L’Afrique et l’Europe face au défi de l’émancipation des femmes

Africaweek [Georgi Gotev]

L’émancipation politique des femmes est un problème qui touche l’ensemble des pays du monde, ont expliqué les intervenants de la conférence « émancipation politique des femmes en Afrique et en Europe ».

C’est la deuxième année que le groupe des socialistes et démocrates du Parlement européen organise une conférence d’une semaine sur les relations UE-Afrique. Cette année, l’initiative est dédiée à « la jeunesse et l’avenir de l’Afrique ».

A l’occasion de la conférence sur l’« émancipation politique des femmes en Afrique et en Europe », le commissaire européen au développement, Neven Mimica, a rappelé que l’émancipation des femmes était une lutte universelle. Aucune région ou pays dans le monde n’a réellement triomphé en essayant de résoudre le problème.

« Quand des femmes sont élues à des postes politiques, les politiques sont plus variées et sensibles à la dimension du genre. La santé, l’éducation et le bien-être social s’améliorent, des progrès sont visibles en termes de gouvernance et de lutte contre la corruption », a déclaré le commissaire.

Lors des dernières élections au Kenya, des candidates ont été victimes de discours haineux. Une situation qui n’est pas du tout un cas isolé, comme l’ont prouvé les récentes élections des deux côtés de l’Atlantique, a-t-il affirmé.

Les élections générales du Kenya ont eu lieu le 8 août dernier. Les résultats ont été annulés et de nouvelles élections ont été organisées pour le 17 octobre.

L’UE va surveiller de près les élections au Kenya

L’UE envoie une de ses plus grandes missions au Kenya, afin de surveiller les élections. En 2007, le scrutin avait mené à la mort de 1 500 personnes et au déplacement de 600 000 autres.

« L’environnement politique reste un champ de bataille hostile pour de nombreuses femmes aujourd’hui, dans toutes nos sociétés. Aucune femme politique, activiste politique ou maire ne devrait courir le risque de violences ou de discrimination à cause de leur position ou participation politique », a ajouté Neven Mimica.

« Aucune femme ou jeune fille ne devrait subir la menace de la violence simplement à cause de leur sexe. Les violences sexuelles et basées sur le genre entachent toutes nos sociétés et sont l’un des plus grands obstacles à la pleine réalisation des droits des femmes et des jeunes filles », a-t-il insisté.

Le commissaire est particulièrement fier d’avoir lancé une initiative de 500 millions d’euros (appelée Spotlight Initiative), aux côtés des Nations unies pour lutter contre toute forme de violence contre les femmes et les jeunes filles. Neven Mimica espère que cela deviendra un véritable mouvement mondial qui atteindra chaque recoin de chaque communauté.

L’inégalité des genres n’est pas un problème de femmes, c’est l’un des exemples les plus frappants d’auto-préjudice collectif, soutient-il.

Letty Chivara, représentante de l’ONU pour les femmes auprès de l’Éthiopie, de l’Union africaine et de la commission économique de l’ONU pour l’Afrique affirme qu’il est impossible de délier le problème de la participation des femmes en politique et les violences contre les femmes et les jeunes filles.

« La violence faite aux femmes et aux jeunes filles est à l’origine de la discrimination et de la désautonomisation », a-t-elle déclaré, saluant le rôle de l’UE dans l’initiative Spotlight.

Grace Maria Theresa Maipambe Malila, maire de Chilanga, Zambie, a partagé son expérience personnelle en politique zambienne lors d’un discours à plusieurs reprises interrompu par des applaudissements. La Zambie comporte 109 districts gérés par 109 maires, dont seuls neuf sont des femmes.

Elle s’est présentée comme « une femme de 44 ans avec une famille et des enfants », qu’elle ne veut pas voir grandir dans un pays où les choses sont cassées et ont besoin d’être réparées. «  Je me dis plutôt : si je ne m’en occupe pas, qui le fera ? »

Enjamber la barrière

Grace Maria Theresa Maipambe Malila a expliqué qu’avant d’entrer en politique, elle travaillait pour l’ONU et voyait déjà les limites qui s’imposaient à elle. « Je voyais bien jusqu’où je pouvais aller. Je ne pouvais mettre [des projets] en œuvre. Cela a été un élément déclencheur. Je pouvais concevoir des politiques pour les femmes, pour les enfants, mais je ne pouvais pas les appliquer. Alors je me suis dit : OK, il est temps de se retrousser les manches et de se battre. Je dois enjamber la barrière. »

Cette Zambienne n’est pas entrée dans le monde de la politique par la voie la plus facile. Elle est devenue membre du Parti uni pour le développement national (UNPD), la plus grande force d’opposition du pays.

Elle a souvent été victime de discours de haine de la part des hommes, qui la traitaient comme « un objet sexuel ». Cela ne doit pas être ignoré, insiste-t-elle, et les femmes devraient répliquer.

« Il faut leur dire exactement ce que vous pensez de ça, et qu’en faisant cela, il n’humilie pas seulement vous, mais aussi leur propre fille, leur propre femme, et leur propre mère », soutient Grace Maria Theresa Maipambe Malila.

Plusieurs fois en tant que maire, des gens entraient dans son bureau et ne disaient rien « en attendant que le maire arrive ». Elle leur disait qu’ils étaient déjà avec le maire, et alors ils commençaient à écouter lorsqu’elle disait qu’elle pourrait résoudre leurs problèmes. « Le tout est de dire, oui, j’en suis capable. »

Les femmes zambiennes, explique-t-elle, ont très peu d’estime d’elle-même et c’est pour cela qu’elle essaye de les aider à améliorer leurs compétences à l’oral. « Ripostez quand les hommes le méritent. Pas physiquement, avec votre parole. »