Aide à l’Ukraine : la Hongrie sous pression pour lever son veto

La pression provient aussi d'outre-Atlantique, Washington pressant Budapest pour qu'il approuve le financement pour l’Ukraine et ayant déclaré avoir été « déçu » par la politique ukrainienne de Viktor Orbán. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Alors que Bruxelles s’efforce de lever le blocage hongrois concernant l’aide à l’Ukraine depuis que le Premier ministre Viktor Orbán a opposé son veto au programme de l’UE en décembre, les diplomates européens ont élaboré un compromis qui pourrait permettre d’aller de l’avant.

Les responsables de l’UE ont indiqué qu’ils pourraient être ouverts à l’idée d’inclure une révision à mi-parcours du programme d’aide sur quatre ans. Cette révision aurait donc lieu l’année prochaine, en 2025, ce qui donnerait à M. Orbán la possibilité de s’opposer au programme de financement à ce moment-là, selon des personnes au fait des discussions.

Selon eux, un mécanisme de « frein d’urgence », que tout État membre pourrait activer en cas d’inquiétude et qui permettrait de demander un débat sur la question, serait également intégré.

« Nous avons un dialogue [avec la Hongrie] et c’est un point positif », a indiqué jeudi un responsable de l’UE impliqué dans les pourparlers.

Les États membres de l’UE se sont mis d’accord mercredi (10 janvier) sur un mandat de négociation partiel pour entamer des discussions avec le Parlement européen sur un paquet d’aide de 50 milliards d’euros pour l’Ukraine, bien que Budapest ait menacé d’opposer son veto lors du sommet des dirigeants qui se tiendra le mois prochain.

La proposition initiale de la Commission européenne pour le paquet d’aide financière de l’UE visait à donner à l’Ukraine un flux de trésorerie prévisible sur quatre ans, comprenant 17 milliards d’euros de subventions et 33 milliards d’euros de prêts.

La Hongrie a indiqué qu’elle pourrait approuver le financement à condition que le paquet de 50 milliards d’euros soit divisé en quatre paquets annuels d’une valeur de 12,5 milliards d’euros chacun, selon plusieurs diplomates de l’UE.

Plusieurs États membres s’opposent à ce que la décision soit prise d’une année à l’autre, car ils estiment que cela priverait l’Ukraine d’une capacité de planification à long terme et donnerait effectivement la possibilité d’un « veto annuel » à Budapest.

Les diplomates européens ont déclaré que la Hongrie avait également fait une demande supplémentaire concernant les fonds de relance Covid de l’Union européenne, auxquels les Hongrois n’ont pas accès en raison de manquements concernant l’État de droit dans le pays.

Déblocage attendu de fonds européens pour la Hongrie à la veille d'un sommet

La Commission européenne devrait décider mercredi (13 décembre) de débloquer quelque 10 milliards d’euros de fonds européens pour la Hongrie, à la veille d’un sommet de l’UE que le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a menacé de faire dérailler.

Alors que l’UE va continuer d’essayer de convaincre Budapest de lever son veto au financement de l’Ukraine, les dirigeants envisagent également d’autres solutions, y compris un accord à 26, sans la Hongrie.

« Notre objectif est toujours de conclure un accord à 27 », a déclaré le responsable de l’UE.

Selon plusieurs responsables et diplomates de l’UE au fait des discussions, il serait préférable d’éviter de tenter de contourner la Hongrie. Parmi les options qui pourraient permettre de contourner Budapest, on retrouve notamment la prolongation du régime de prêt existant de 2023 jusqu’à un an, l’augmentation de la dette commune soutenue par des garanties nationales, ou la création d’un instrument financier spécial pour assurer les subventions.

La Hongrie pourrait lever sous conditions son veto au soutien financier de l’Ukraine

Les États membres de l’UE se sont mis d’accord mercredi (10 janvier) sur un mandat de négociation partiel pour commencer les discussions avec le Parlement européen sur un paquet d’aide de 50 milliards d’euros pour l’Ukraine, mais le risque que la Hongrie dresse des obstacles en cours de route demeure.

Les dirigeants augmentent la pression

À moins de trois semaines du sommet extraordinaire de l’UE, les dirigeants européens et hongrois cherchent à « voir ce qui pourrait faire l’objet d’un accord », selon des personnes au fait des discussions.

« Les demandes de la Hongrie nous ont été présentées, mais au moins nous avons un engagement […] bien sûr, ce qui est demandé pourrait être très difficile et inacceptable pour d’autres », a déclaré un responsable de l’UE.

Certains États membres, dont l’Italie, ont également mis en doute l’idée de séparer le financement additionnel de l’UE pour l’Ukraine de la révision du budget de l’Union, qui est censée compléter le financement dans d’autres domaines, tels que la gestion de la migration et les investissements dans la défense.

La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a cherché à convaincre Viktor Orbán de lever son opposition au soutien de l’UE à l’Ukraine et d’améliorer ses relations avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, selon des sources proches du dossier.

Cette démarche met en exergue les ambitions de Mme Meloni en matière de politique étrangère et s’inscrit dans la perspective des élections européennes de juin.

En effet, le groupe auquel appartient son parti, Frères d’Italie, au sein du Parlement européen, le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), pourrait, selon les observateurs, ouvrir la voie à l’adhésion du Fidesz de M. Orbán, qui n’est actuellement affilié à aucun groupe politique au niveau européen. Si le parti hongrois venait à rejoindre les Conservateurs et Réformistes au Parlement, cela pourrait se traduire par un gain électoral pour le groupe parlementaire européen de Mme Meloni.

Après une concession sur les négociations d’adhésion, Viktor Orbán bloque l’aide à l’Ukraine

Le Premier ministre hongrois a bloqué l’aide financière de 50 milliards d’euros de l’UE pour l’Ukraine ce vendredi (15 décembre), remettant en question le soutien de l’Union au pays en guerre. Cette décision intervient après que les dirigeants européens ont accepté d’ouvrir les négociations d’adhésion avec Kiev.

Les États-Unis déçus par la Hongrie

La pression provient aussi d’outre-Atlantique, Washington pressant Budapest pour qu’il approuve le financement pour l’Ukraine et ayant déclaré avoir été « déçu » par la politique ukrainienne de M. Orbán.

« Je pense que nous sommes déçus que […] le Premier ministre M. Orbán ait choisi de faire cavalier seul au sein de l’Union européenne en remettant en question la lutte pour soutenir les Ukrainiens », a déclaré Jim O’Brien, secrétaire adjoint du département d’État pour les affaires européennes et eurasiennes, lors d’une conférence de presse jeudi.

Les relations entre la Hongrie et les États-Unis se sont également dégradées au cours de l’année écoulée en raison de la lenteur de la Hongrie à ratifier l’adhésion de la Suède à l’OTAN, mais aussi à cause des liens étroits qu’entretient son dirigeant, Viktor Orbán, avec Moscou malgré la guerre en Ukraine.

M. O’Brien a également déclaré qu’il attendait avec impatience que Budapest tienne sa promesse de ne pas être le dernier à ratifier l’adhésion de la Suède à l’OTAN.

Viktor Orbán est un « cheval de Troie » de la Russie, selon un ministre tchèque

Viktor Orbán est un « cheval de Troie » qui brise l’unité européenne et protège les intérêts russes, a déclaré le ministre tchèque des Affaires européennes Martin Dvořák après que le Premier ministre hongrois a bloqué l’aide financière à l’Ukraine lors du dernier sommet européen.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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