Accord avec la Hongrie concernant l’Ukraine : Ursula von der Leyen « confiante », mais rien n’est certain

« Je suis convaincue qu’une solution à 27 est possible », a déclaré Ursula von der Leyen à Strasbourg. [EPA-EFE/RONALD WITTEK]

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a déclaré lors d’une séance plénière du Parlement européen mercredi (17 janvier) qu’elle était « confiante » dans sa capacité à obtenir de la Hongrie qu’elle abandonne son veto sur l’aide à l’Ukraine au cours d’un sommet décisif le 1er février, mais rien n’est certain.

« Je suis convaincue qu’une solution à 27 est possible », a déclaré Mme von der Leyen à Strasbourg.

En décembre, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a refusé d’approuver le programme d’assistance financière destiné à soutenir le gouvernement ukrainien pour les quatre prochaines années.

Depuis, la pression exercée sur Budapest pour qu’elle lève son veto sur le financement de l’Ukraine n’a cessé de croître.

Après une concession sur les négociations d’adhésion, Viktor Orbán bloque l’aide à l’Ukraine

Le Premier ministre hongrois a bloqué l’aide financière de 50 milliards d’euros de l’UE pour l’Ukraine ce vendredi (15 décembre), remettant en question le soutien de l’Union au pays en guerre. Cette décision intervient après que les dirigeants européens ont accepté d’ouvrir les négociations d’adhésion avec Kiev.

Budapest seule contre tous ?

Les ambassadeurs de l’UE devraient se réunir ce jeudi (18 janvier) pour tenter une nouvelle fois de trouver un accord qui serait acceptable pour toutes les parties.

Budapest a indiqué ouverte à faire des compromis, conformément à une proposition préparée par des diplomates de l’UE et rapportée par Euractiv la semaine dernière, et pourrait donner son feu vert à l’aide si on lui donnait la possibilité de mettre son veto chaque année à de nouveaux versements.

Les responsables européens affirment que s’ils ne parviennent pas à convaincre la Hongrie de prendre une décision unanime, les 26 autres États membres seraient prêts à envisager de verser les fonds directement, en dehors du budget de l’Union.

Une telle mesure nécessiterait toutefois plus de temps et de travail technique.

La majorité des États membres préfèrerait une solution à 27, ont déclaré plusieurs diplomates de l’UE à Euractiv en début de semaine, certains ajoutant qu’au mieux, il pourrait y avoir un consensus pour le compromis proposé avec une révision à mi-parcours et une « pause d’urgence ».

« Mais nous ne leur donnerons pas un droit de veto potentiel chaque année […] Nous ne voyons plus [la Hongrie] comme un partenaire et nous sommes prêts à montrer les répercussions d’un tel comportement », a déclaré un diplomate.

Toutefois, si M. Orbán a fait cavalier seul en décembre, la question à présent est de savoir s’il sera encore seul en février.

Le Premier ministre slovaque Robert Fico a en effet pris la défense de M. Orbán mardi (16 janvier), critiquant Bruxelles pour avoir tenté de « punir » la Hongrie en raison de sa position sur les fonds destinés à l’Ukraine.

« Tant que je serai à la tête du gouvernement slovaque, je n’accepterai jamais qu’un pays soit puni pour s’être battu pour sa souveraineté. Je ne serai jamais d’accord avec une telle attaque contre la Hongrie », a déclaré M. Fico aux côtés de M. Orbán après des entretiens bilatéraux à Budapest, selon les médias hongrois.

« Si nous ne nous opposons pas à cette politique qui veut que quiconque a une opinion différente et ne respecte pas une même opinion soit exclue de la bonne société, alors que Dieu sauve l’Union européenne », a déclaré M. Fico.

M. Orbán a répété mardi que « si nous voulons aider l’Ukraine, ce qui est nécessaire, nous devons le faire d’une manière qui ne porte pas atteinte au budget de l’UE », ajoutant que si l’UE n’acceptait pas sa proposition, il « serait contraint de mettre un terme à ce processus ».

Robert Fico critique la Commission pour avoir averti qu'elle pouvait geler les fonds destinés à la Slovaquie

Le Premier ministre slovaque Robert Fico a réagi aux remarques du commissaire européen à la Justice Didier Reynders, qui a informé la Slovaquie des conséquences potentielles du démantèlement du bureau du procureur spécial (SPO) chargé d’enquêter sur les crimes les plus graves et les affaires de corruption.

Le gel des fonds

Le mois dernier, la Commission européenne a été critiquée pour avoir débloqué 10 milliards d’euros de fonds européens gelés pour la Hongrie, dans l’espoir de convaincre M. Orbán de coopérer avant le sommet de décembre, axé sur l’Ukraine.

Les législateurs européens présents à Strasbourg ont exhorté Mme von der Leyen à ne pas céder au « chantage » de M. Orbán, après avoir également menacé cette semaine d’intenter une action en justice contre la Commission au sujet du déblocage des fonds.

Mme von der Leyen a défendu la décision de débloquer les 10 milliards d’euros, affirmant que Budapest avait adopté une nouvelle loi sur la réforme judiciaire, une mesure requise par Bruxelles afin d’obtenir les fonds.

« Environ 20 milliards d’euros restent gelés. Ils sont suspendus pour des raisons qui concernent notamment les droits LGTBIQ, la liberté académique et le droit à l’asile », a précisé Mme von der Leyen aux législateurs de l’UE.

Elle a ajouté que les fonds retenus par Bruxelles « resteront bloqués jusqu’à ce que la Hongrie remplisse toutes les conditions nécessaires », avant de quitter Strasbourg peu après le début du débat en séance plénière.

Le Parlement européen accuse la Commission d’avoir cédé au « chantage » de la Hongrie

La plupart des groupes politiques du Parlement européen sont favorables à une enquête sur la décision de la Commission européenne de débloquer les fonds de l’UE pour la Hongrie, suivie d’une action en justice devant la CJUE et éventuellement d’un vote sur une motion de censure.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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