À la veille du sommet de l’OTAN, les alliés restent divisés sur le financement commun

Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, donne une conférence de presse au siège de l'Alliance, à Bruxelles (Belgique), le 1er juin 2021. [EPA-EFE/JOHANNA GERON]

Peu avant un sommet crucial le 14 juin à Bruxelles, les membres de l’OTAN restent divisés sur une proposition d’augmentation des dépenses communautaires.

Lors de ce sommet, présenté comme une occasion de relancer l’alliance et une remise à zéro lors de la visite du président américain Joe Biden à Bruxelles en juin, les dirigeants de l’OTAN devraient lancer une mise à jour du concept stratégique de l’alliance, vieux de dix ans, décrivant les objectifs et les principales tâches de sécurité de l’OTAN à l’horizon 2030.

Selon les diplomates de l’OTAN, le contenu du rapport de réforme est une « riposte » aux allégations de M. Macron de « décérébration » et une réponse aux « critiques légitimes » sur la lenteur de l’adaptation de l’alliance à l’avenir.

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a proposé en février que les alliés versent plus d’argent directement dans les petits budgets communs existants pour financer collectivement une plus grande partie de leurs opérations de dissuasion sur le territoire allié, plutôt que le système actuel dans lequel un membre supporte tous les coûts d’un seul déploiement.

Cela s’appliquerait, par exemple, lorsque les membres participent au stationnement de troupes dans les États baltes ou à des missions de surveillance aérienne.

Autre idée : les alliés pourraient investir dans la modernisation des bases alliées pour s’adapter au changement climatique, dans la protection des télécommunications et des réseaux informatiques contre les cyberattaquants et dans l’espace.

« Dépenser ensemble est un multiplicateur de force, c’est une façon efficace de dépenser, et cela envoie également un message très clair à nos propres populations, ainsi qu’à tout adversaire potentiel — et puis, bien sûr, dépenser ensemble est une façon d’investir dans le lien entre l’Europe et l’Amérique du Nord », a déclaré M. Stoltenberg aux journalistes mardi (1er juin) après une réunion des ministres des Affaires étrangères et de la défense de l’OTAN à Bruxelles.

Selon lui, avec plus d’argent dans le budget commun de l’alliance, la défense antimissile et aérienne de l’OTAN pourrait être améliorée.

Dans leur état actuel, les budgets communs de l’OTAN représentent 0,3 % du total des dépenses de défense des alliés, soit environ 2,6 milliards d’euros par an, et servent à financer le personnel civil et militaire du siège de l’alliance, la structure de commandement et les infrastructures militaires communes telles que l’avion de reconnaissance AWACS.

Selon la clé de répartition actuelle, l’Allemagne et les États-Unis supportent la plus grande part des coûts communautaires de l’OTAN, les deux pays contribuant chacun pour environ 16,4 %. La clé a récemment été révisée pour tenir compte de l’ancien président américain Donald Trump, ce qui a augmenté la part du budget communautaire de l’Allemagne.

« La grande majorité des dépenses de défense proviendront toujours des budgets de défense nationaux », a déclaré M. Stoltenberg, faisant référence à l’objectif de dépenses de 2 % du PIB de chaque membre de l’alliance pour sa propre défense.

Bien que la pandémie COVID-19 ait massivement réduit les revenus des gouvernements nationaux en 2020, les alliés de l’OTAN ont considérablement augmenté leurs dépenses militaires et onze des 30 membres de l’alliance ont atteint l’objectif de consacrer au moins 2 % de leur PIB à la défense, selon le récent rapport annuel de l’OTAN.

Ces chiffres sont particulièrement pertinents pour l’OTAN, car Washington appelle depuis des années à une répartition plus équilibrée des charges au sein de l’alliance.

Des sources de l’OTAN ont déclaré à EURACTIV qu’il sera crucial de voir comment les dépenses de défense évolueront cette année, car les plans budgétaires pour 2020 avaient été élaborés avant que la pandémie COVID-19 ne frappe.

Cependant, il est désormais très probable que les membres se déclarent en principe prêts lors du sommet à l’égard de la proposition de financer les mesures de dissuasion et de défense au moins partiellement à partir d’un budget communautaire. Le montant de ce financement restera probablement ouvert pour l’instant.

Des diplomates de l’OTAN ont déclaré que d’autres membres n’étaient pas encore convaincus de ce projet et que le sommet avec M. Biden pourrait se contenter d’accepter de procéder à une analyse du financement commun.

La France, qui plaide depuis longtemps en faveur d’un renforcement de la défense de l’UE plutôt que de l’OTAN elle-même, est sceptique à l’égard de ce projet, car il est peu probable qu’il profite aux priorités militaires françaises. La France, seule puissance nucléaire de l’UE, atteint déjà l’objectif de 2 % de l’OTAN en matière de défense.

« Tout cet argent est de l’argent qui ne sera pas consacré à l’augmentation des budgets nationaux et à un effort de défense européen qui profite à l’OTAN », a récemment déclaré la ministre française de la défense, Florence Parly, à Politico, critiquant le fait que l’on ne sache pas encore clairement à quoi cet argent est destiné et s’il doit être dépensé.

De son côté, la ministre allemande de la défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, a déclaré qu’elle soutenait ces plans.

« Pour nous, il est très important de renforcer notre capacité à agir ensemble, par exemple avec davantage de ressources communes », a-t-elle déclaré mardi en marge des discussions sur le prochain sommet de l’OTAN, tandis que le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a souligné que les propositions en faveur d’un financement commun plus important étaient un « pas dans la bonne direction ».

L'OTAN serait mal préparée en cas de guerre de grande ampleur

Selon le rapport, la Russie envahirait les pays baltes en quelques jours car l’OTAN serait trop lente dans ses représailles. La Russie aurait un avantage car les forces de l’OTAN sont trop dispersées, leurs capacités militaires sont trop variées et leur entraînement commun est insuffisant.

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