À Biarritz, habitants et ONG dénoncent des mesures de sécurité exagérées

Un des check-point avenue de Verdun, à Biarritz

Adieu touristes, farniente et crème solaire : la côte basque française est désertée et placée sous un dispositif sécuritaire sans précédent pour accueillir le sommet du G7. Ce qui n’est pas du goût de tout le monde.

Biarritz et d’autres villes de la côte basque ont depuis jeudi un air de film post-apocalyptique. Dans les périmètres de sécurité autour de l’hôtel du Palais, où se retrouveront les sept chefs d’État, il n’y a plus âme qui vive. Deux zones ont été délimitées, une rouge et une bleue, dans lesquelles sans habilitation ou badge d’accès, il est impossible d’entrer. Une situation qui fait grincer des dents les habitants et commerçants.

« J’ai quitté Biarritz pour quelques jours, car ça allait être invivable, tout le centre-ville est bunkerisé, il y a des policiers partout et puis il y aura des manifestations, des affrontements, de la casse, peut-être des blessés, je ne voulais pas voir ça », explique Stéphanie, habitante de la zone rouge, qui a préféré rester jusqu’à mardi dans l’intérieur du Pays basque.

Capture d’écran Info G7 Biarritz

« On est un peu mis dehors malgré nous de toute façon. Si vous voulez vivre dans votre ville, vous ne pouvez pas. Soit vous êtes cloisonné, soit fouillé, et tout ça pour même pas trois jours de sommet. »  Donald Trump, Boris Johnson et comparses se réunissent de samedi soir pour un dîner d’ouverture jusqu’à lundi après-midi pour une conférence de presse finale. Le coût total estimé de ce grand raout : plus de 36 millions d’euros.

Emmanuel Macron l’annonçait déjà en mai lors de sa pré-visite : le dispositif sécuritaire sera « extrêmement lourd » et « inédit ». Le président semble avoir respecté sa promesse au pied de la lettre. L’aéroport de Biarritz, ainsi que cinq gares de la région sont fermés. Outre les 13 000 gendarmes et policiers déployés, des robots démineurs, drones, plongeurs et brigades canines sont sur le pied de guerre.

Côté océan, la plage et toute activité nautique seront surveillées et interdites sur 17 kilomètres de côte. Des missiles sol-air ont même été installés à Tarnos, dans le département des Landes, pour prévenir les menaces aériennes.

Arrestations abusives

Marco Perolini, chercheur pour Amnesty International présent sur place, craint des mesures policières et judiciaires exagérées. En effet, pour un traitement judiciaire rapide des trouble-fêtes, 17 procureurs ont été réquisitionnés et 300 places de gardes à vue libérées.

Un centre de détention de migrants a été vidé à Hendaye pour utiliser les 100 chambres comme salles de garde à vue. À Bayonne, des cellules en préfabriqués ont été mises en place devant le Palais de justice, ce qui fait craindre à l’ONG des « arrestations massives et arbitraires ainsi que des poursuites judiciaires accélérées. »

Service de renfort de comparution immédiate mis en place dans des pré-fabriqués en dehors du Palais de Justice de Bayonne. @France24

Ce que craignent avant tout les forces de l’ordre, ce sont les « black blocs » et autres protestataires, voire casseurs venus du monde entier pour protester contre le système et s’en prendre aux symboles du capitalisme, avec en première cible les banques.

« Nous avons l’expérience des neufs derniers mois, pendant le mouvement des Gilets jaunes, où des mesures juridiques ont été prises pour poursuivre les manifestants qui n’ont pas commis d’actes de violence. On a cette crainte pendant le G7 », estime Marco Perolini, qui explique que tout l’arsenal utilisé crée des tensions.

« Les autorités vont disperser les manifestations non déclarées avec des armes comme des grenades lacrymogènes ou des balles en caoutchouc, des moyens qui ont causé des centaines de blessés ces derniers mois. Pourtant ces manifestations non déclarées sont souvent pacifistes », assure le chercheur d’Amnesty.

Ambiance très particulière

À la veille du début du sommet, habitants comme ONG décrivent une « ambiance très particulière » à Biarritz et aux alentours. La ville de Bayonne ressemble quant à elle à un camp de retranchement.

« Il y a des policiers partout, sur tous les ponts, des blindés, c’est une ambiance très spéciale, car on ne sait pas ce qui va se passer, on entend tout et son contraire. De grosses manifestations seraient attendues demain sur Bayonne avec des casseurs. Donc par mesures de précaution, on a fermé boutique jusqu’à mardi matin et barricadé la vitrine avec des plaques en bois, et de toute façon, toute la rue est fermée. Toutes les banques sont barricadées », explique Audrey, une commerçante du centre de Bayonne.

Les camions de CRS ont investi la ville de Bayonne, ici le long de la Nive, depuis hier. @Haspé

« La mairie de Bayonne nous a dit de ne pas fermer, car ‘nous sommes l’image de Bayonne pendant le G7 aux yeux du monde entier’, mais eux ils ont barricadé Chronoplus [le réseau de transport du pays basque] depuis jeudi », déplore Audrey.

« Il y a des camions de CRS partout, c’est un peu étrange, car à Hendaye par exemple, où se déroule le contre-sommet du G7 [à 30 km de Biarritz], les touristes sont encore là, mais la ville est blindée avec des forces de l’ordre », raconte Marco Perolini. Comme une ambiance de suspens, à l’image de ce G7 rendu étrange par la situation internationale tendue, les feux qui ravagent l’Amazonie et l’expectative sur le Brexit.

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