Le Mouvement Cinq étoiles plaide pour la fin de l’austérité

Titziana Beghin [European Parliament]

Le dogme de l’austérité a prouvé son inefficacité et doit prendre fin, estime la députée européenne Tiziana Beghin du Mouvement Cinq étoiles.

Pour Tiziana Beghin, il faut donner à l’Italie l’opportunité d’investir de nouveaux secteurs, tels que le nouveau « New Green Deal », afin de favoriser la croissance dans le pays.

Invitée à comparer la nouvelle coalition au pouvoir en Italie, qui réunit la Mouvement Cinq étoiles (M5S) et le Parti démocrate (PD, centre-gauche), avec la précédente collaboration de son parti avec la Lega d’extrême-droite, la députée affirme que le Mouvement Cinq étoiles n’a pas d’ancrage idéologique, et n’est donc proche d’aucun de ces deux partis.

« Bien sûr, nous avons des points communs aussi bien avec la Lega qu’avec le PD », souligne-t-elle, ajoutant qu’après les élections de mars 2018, il était impossible d’avoir une majorité pour former un gouvernement. Plusieurs partis ont donc été sollicités pour s’asseoir autour d’une table et discuter.

« Nous avions demandé à des experts de comparer les différents programmes, et celui qui était le plus proche du nôtre était celui du Parti démocrate, mais ils ont refusé de discuter avec nous », explique-t-elle.

« Le seul parti qui a répondu à notre appel était la Lega. Et en fait, je peux dire que nous avons mené à bien d’importantes réalisations durant les 18 derniers mois, telles que la loi anti-corruption, le revenu minimum et la réforme des retraites. »

A propos des points communs avec le PD, l’actuel partenaire de coalition du M5S, Tiziana Beghin souligne que le parti semble notamment « plus engagé sur les questions environnementales ».

Fin de l’austérité

Selon elle, le premier grand test aura lieu avec la nouvelle loi financière attendue en décembre. 

« Nous avons deux objectifs différents : premièrement, éviter l’affrontement avec l’UE, car nous pensons qu’il est très important d’en faire partie. Deuxièmement, faire en sorte d’avoir plus de flexibilité, ce qui permettra d’avoir des déficits tout en investissant dans des secteurs productifs, tels que les infrastructures et l’innovation. »

A Bruxelles, Conte tente d'aplanir les relations avec l’UE

Giuseppe Conte, fraichement réélu en tant que Premier ministre italien a volontairement choisi Bruxelles et les institutions européennes comme première visite officielle. Son but ? apaiser les tensions et entamer une nouvelle relation de concession avec la Commission européenne.

« Nous devons investir pour favoriser la croissance dans notre pays », insiste la députée européenne, citant l’exemple du « New Green Deal ». Celui-ci revêt une grande importance aux yeux de Rome, étant donné son ambitieux projet d’atteindre 100% d’énergie renouvelable d’ici à 2050.

Concernant la présidente élue de la Commission de l’UE, Ursula von der Leyen, Tiziana Beghin note qu’elle semble pleinement consciente des graves implications sociales des politiques d’austérité et du fait que le dogme de l’austérité européen doit changer.

« Nous avons confiance en elle […] mais ils doivent admettre que leurs méthodes ont échoué partout. Pas seulement dans le sud de l’Europe, comme nous le savons tous, mais aussi en Allemagne, qui fait maintenant face à de nombreux problèmes économiques. »

L’eurodéputée ne partage cependant pas l’avis d’Ursula von der Leyen au sujet de la nouvelle cheffe de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde. Le Mouvement Cinq étoiles s’est abstenu durant le vote pour la nomination de la Française.

Selon elle, le point positif de la désignation de Christine Lagarde est qu’elle poursuivra la politique d’assouplissement quantitatif de Mario Draghi, visant à conserver des taux d’intérêts bas et à encourager les emprunts.

« Mais son passé parle pour elle. Elle était l’un des principaux acteurs du Fonds monétaire international (FMI) […] Elle a été impliquée dans la destruction de l’économie grecque. Nous ne pouvons pas apporter notre soutien sans être sûrs qu’elle agira autrement dans le futur. »

Christine Lagarde, un profil qui détonne à la BCE

Avocate de formation, membre de la droite française, Christine Lagarde a été nommée pour prendre la succession de Mario Draghi. La directrice du FMI présente un profil atypique, du fait de son absence d’expérience bancaire et de quelques casseroles.

Renzi, un nouveau Berlusconi

Interrogée sur la décision de l’ancien Président du Conseil italien, Matteo Renzi, de quitter le PD et de fonder un nouveau mouvement, Tiziana Beghin estime que cela n’aura pas d’incidence sur la coalition avec le Mouvement Cinq étoiles.

« Peut-être qu’un ou deux ministres seront proches de lui. Mais je ne suis pas sûre que cela se vérifie dans le futur s’il continue d’afficher un tel comportement. »

« Si des élections avaient lieu maintenant, il disparaîtrait complètement de la scène politique je crois », note la politicienne italienne.

Concernant les ambitions européennes de Matteo Renzi, elle estime que l’ancien Président du Conseil a prouvé qu’il était bien plus proche des centristes de Renew Europe ou même du Parti populaire européen (PPE) de centre-droit, que de sa propre famille politique socialiste.

« Je pense que la position naturelle de Renzi est davantage orientée vers le centre, ou même vers le PPE. Peut-être qu’il sera le nouveau Berlusconi », note-t-elle.

Pour conclure, Euractiv a demandé à l’eurodéputée si elle avait l’impression que la collaboration avec Matteo Salvini sur la politique migratoire avait porté atteinte à l’image de son pays au niveau international.

« Je pense que cela a été efficace pour Salvini, mais pas pour résoudre le problème, ni pour nous, ni pour l’Italie. Cela a été utile cependant, car pour la première fois, les États membres de l’UE ont été plus impliqués dans ces questions ».

Elle ajoute que ce n’est pas la position ferme de Matteo Salvini qui a permis de faire évoluer la situation, mais les négociations du Président du Conseil Guiseppe Conte avec les partenaires de l’UE. 

« Nous pouvons dire maintenant qu’il est plus facile de voir les autres États membres faire preuve d’une certaine solidarité. »

Tiziana Beghin soutient toutefois que la situation n’a pas totalement changé par rapport à celle de l’été dernier concernant les navires des ONG transportant des migrants. Mais au moins les gens ne restent plus sur un bateau dix jours durant avant d’accoster finalement en Italie.

L’eurodéputée affirme cependant que le nouveau gouvernement italien ne pratiquera pas une politique de « port ouvert », ajoutant que ni l’Italie, ni la Grèce, ni l’Espagne ne peuvent gérer seules la question migratoire.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.