres cultivables.

« C’est naturel de replanter les haies. C’est ce qui amène l’équilibre, c’est la base de tout », explique le maraicher. « J’avais le projet de continuer à replanter des haies, et par le bouche-à-oreille j’ai entendu parler du programme Breizh Bocage ».

Plus de 700 mètres linéaires de talus et de haies en bord de route ont été replantés sur son exploitation. Ces nouvelles haies multifonctions permettent l’accueil des pollinisateurs et des oiseaux, mais ont aussi une fonction coupe-vent et de prévention de l’érosion des sols. « Et j’ai installé des boîtes à mésanges dans les haies tous les 20 mètres !» ajoute l’agriculteur, ravi. Les mésanges rafolent des limaces, dont les nuisances sur les cultures sont ainsi réduites.

Pour créer les nouveaux talus, la vieille haie de cyprès qui bordait le champ de Rudy a été abattue et broyée en copeaux afin de constituer la base sur laquelle de nouvelles espèces locales d’arbres, comme le châtaignier, le hêtre ou le chêne, ont été replantées. Plus adaptées à la région et plus résistantes au vent, elles sont aussi un véritable repère à biodiversité. « Une haie de chêne va compter environ 200 espèces tandis qu’une haie de cyprès seulement 4 ! » rappelle  Yann Gouez du syndicat des eaux du Bas-Léon, qui pilote le projet Breizh Bocage.

Le programme, en partie financé par le FEADER, cherche à préserver et renforcer le maillage bocager en Bretagne, largement détruit au cours des 30 dernières années. Les effets bénéfiques sur la qualité de l’eau et la biodiversité, mais aussi sur les rendements agricole poussent de plus en plus d’agriculteurs, installés en bio ou en conventionnel, à  replanter les haies et reconstruire les talus autour des leurs champs.

« Nous sommes en train de recréer un maillage bocager qui existait avant, mais de manière plus méthodique et scientifique » explique Prosper Quellec, le vice-président du syndicat du Bas Léon en charge des espaces terrestres.  A la fin du programme en 2020, plus de 100km de haies auront été recréés dont 13 600 arbres replantés sur le bassin versant de l’Aber Wrac’h .

L’agroécologie pourrait nourrir l’Europe sans pesticide en 2050

En mettant l’accent sur les céréales, les fruits et les légumes, l’agriculture européenne peut sortir des pesticides et réduire son impact sur le changement climatique. Une solution qui garantirait la sécurité alimentaire et protègerait la santé des Européens.

 

La restauration du bocage a aussi aidé le territoire à lutter contre la pollution aux nitrates.  « Le bocage est une solution efficace à ces problèmes de qualité de l’eau, puisque les racines des haies agissent comme des filtres » explique Yann Gouez.

Depuis quelques années, la qualité de l’eau s’est nettement améliorée, et les taux de nitrates sont repassés bien en dessous des seuils imposés par la réglementation européenne. « On est une des régions française à avoir le plus progressé en qualité de l’eau » se félicite Prosper Quellec.

Craintes

Depuis le début du programme en 2016, près de 30 agriculteurs et particuliers ont bénéficié de Breizh Bocage qui prend en charge la totalité des coûts de création des talus et de plantation, mais aussi l’entretien pendant les trois premières années.

Les bénéficiaires sont ensuite responsables de l’entretien des haies. « Ce sont les agriculteurs qui nous contactent pour bénéficier du programme. Cela nous permet d’engager les travaux avec des personnes motivées, et de garantir que les haies seront entretenues par la suite » détaille Yann Gouez.

La question du coût de l’entretien fait d’ailleurs partie des rares freins que rencontre le programme. Car après le coup-de-pouce au démarrage et les trois premières années d’accompagnement, la question des frais de taille peut parfois freiner les bonnes volontés.

Valoriser le bois de bocage

Pour y répondre, certaines initiatives ont vu le jour dans les territoires voisins. Dans la commune de Pleyber-Christ, le bois de bocage est par exemple revendu pour servir de bois de chauffage à la piscine. « Dans le Bas Léon, nous réfléchissons à des initiatives similaires, mais il faut que les élus trouvent des débouchés pour le bois » explique Prosper Quellec.

L’autre crainte des agriculteurs est aussi de perdre de la surface cultivable. « Mais ce qu’on perd en plantant des haies, on le regagne dans les champs » affirme Rudy. Un adage vérifié par une étude de l’INRA, qui estime la perte de surface cultivable à la moitié de la hauteur de la haie… mais le gain en productivité de 15 à 20% dans l’ensemble du champ.

Producteur laitier à Plouguerneau, Louis-Yvon Abjean s’est lui aussi lancé dans le replantage de haies. « Les haies, ça protège les vaches laitières, ça participe à leur bien-être » affirme l’agriculteur, en exhibant les chiffres de productivités de ses vaches, bien au-dessus de la moyenne locale. « Ce n’est pas un hasard » affirme-t-il. « Une vache qui se sent bien dans sa peau, bien sûr qu’elle produit plus ».

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