Le commissaire au numérique croit à la cohabitation des robots et de l’emploi

Andrus Ansip ne souhaite pas taxer les entreprises qui remplaçaient les employés par des robots. [Willyam Bradberry/Shutterstock.com]

L’automatisation et la robotisation des ne provoqueront pas un « chômage de masse » en Europe, affirme le  commissaire au numérique, qui s’oppose à la mise en œuvre d’une « taxe robot ».

« Les gens qui risquent de perdre leur emploi à cause de la numérisation ont besoin et mérite notre aide », a déclaré Andrus Ansip lors d’une rencontre avec des dirigeants de l’industrie manufacturière, le 7 mars à Bruxelles.

Le vice-président de la Commission européenne a reconnu que l’emploi dans le secteur subira des transformations à cause des changements technologiques. Les entreprises devront employer des personnes avec des compétences spécialisées pour gérer les robots et les machines automatisées qui remplacent les emplois en usine nécessitant peu de compétences.

Avenir tourné vers les nouvelles technologies

« Dans l’industrie manufacturière, il est vrai que certains emplois disparaissent, mais il est aussi vrai que les compétences dont nous avons besoin pour l’avenir de ce secteur seront plus tournées vers les nouvelles technologies à mesure que l’économie croît », a-t-il assuré.

Seuls 3,6 % de la main-d’œuvre européenne sont des spécialistes des technologies, selon les données publiées par la Commission la semaine dernière. Par ailleurs, seuls 56 % des Européens ont les compétences informatiques les plus basiques.

Les commentaires d’Andrus Ansip surviennent après des mois de promesses des politiques au Royaume-Uni et aux États-Unis pour stimuler les industries manufacturières à la traine grâce à des allègements fiscaux et autres incitatifs pour employer des travailleurs.

Emploi en berne

Les emplois dans le bastion industriel de l’Europe, l’Allemagne, ont diminué de 19 % entre 1996 et 2012. Durant la même période, les emplois dans ce secteur ont chuté de 33 % aux États-Unis.

L’année dernière, le président Donald Trump a fait campagne pour récupérer les emplois manufacturiers perdus. Lors des 16 dernières années, le Royaume-Uni a perdu encore plus d’emplois dans ce secteur que les États-Unis.

« Nous ne devrions pas ignorer les risques sociaux que cela implique », a déclaré Andrus Ansip. Ce dernier a pris le contrôle des politiques technologiques affectant l’industrie au début de l’année, quand Günther Oettinger a été nommé commissaire au budget.

« Bien sûr que certaines personnes perdront leur emploi, certaines industries perdront même des parts de marché, c’est évident », a déclaré Andrus Ansip à Euractiv.

Les eurodéputés pressent Bruxelles de préparer l’arrivée des robots

La destruction probable de milliers d’emplois dans le sillon de la robotique a décuplé les inquiétudes sur la viabilité des système sociaux. En prévention, le Parlement européen appelle à l’instauration d’un revenu universel.

Andrus Ansip a déclaré la semaine dernière qu’il ne voulait pas taxer les entreprises qui remplaçaient les employés par des robots. Le Parlement européen a appelé à une loi paneuropéenne sur les robots lors d’un vote le mois dernier et a rejeté une proposition pour taxer les propriétaires de robots.

Malgré le message sombre sur les pertes d’emplois, Andrus Ansip s’est attaché à convaincre les sceptiques des technologies. Pour montrer que les technologies pouvaient être un souffle d’air frais sur le marché de l’emploi européen, il s’est appuyé sur un chiffre prédisant la création de plus de trois millions d’emplois en Europe d’ici à 2018 grâce aux entreprises d’applications en ligne.

Le commissaire n’a toutefois pas commenté les inquiétudes de ceux qui pensent que ces trois millions d’emplois du numérique seront accompagnés de conditions précaires de travailleurs indépendants.

Les syndicats estiment toutefois que les nouveaux emplois émanant de l’économie des apps ne compenseront pas les emplois supprimés par l’automatisation. Les eurodéputés ont approuvé une résolution en janvier réclamant à des sociétés comme Uber qu’elles octroient aux conducteurs des contrats de travail traditionnels avec de bonnes conditions de travail.

Julian Scola, de la confédération européenne des syndicats, craint que « la Commission ne prenne pas le risque menaçant les emplois, la qualité des emplois et la numérisation assez au sérieux ».

« Il est clair que les postes dans l’économie collaborative et sur les plateformes numériques sont des emplois précaires. Les personnes ont des contrats zéro heure et se disent indépendantes alors qu’elles ne sont pas vraiment indépendantes », a-t-il déclaré.

Marianne Thyssen, commissaire européenne à l’emploi, annoncera des propositions sur des politiques sociales de l’UE au printemps, y compris des changements sur les lois en matière de contrats de travail et d’emplois dans l’économie numérique.

L’industrie craint quant à elle que la Commission n’agisse pas suffisamment pour renforcer les lois sur la sécurité sociale et demande à l’exécutif de réécrire les règles européennes pour que les indépendants travaillant pour l’économie numérique ne se retrouvent pas dans un vide juridique.

« Il y aura différents types de relations employeur-employé. Ce sera clairement un défi pour le système de sécurité sociale et le financement de ce système », a déclaré Uwe Combüchen, directeur de l’association des employeurs de l’industrie manufacturière, la CEEMET.

Uwe Combüchen craint que la révision des règles européennes en matière de travail la semaine prochaine ne corresponde pas aux changements radicaux apportés par l’économie des apps. « Je n’ai pas l’impression que la Commission européenne adopte vraiment une toute nouvelle approche. Elle travaille davantage à cimenter les droits existants », a-t-il expliqué.

 

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