Alors que la Catalogne s’embrase, Pedro Sanchez assure que Madrid ne surréagira pas

Pedro Sánchez [PSOE]

Face aux violences qui agitent la Catalogne depuis la condamnation des leaders indépendantistes, le Premier ministre espagnol promet une réponse « modérée et ferme », le président catalan réprouve les actes de vandalisme et le front indépendantiste se fissure. Un article d’Euroefe.

Après une réunion des chefs du Partido popular (conservateur), Unidas Podemos (gauche) et Ciudadanos (centre) le 16 octobre, Pedro Sanchez, le Premier ministre espagnol par intérim, a averti Quim Torra, le président de la Généralité de Catalogne, qu’il avait le devoir « moral et politique » de condamner les actes violents qui se déroulent en Calalogne « sans excuses, ni palliatifs ».

Pedro Sanchez, qui s’est exprimé lors d’une conférence de presse, s’est dit convaincu que les épisodes de violence qui agitent la Catalogne prendraient fin rapidement et a assuré qu’« une réponse modérée constitue une forme alternative de puissance ».

Le Premier ministre par intérim a souligné que des instruments tels que la loi sur la sécurité nationale pourraient être employés, car il existe une doctrine constitutionnelle à cet égard, mais il a assuré que le gouvernement « serait modéré, ne surréagirait pas et serait ferme dans sa réponse ».

« La société catalane n’aura bientôt plus le moindre doute sur le fait que, très vite, l’unité sera rétablie en Catalogne », a-t-il ajouté.

Pedro Sanchez a lancé un appel à la « sérénité et à la tempérance » et a affirmé que le gouvernement garantirait les droits et les libertés de tous. « Il le fera avec force, unité et proportionnalité dans la réponse à la violence ».

Pedro Sánchez mise sur l’ouverture d’une « nouvelle étape » instaurant un mécanisme de dialogue dans le cadre constitutionnel.

Il a également annoncé que le gouvernement avait mis sur pied, pour la première fois, un comité incluant différents ministères, afin que la coordination sur la question catalane « soit impeccable » et l’évaluation de la situation « la plus rigoureuse possible ».

Ce comité, composé des ministères de l’Intérieur, des Affaires étrangères, de la Défense, de la Justice, de l’Économie, des Finances et du Développement, du Centre national de renseignement et du secrétariat d’État à la communication, est « en état d’alerte permanent » depuis le week-end dernier, a-t-il précisé.

Il a également expliqué que le travail du comité offrait une vision d’ensemble et de fournissait des informations transversales permettant une meilleure prise de décision. « Nous faisons de la planification, mais nous agissons aussi », a-t-il assuré.

Pas d’objection à propos des manifestations pacifiques

Devant la presse, Pedro Sanchez a certifié que le gouvernement n’avait aucune objection concernant l’organisation de manifestations pacifiques, mais qu’il « n’accepterait » en aucune manière que la violence perturbe le vivre-ensemble.

Il a souligné que le gouvernement aurait recours « à tous les mécanismes à disposition de l’État » pour maintenir l’ordre en Catalogne et a répété qu’il réagirait en suivant trois règles : « La fermeté démocratique, l’unité des partis et la proportionnalité de la réponse afin de ne pas céder à la provocation ».

Pedro Sanchez a ajouté qu’il avait répété aux leaders du PP, d’Unidas Podemos et de Ciudadanos, que l’État espagnol était fort et protégé par la loi, et que le seul espoir des indépendantistes était que le pays soit « divisé et affaibli ».

Il a donc demandé de faire preuve « de fermeté, de sérénité et d’unité ».

Les élections en Espagne n'augurent pas la fin de l’instabilité politique

L’Espagne se prépare à ses troisièmes élections générales en seulement trois ans dans un climat politique d’instabilité et d’incertitude jamais vu depuis 40 ans. Un article d’Efe-Epa.

Le chef du gouvernement chargé des affaires courantes a dédié ses premières paroles aux forces de sécurité : la police, la Guardia civil et les Mossos – la police régionale catalane. Il a salué leur professionnalisme, leur coordination et les a remerciés pour leur travail et leur « retenue » face aux provocations des extrémistes.

Quim Torra lance un appel pour que cessent les actes de vandalisme

Le président de la Généralité de Catalogne, Quim Torra, a lancé un appel pour qu’« il soit immédiatement mis un terme» aux actes de vandalisme qui ont eu lieu à Barcelone, afin d’éviter que ces incidents ne nuisent à la cause indépendantiste. Il a également souligné l’implication de « groupes infiltrés » dans l’émergence de ces troubles.

Après une deuxième nuit agitée à Barcelone, le président catalan a lancé un appel à la sérénité le 16 octobre : « Cela doit cesser immédiatement. Il n’y a aucune raison ni aucune justification pour les actes de vandalisme », a-t-il déclaré dans un bref message diffusé sur TV3.

Quim Torra a martelé que le mouvement indépendantiste « n’était pas et n’avait jamais été violent », qu’il avait « toujours » condamné la violence et appelé à mettre fin aux comportements violents.

Il a ensuite appelé à faire en sorte que les actes provoqués, selon lui, par des « groupes d’individus infiltrés et de provocateurs » ne portent pas atteinte à l’image de la cause indépendantiste. « Nous ne devons pas tomber dans le piège qu’ils nous ont tendu […]. Nous ne tolérerons pas les provocations » a-t-il ajouté.

Le président catalan a qualifié de « normales et saines » les manifestations contre une sentence « aberrante », en référence à la décision de la Cour suprême espagnole, qui a condamné le 14 octobre les dirigeants indépendantistes catalans à des peines allant de 9 à 13 ans de prison.

La Cour suprême espagnole emprisonne les dirigeants catalans

La Cour suprême espagnole a condamné neuf politiciens et militants catalans à des peines allant jusqu’à 13 ans de prison pour leur participation à un référendum interdit en 2017, attisant la colère des séparatistes.

« Le 1er octobre [2017], nous avons vaincu l’État sans rien détruire. L’indépendance construit, elle ne détruit pas, elle ne se dresse contre personne », a ajouté Quim Torra, qui a appelé à la « sérénité, à la détermination, à la civilité et à la non-violence » après le verdict.

Quim Torra s’est ainsi associé aux appels similaires lancés quelques heures plus tôt par le président du parlement de Catalogne, Roger Torrent, le leader du parti indépendantiste ERC, Oriol Junqueras, qui est en prison, et l’ancien président catalan Carles Puigdemont. Tous trois ont publié sur Twitter des messages contre la violence et en faveur d’une mobilisation pacifique.

Divergences au sein du camp indépendantiste

Les affrontements de ces derniers jours entre les agents des Mossos d’Esquadra, la police régionale catalane, et des manifestants lors des mobilisations lancées par le Comité de défense de la République (CDR, favorable à l’indépendance), ont exacerbé les divergences entre les partis indépendantistes JxCat et ERC. Ils ont également mis en évidence les réponses contrastées du président catalan, Quim Torra, et du ministre catalan de l’Intérieur, Miquel Buch.

Les altercations entre les Mossos et les manifestants ont rouvert deux brèches au sein du gouvernement : d’une part, l’action des agents -jugée « disproportionnée » par certains groupes indépendantistes – fait débat. D’autre part, on se querelle sur la différence de ton employée pour condamner les actes de violence dans la rue.

Quim Torra s’est joint à l’une des marches pour l’indépendance qui ont eu lieu le 16 octobre avec le soutien de l’Assemblée nationale catalane et de l’association Òmnium Cultural. Une décision qui, selon diverses sources consultées par Euroefe, a provoqué la perplexité non seulement d’ERC mais aussi de certains représentants du JxCat au sein du gouvernement. Tous ont souligné que le président était absent du « Palau de la Generalitat » pendant plusieurs heures en pleine crise, alors même que Miquel Buch se trouvait dans une situation toujours plus délicate en raison des émeutes.

De Sils (Gérone), Quim Torra a fait quelques déclarations sans évoquer les affrontements, pour dire que son gouvernement était « à côté du peuple », avant de s’adresser à nouveau aux médias quelques minutes plus tard pour faire brièvement référence aux incidents : « La violence ne nous représente pas, et ne représentera jamais le mouvement indépendantiste catalan. »

Le président catalan a ainsi évité de prendre publiquement et explicitement la défense des Mossos, contrairement à Miquel Buch, qui a demandé aux partisans de la cause indépendantiste d’isoler les « groupes minoritaires violents » afin de mettre un terme aux émeutes des dernières nuits et de ne pas mettre en péril les prérogatives catalanes en matière d’action policière.

Le fossé entre l’approche de Quim Torra et celle de Miquel Buch s’est creusé au fil des jours en raison du rôle complexe joué par les Mossos, et a été mis en exergue par leurs réactions contrastées face aux affrontements.

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