L’Arménie tente un rapprochement stratégique avec l’UE et la Russie

Serge Sargsian [EPP/ Flickr]

Le président arménien, Serge Sargsian, défend la stratégie de son pays d’entretenir des relations étroites tant avec l’UE qu’avec l’Union économique eurasiatique, soutenue par Moscou. Un article de notre partenaire, Euroefe.

À la veille d’une visite d’État en Russie, Serge Sargsian n’a pas souhaité s’exprimer sur les rapports relativement tendus entre la Russie et l’Union européenne. « Je ne compte pas juger les pays occidentaux qui ont une relation difficile avec la Russie », a-t-il déclaré.

Lorsqu’on lui demande si l’Arménie pourrait jouer le rôle de médiateur entre les deux pouvoirs, le président souligne que « nous sommes un petit pays, nous ne voulons pas surestimer notre rôle. Dire que l’Arménie pourrait être un pont entre l’Occident et la Russie est exagéré. »

Par contre, son gouvernement « s’emploie constamment à ne pas causer de problèmes supplémentaires entre la Russie et l’Occident». La stratégie alternative de tenter d’exploiter la faiblesse de leur relation pourrait s’avérer dangereuse voire « fatale » pour un petit pays comme l’Arménie, a-t-il averti. « C’est pourquoi nous préférons que les relations entre la Russie et l’OTAN, et la Russie et l’Occident ne soient pas tendues. Nous considérons qu’il s’agit de la situation la plus souhaitable », a-t-il expliqué.

La Russie est le principal allié politique, économique et militaire de la petite république caucasienne, qui tient ses frontières fermées avec ses puissants voisins, à savoir la Turquie et l’Azerbaïdjan. Ces deux pays sont musulmans, tandis que l’Arménie est majoritairement chrétienne.

L’Arménie est aux prises avec l’Azerbaïdjan, les deux pays se disputant la région du Haut-Karabakh, raison pour laquelle un nouveau combat a éclaté en avril dernier. Depuis lors, un fragile cessez-le-feu a été mis en place.

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« La Russie est notre partenaire stratégique », a déclaré Serge Sargsian, à son poste depuis 2008. « Nous n’avons aucune raison de couper ces liens, nous voulons au contraire les renforcer et les étendre », a-t-il révélé. « Mais nous voulons également approfondir nos relations avec l’UE, c’est d’ailleurs l’une des priorités de notre politique étrangère. »

Serge Sargsian s’est récemment entretenu avec le président du Conseil européen nouvellement réélu, Donald Tusk. Les deux hommes ont annoncé la conclusion fructueuse des négociations bilatérales au sujet d’un accord de coopération étendu entre l’Arménie et l’UE.

« Nous ne voyons aucune contradiction dans notre politique. Au contraire, nous pensons qu’elle est complémentaire », a précisé le président arménien.

L’UE n’est pas la seule à ressentir les effets de la crise des réfugiés, puisque l’Arménie a accueilli 20 000 personnes déplacées à cause de la guerre civile en Syrie, la plupart étant d’origine ethnique arménienne. « Pour nous, ce ne sont pas des réfugiés mais des frères et sœurs », a-t-il affirmé. « Bien sûr, c’est une grande tragédie: ces personnes ont dû abandonner leurs habitations, qu’ils avaient bâties pendant des décennies. »

Refusant de prodiguer des conseils aux gouvernements européens sur la manière d’accueillir au mieux les nouveaux arrivants, le président reste persuadé que les Européens sauront comment différencier les différents « types » de profils arrivant à leurs frontières.

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La carrière de Serge Sargsian auprès de l’État arménien a débuté en 1993, lorsqu’il a accédé au poste de ministre de la Défense pendant la guerre du Haut-Karabagh, et s’achèvera à la fin de son mandat de président, en 2018. Le président affirme pour l’heure ne pas avoir de projets pour la suite. « Honnêtement, je n’ai pas de programme pour la suite », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il serait ravi de voir le parti républicain (affilié au PPE) remporter les élections parlementaires du mois prochain. Les sondages vont plutôt dans ce sens.

Les élections du 2 avril seront les premières à être organisées selon les modalités de la nouvelle constitution, qui fait passer le système politique d’un modèle semi-présidentiel à un modèle parlementaire. Si le Parti républicain remporte suffisamment de votes, « le Premier ministre restera à son poste », a-t-il expliqué.

Serge Sargsian a également souligné les relations « très étroites » que son pays entretient avec les États-Unis, où vit une importante diaspora arménienne. Plus de 7 millions d’Arméniens vivent en dehors de leur terre d’origine. D’après le président, ils ont tous quelque chose en commun : « Ils s’intègrent tous facilement aux sociétés dans lesquelles ils vivent ». « Nos compatriotes qui habitent en Amérique latine jouent un rôle-clé dans le développement de ces pays », s’est-il félicité. « Ce n’est pas une coïncidence si l’Uruguay a été le premier pays à reconnaître le génocide arménien en 1965. »

Si le président a reconnu que les Espagnols ne connaissaient pas très bien la population arménienne, il a admis que « l’Espagne restait l’une des destinations touristiques préférées des Arméniens ».

L’Arménie et l’Espagne entretiennent des relations historiques, « depuis le Moyen-Âge », a-t-il indiqué. Le président a ajouté que « les Espagnols, en tant qu’exportateurs de vin, doivent savoir que, d’après la Bible, les premières vignes ont été plantées en Arménie ».

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