Assassinat de Samuel Paty. Ce que l’on sait des sept suspects mis en examen

Le président français Emmanuel Macron s'en va après avoir rendu hommage au cercueil du professeur Samuel Paty, dans la cour de l'université de la Sorbonne lors da la cérémonie commémorative nationale, à Paris, France, le 21 octobre 2020. [EPA-EFE/Francois Mori / POOL MAXPPP OUT]

Le parquet antiterroriste a fait savoir dans la soirée de mercredi (21 octobre) que les sept personnes déférées le même jour ont été mises en examen pour « complicité d’assassinat terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste » dans l’enquête sur la mort de l’enseignant Samuel Paty. Voici ce que l’on sait de ces cinq adultes et deux mineurs.

L’enquête sur l’assassinat du professeur Samuel Paty a été confiée à un juge d’instruction pour « complicité d’assassinat terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste ». Mercredi le procureur antiterroriste Jean-François Ricard avait détaillé le rôle présumé des sept suspects lors d’une conférence de presse. Ils ont tous été mis en examen dans la soirée. Quel rôle ont-ils joué dans l’attentat ?

Les deux collégiens sous contrôle judiciaire

Il s’agit de deux élèves mineurs du collège, âgés de 14 et 15 ans. Ils ont été mis en examen pour « complicité d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste ». Mais ils ont toutefois été laissés libres sous contrôle judiciaire.

« Poursuivre deux jeunes dans un dossier terroriste, qui plus est criminel, n’est pas une chose inédite mais interroge », a souligné Jean-François Ricard.

L’identification du professeur par l’assaillant Abdoullakh Anzorov « n’a été rendue possible que grâce à l’intervention de collégiens », selon le procureur. Il est reproché aux adolescents « de s’être maintenus en présence directe et prolongée d’Abdoullakh Anzorov l’après-midi du 16 octobre ».

Le procureur a détaillé la chronologie des faits. « À son arrivée aux abords du collège vers 14 h, Abdoullakh Anzorov cherchait à identifier et abordait pour ce faire un élève en lui offrant une somme de 300 ou 350 euros. Le collégien qui acceptait se voyait remettre une partie de la somme et restait sur place avec l’auteur des faits jusqu’à l’arrivée d’autres camarades peu avant 16 h ».

D’autres jeunes se joignent alors à lui. Le collégien « leur a expliqué l’objet de sa mission et leur a offert de partager la somme d’argent ». Certains ont refusé de rester. Ce jeune et un camarade ont « donné une description physique » de Samuel Paty à l’assaillant. « Ce dernier leur a déclaré avoir l’intention de filmer le professeur, de l’obliger à demander pardon pour la caricature du prophète, de l’humilier, de le frapper ».

Ces deux collégiens se sont mis « peu après à l’écart avec Abdoullakh Anzorov afin, semble-t-il, de se dissimuler des caméras de surveillance et d’un véhicule de police en patrouille ».

« Peu avant 17 h, plusieurs adolescents en lien avec les premiers désignèrent à l’assaillant Samuel Paty au moment où il sortait du collège. Abdoullakh Anzorov remettait le reliquat de la somme au premier adolescent et se lançait alors à la poursuite de la victime ».

Le père d’une élève et un prédicateur islamiste en détention

Parmi les suspects figurent Brahim C., le parent d’élève qui avait appelé sur internet à la mobilisation après les cours sur la liberté d’expression dispensé par Samuel Paty, et le sulfureux militant islamiste Abdelhakim Sefrioui. Ils ont été mis en examen pour « complicité d’assassinat terroriste ». Ils ont été placés en détention, même si M. Chnina est en attente d’un débat sur cette question.

« Il est aujourd’hui clair que le professeur a été nommément désigné comme une cible sur les réseaux sociaux par les deux hommes au moyen d’une manœuvre et d’une réinterprétation des faits », a déclaré le procureur.

La fille de Brahim C. n’a assisté à aucun des deux cours, ni le 5 ni le 6 octobre, de Samuel Paty sur la laïcité. Le 6 octobre, elle était « absente pour maladie ». Le 7 octobre, Brahim C. poste trois messages sur Facebook sur des faits dont sa fille a été « prétendument victime ». Il appelle à l’exclusion de Samuel Paty. Il établit par ailleurs « un lien direct » entre cet événement et l’exclusion de sa fille alors qu’il s’agissait d’une décision prise « pour des faits totalement distincts ».

Le 8 octobre, Brahim C. poste une vidéo sur Facebook relayée ensuite sur YouTube. Le même jour, il rencontre Abdelhakim Sefrioui, avec qui il est en contact depuis environ un mois : ils vont voir la principale du collège. Le militant islamiste tourne ensuite une vidéo avec la collégienne devant l’établissement.

Abdelhakim Sefrioui y parle d’un collège « où l’abject a eu lieu » et accuse l’enseignant d’avoir répondu à un prétendu appel d’Emmanuel Macron « à haïr les musulmans ». L’assaillant Abdoullakh Anzorov s’est « directement inspiré des messages diffusés par Brahim C. », a assuré le procureur. Le père d’élève a « réfuté toute volonté de violence à l’encontre de l’enseignant ».

La procédure a révélé plusieurs contacts téléphoniques et écrits entre Brahim C. et l’assaillant entre le 9 et le 13 octobre. Le père d’élève a assuré « avoir reçu des messages de soutien d’individus divers dont Anzorov dont il ne se souvenait pas spécifiquement ». Abdelhakim Sefrioui a lui« réfuté toute responsabilité dans le passage à l’acte »de l’assaillant.

Deux amis de l’assaillant et un proche

Deux amis de l’assaillant, Naim B. (18 ans) et Azim E. (19 ans), ont également été mis en examen pour « complicité d’assassinat terroriste ». Un troisième proche, Yussu C., est lui poursuivi pour « association de malfaiteurs terroriste en vue de commettre des crimes d’atteintes aux personnes ».

Professeur décapité : Gérald Darmanin annonce des mesures

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a annoncé lundi (19 octobre) la fermeture d’une mosquée en banlieue parisienne, qui avait notamment relayé sur sa page Facebook une vidéo dénonçant le cours sur la liberté d’expression du professeur d’histoire-géographie assassiné.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer