Annegret Kramp-Karrenbauer joue son va-tout

Annegret Kramp-Karrenbauer et Ursula von der Leyen

Coup de théâtre en Allemagne : Annegret Kramp-Karrenbauer devient ministre de la Défense, un poste qu’elle avait pourtant refusé jusqu’à présent. Aspire-t-elle toujours à la Chancellerie ?

À l’avenir, l’agenda d’Annegret Kramp-Karrenbauer devrait devenir encore plus chargé. En effet, la présidente de la CDU/CSU est devenue ministre de la Défense du jour au lendemain et occupe désormais l’ancien poste d’Ursula von der Leyen, fraîchement élue à la tête de la Commission européenne.

Ursula von der Leyen élue de justesse présidente de la Commission européenne

Le Parlement européen a confirmé le 16 juillet la nomination d’Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission européenne, lui donnant ainsi les rênes de l’exécutif pour cinq ans.

C’est un tournant politique à 180 degrés, car jusqu’à présent, Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK) clamait qu’elle ne voulait pas devenir ministre au sein du cabinet Merkel. « J’ai délibérément choisi mon parti, car la CDU est surmenée ».

Le mystère est resté entier jusqu’au bout. Qui de Jens Spahn, ministre de la Santé (CDU) et Peter Tauber, secrétaire d’État parlementaire au ministère de la Défense, succédera à Ursula von der Leyen ? Réponse : Annegret Kramp-Karrenbauer. Mercredi 17 juillet, un jour après son élection à la présidence de la Commission, Ursula von der Leyen passait déjà le flambeau du ministère de la Défense à AKK au château Bellevue. Elle prêtera serment dans une semaine.

Lors de la cérémonie de passation, AKK a assuré qu’elle prendrait son rôle à cœur et que ses pensées allaient aux soldats allemands déployés à l’étranger.

Promue ou écartée ?

La présidente de la CDU se réjouit-elle réellement de cette promotion ? Il ne fait aucun doute que ce nouveau poste s’accompagne d’une charge de travail immense. En outre, être à la tête du ministère de la Défense est un véritable baptême du feu : la Bundeswehr (l’armée allemande) souffre de bon nombre de problèmes, malmenée par des années de financements insuffisants. D’après Daniel Goffart, auteur d’une biographie sur Ursula von der Leyen, cette dernière « n’a rien accompli d’extraordinaire » lors de son mandat en tant que ministre de la Défense. Elle s’est, entre autres, empêtrée dans un scandale lié au recrutement de conseillers externes avoisinant les 200 millions d’euros — une affaire qui fait l’objet d’une commission d’enquête parlementaire. Aux yeux de Daniel Goffart, les casseroles d’Ursula von der Leyen sont sans doute une des raisons pour lesquelles Annegret Kramp-Karrenbauer était la candidate favorite d’Angela Merkel pour devenir cheffe de la CDU.

Franziska Brantner, députée des verts, soutient toutefois que ce nouveau poste pourrait être une aubaine et un tremplin pour la carrière politique d’AKK. En effet, la cheffe de la CDU aspire toujours à la chancellerie et en devenant ministre, elle s’assure plus de visibilité et se construit une réputation.

Être à la tête d’un ministère dont le budget est d’un peu moins de 1,4 milliard d’euros pourrait lui assurer une place sous le feu des projecteurs. En outre, ce poste lui offre la possibilité de se présenter sur la scène internationale.

« J’espère qu’AKK ne prend pas ce poste pour simplement donner un boost à sa carrière », a déclaré Franziska Brantner. « Les défis sont immenses et son mandat pourrait être couronné de succès ou finir en eau de boudin ».

La CDU fait-elle de la politique aux dépens de la Bundeswehr ?

Après tout, Annegret Kramp-Karrenbauer n’a aucun lien visible avec l’armée, et comme Ursula von der Leyen à l’époque, elle devient ministre, mais reste inconnue au bataillon. C’est du moins ce que pensent de nombreux opposants politiques : « la Bundeswehr n’est pas un terrain de jeu pour les stratégies de la CDU », se révolte Marie-Agnes Strack-Zimmermann, porte-parole du groupe parlementaire FDP pour la défense. « Accepter le poste, bien qu’elle l’ait clairement rejeté auparavant, nuit à la crédibilité et d’Annegret Kramp-Karrenbauer », a-t-elle ajouté et nombreux sont ceux qui corroborent ses dires.

Le SPD, le partenaire de la coalition établie avec la CDU/CSU, a également exprimé de vives critiques : « AKK ne commence pas son mandat sur de bonnes bases, car elle n’a pas respecté sa promesse », a déploré Johannes Kahrs, porte-parole du SPD. « La Bundeswehr ne mérite pas une telle chose ».

Les positions d’AKK sont toujours inconnues

Plusieurs personnes du ministère se demandent si la nouvelle ministre sera en faveur d’une augmentation des dépenses liées à la défense. L’Allemagne s’est engagée envers l’OTAN à porter ses dépenses militaires à 2 % de son PIB. Ursula von der Leyen, qui a vécu aux États-Unis pendant quatre ans, voulait éviter de brusquer les États-Unis et était favorable à une augmentation du budget de la défense. Reste à voir si Annegret Kramp Karrenbauer lui emboitera le pas.

L’année dernière, elle a ouvert un débat sur la réintroduction du service militaire obligatoire, mais en général, personne ne connait ses positions concernant les grandes questions de politique de défense.

Par le passé, elle s’est prononcée en faveur d’une « armée européenne », à l’instar du président Français, Emmanuel Macron.

Cependant, selon la nouvelle ministre de la Défense, pour ce faire, le Bundestag devra accepter de ne pas avoir le dernier mot sur le déploiement des troupes à l’étranger.

Selon l’AFP, le doute plane sur sa position concernant le déploiement des troupes à l’étranger. Récemment, AKK n’a d’ailleurs pas été en mesure de fournir une réponse lorsqu’on lui a demandé si des troupes terrestres allemandes devaient être envoyées en Syrie, pays ravagé par la guerre.

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