A la tête de l’UE, la France va tenter de concilier ambitions économiques et écologiques

Lors de sa conférence de presse du 9 décembre sur la PFUE, Emmanuel Macron a détaillé son projet visant à créer une Europe plus souveraine, plus humaine, et économiquement dynamique. [EPA-EFE]

Porter un nouveau modèle européen de croissance, c’est l’un des axes majeurs de la Présidence française du Conseil de l’Union européenne (PFUE), dont le programme a été présenté par Emmanuel Macron le jeudi 9 décembre.

Le président de la République a détaillé son projet visant à créer une Europe plus souveraine, plus humaine, et économiquement dynamique, tout en affichant des objectifs écologiques ambitieux.

La réduction de moitié des gaz à effet de serre d’ici 2030 et la neutralité carbone en 2050 sont deux objectifs pour lesquels le président souhaite « ne pas perdre une minute ».

Si la transition écologique n’a pas été érigée en tant que pilier du projet d’Emmanuel Macron, elle est néanmoins intimement liée à son ambition de croissance économique. Il a invité notamment les industriels à « inventer des solutions de décarbonation de notre économie compatibles avec [l’]agenda de croissance ».

Le chef de l’Etat veut miser sur l’essor de filières industrielles innovantes, « qui vont structurer le monde de 2030 ». Il attend aussi de la création d’emplois liés à la transition énergétique et précise que les entreprises, comme les ménages, seront accompagnés « pour aller vers l’équilibre entre ambition climatique et justice sociale ».

Dans le discours, Emmanuel Macron réussit donc à concilier développement économique et aspirations environnementales. Mais plusieurs observateurs auraient tout de même préféré « que le climat et la lutte contre la précarité énergétique et sociale soient davantage mis en avant, car ce sont deux enjeux auxquels les européens font face » estime Neil Makaroff, responsable Europe pour le Réseau Action Climat.

Le MACF, un « totem électoral »

Allant plus loin qu’un simple discours de posture, Emmanuel Macron a précisé trois actions concrètes qu’il souhaite associer à la PFUE.

D’une part, l’instauration de clauses miroirs afin d’éviter la concurrence déloyale de produits importés dans l’UE par rapport aux producteurs européens. « Les acteurs économiques européens ne peuvent pas être les victimes de leurs efforts pour la planète » a souligné le président.

D’autre part, Emmanuel Macron veut mettre un coup d’accélérateur sur le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) « pour préserver notre compétitivité » – un objectif qui fait consensus au sein de la classe politique française.

« Il est indispensable que les gros émetteurs participent aux quotas carbone ; il ne faudrait pas un signal économique contradictoire » a commenté le sénateur Jean-François Longeot, président de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable.

Enfin, le président Macron a indiqué vouloir mettre en place un instrument européen de lutte contre la déforestation importée.

« Emmanuel Macron s’est focalisé sur des législations qui visent à baisser les émissions de gaz à effet de serre en dehors du continent européen, analyse Neil Makaroff. Il a choisi en particulier de placer le MACF dans son programme car c’est un peu un totem électoral en France. »

Jouer le rôle d’influenceur

En revanche, aucune précision sur le green deal ou le paquet Fit for 55, qui vont faire l’objet de négociations entre les 27 Etats membres de l’UE dans les prochains mois.

« Le discours aurait pu être complété, reconnaît le sénateur Longeot, mais si déjà on parvient à concrétiser la volonté affichée, je crois qu’on aura fait un grand pas. »

Neil Makaroff met néanmoins en garde contre toute tentation de mettre des thématiques franco-françaises à l’agenda européen. « Il ne faudrait pas faire de la PFUE une tribune pour les intérêts nationaux, comme le nucléaire. Le risque serait d’aboutir à des blocages sur le sujet du climat » prévient-il.

« Il faut distinguer deux niveaux dans cette présidence » analyse pour sa part Eric Maurice, responsable du bureau de Bruxelles pour la fondation Robert Schuman. D’un côté, tout le processus décisionnel du conseil de l’Union européenne est pris en charge par un Etat, en l’occurrence la France à partir de janvier ; un aspect dans lequel Emmanuel Macron s’inscrit de manière traditionnelle. Et de l’autre, la PFUE est l’occasion de disposer d’une tribune politique. « C’est là qu’Emmanuel Macron se démarque en disant que la PFUE n’est pas une fonction hôtelière, mais une fonction d’inspiration » poursuit Eric Maurice.

Il y a fort à parier qu’Emmanuel Macron tentera d’influer sur l’agenda européen au travers de la PFUE. C’est à ce niveau politique que le chef de l’Etat a commencé, dès la présentation de son programme, à se distinguer.

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