Accusations de meurtre : Ioulia Timochenko clame son innocence

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L'ancienne première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko, incarcérée pour une peine de sept ans de prison pour abus de pouvoir, a nié être impliquée dans le meurtre d'un député qui remonte à près de 16 ans.

Dans un communiqué publié hier (9 avril), Mme Timochenko a déclaré que ces accusations étaient absurdes et certainement politiquement motivées.

L'incarcération en octobre dernier de Mme Timochenko, la principale opposante du président, Viktor Ianoukovitch, a dégradé les relations qu'entretient l'Ukraine avec l'UE et les Etats-Unis qui affirment que cette affaire témoigne d'une justice sélective (voir « Contexte »).

Malgré la pression de l'Occident pour sa libération, les procureurs ukrainiens l'ont en outre accusée de fraude fiscale et affirment aujourd'hui enquêter sur son éventuelle implication dans le meurtre commandité de Yevhen Chtcherban en 1996, l'un des crimes les plus sensationnels de l'Ukraine post-soviétique.

M. Chtcherban, un puissant homme d'affaire et politique, a succombé à plusieurs coups de feu à la sortie d'un avion dans la ville de Donetsk à l'est du pays. Ses meurtriers, déguisés en mécaniciens de l'aéroport, ont également tué sa femme et plusieurs personnes présentes sur les lieux.

Son assassinat a fait suite à plusieurs autres meurtres à Donetsk, y compris lors d’une explosion dans un stade de football qui avait entraîné la mort du propriétaire du Shakhtar Donetsk club et mené à une redéfinition des alliances politiques et économiques dans cette région qui produit de l'acier et du charbon.

Mme Timochenko et M. Ianoukovitch occupaient des postes clés dans cette région rongée par les intrigues politiques où des fortunes étaient bâties ou perdues par le biais d'accords opaques allant de la vente d'actifs publics au racket des petits commerçants, en passant par l'extorsion et le vol.

Mme Timochenko dirigeait l'entreprise gazière Unified Energy System, un fournisseur majeur de carburant en Ukraine, tandis que M. Ianoukovitch occupait le poste de gouverneur de Donetsk, entretenant des liens étroits avec d'autres dirigeants régionaux.

« Il est absurde de penser que je pourrais être impliquée dans l'affaire Chtcherban », a déclaré Mme Timochenko dans un communiqué publié par son parti, Batkivshchyna. « Je suis sûre que la population se rend compte de la faiblesse du dossier, qu'elle voit qui en tire parti et à quel point c'est absurde. »

Les procureurs généraux affirment avoir des preuves que Mme Timochenko serait impliquée dans cette affaire, tout comme Pavlo Lazarenko qui était premier ministre à l'époque et est aujourd'hui emprisonné aux Etats-Unis pour fraude et blanchiment d'argent.

M. Lazarenko a nié toute implication dans ce meurtre et qualifié ces accusations de mensonges cyniques. « Je n'ai rien à voir avec ce crime », a-t-il déclaré dans un communiqué publié par son avocat, cité par l'agence Interfax.

Le fils de M. Chtcherban, Ruslan Chtcherban, qui avait 19 ans à l'époque et avait survécu à l'assaut en se cachant sous une voiture, a affirmé à la presse la semaine dernière qu'il avait la preuve de l'implication de Mme Timochenko.

Les services pénitentiaires ukrainiens ont déclaré la semaine dernière avoir transféré Vadim Bolotskikh, l'homme politique influent condamné à la réclusion à perpétuité pour le meurtre de M. Chtcherban, dans un centre de détention de Kiev, ce qui implique qu'il pourrait être interrogé par les procureurs ou témoigner au tribunal.

Problèmes de santé

Les procureurs généraux ont annoncé le 28 mars que Mme Timochenko serait bientôt poursuivie au tribunal pour fraude fiscale. Ils n'ont toutefois pas précisé de date.

Mme Timochenko a été condamnée en octobre dernier pour avoir abusé de ses pouvoirs en tant que première ministre lors de la conclusion d'un accord gazier avec la Russie en 2009. Selon le gouvernement de M. Ianoukovitch, cet accord allait à l'encontre des intérêts nationaux et a rendu les importations vitales de gaz inabordables.

Mme Timochenko, qui nie avoir commis une erreur, est en prison depuis août dernier et ses avocats ainsi que sa famille affirment qu'elle souffre de problèmes de dos.

Les services pénitentiaires ont proposé de la transférer dans une clinique du centre de Kharkiv où se trouve la prison pour qu'elle puisse y être traitée. Mme Timochenko a cependant refusé, affirmant qu'elle ne suivrait que les recommandations de médecins étrangers de confiance.

Dans le même temps, des fonctionnaires des gouvernements ukrainien et allemand ont annoncé être en pourparlers s'agissant de son éventuel transfert en Allemagne pour qu'elle puisse y suivre un traitement. Personne ne sait toutefois si elle accepterait cette offre.

Le ministère ukrainien des affaires étrangères a affirmé que des médecins allemands lui rendraient visite pour la conseiller sur son traitement.

Mme Timochenko est l'un des dirigeants de la révolution orange de 2004 qui avait fait échouer la première candidature de M. Ianoukovitch à la présidence. Elle a ensuite rempli deux mandats au poste de premier ministre.

Elle a toutefois perdu les élections présidentielles de 2010 contre M. Ianoukovitch. Suite à ce scrutin, Mme Timochenko ainsi que d'autres de ses alliés dans l'opposition ont dû faire face à des poursuites pour corruption, ce qu'elle a d'ailleurs qualifié de campagne de répression.

Mme Timochenko conteste actuellement sa condamnation auprès de la Cour européenne des droits de l'Homme. L'Union européenne a prévenu Kiev que ses membres ne ratifieraient pas l'accord d'association Ukraine-UE tant qu'elle serait en prison.

 

L'Union européenne s'est dite « déçue » de la condamnation à sept ans de prison de l'ancienne première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko suite à des accusations d'abus de pouvoir liées à des accords gaziers signés avec la Russie en 2009.

 

Ce procès était « politiquement motivé » et n'a pas respecté les normes internationales, a affirmé l'UE, ajoutant que cela se reflèterait dans la politique de l'Union envers l'Ukraine.

 

Le sommet UE-Ukraine de décembre 2011 n'a pas abouti à la signature d'un accord d'association, notamment en raison de l'emprisonnement de l'ancienne première ministre.

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