Au niveau européen, Hollande aura sauvé les meubles

Francois Hollande EUCO

François Hollande a marqué la politique européenne par son intervention pendant la crise grecque, mais aussi sur l’Ukraine ou la sécurité internationale avec les opérations militaires. Mais sur des dossiers européens de fonds, les lignes ont peu bougé.

François Hollande a renoncé à se lancer dans la course à l’Élysée, plombé par un bilan en matière de politique intérieur qu’il n’a pas réussi à défendre. Sur le front européen, le président sortant affiche quelques faits d’armes, mais aussi un bon nombre de dossiers avortés.

« Le monde, l’Europe, la France, ont traversé pendant tout mon mandat des épreuves particulièrement graves » a affirmé François Hollande lors de son discours du 1er décembre. Sur l’Europe, le président a pointé ses réussites sur le front de l’austérité, mais aussi dans la gestion de la crise grecque.

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« J’ai fait en sorte que la Grèce puisse rester dans la zone euro, sinon elle aurait éclaté cette zone euro tant elle était traversée de tensions et de crises » a-t-il souligné.

La crise grecque

De fait, le rôle de Hollande dans le mélodrame grecque a été crucial. Ses proches racontent notamment une nuit du 12 au 13 juillet 2015, qui fut celle de tous les dangers pour la Grèce et l’Europe. Le nouveau premier ministre grec, Alexis Tsipras, devait négocier un troisième plan d’aide financier de quelque 80 milliards d’euros. L’UE prévoyait de le financer par le Mécanisme européen de stabilité, mais en contrepartie de réformes draconiennes.

« Durant la nuit, le ton est monté, la négociation a été interrompue par le départ de Tsipras dans les bureaux de la représentation grecque. Il était excédé, il se préparait à quitter Bruxelles. François Hollande est allé le retrouver, et l’a convaincu de revenir à la table des négociations », raconte un témoin.

« Le rôle de la France a été assez salutaire dans la résolution de la crise grecque. On a eu une France très proactive, et prête à se mettre en porte à faux avec Berlin pour soutenir la Grèce dans ses efforts » relève Vincent Pertusot, responsable de l’IFRI Bruxelles.

Le couple franco-allemand

La désolidarisation du couple franco-allemand a cependant été un des dommages collatéraux de cette confrontation sur la crise grecque. Mais pas que. « C’est un binôme toujours compliqué. Le fait que les deux dirigeants soient de familles politiques différentes n’a pas aidé », explique Vincent Pertusot.

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Les divergences de vues se sont multipliées entre les deux pays, et la moindre santé économique de Paris n’a plus permis à la France de jouer son rôle de moteur de l’Europe aux côtés de l’Allemagne. « Dans les débats européens, il y a encore cinq ou six ans ont parlait encore beaucoup du franco-allemand alors que maintenant on parle davantage de l’Allemagne comme leader de l’Europe » explique le responsable de l’Ifri.

Hollande aura d’ailleurs tenté au cours de son mandat d’ « élargir le cercle en s’appuyant sur l’Italie  », explique l’eurodéputée socialiste Pervenche Berès. « Mais entre l’Italie avec ses banques et la France  avec son déficit », la crédibilité de cette alliance était entachée.

Politique de rigueur

Sur les questions économiques, Hollande restera celui qui a repoussé l’exécutif européen dans ses retranchements sur le respect des critères de Maastricht. La France a en effet, par deux fois sous son quinquennat, obtenu un délai pour son déficit budgétaire excessif. La  première fois, en 2012 : Hollande venait d’arriver,  il a bénéficié d’une certaine clémence.

En 2014,  en revanche, la patience de l’exécutif était à bout. Le déficit français continuait de déraper. L’ancien président de la Commission, José Manuel Barroso, qui était dans son dernier mois d’exercice, avait envie de partir sur un coup d’éclat, « un geste masculin », en infligeant à la France une amende pour déficit excessif.

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« Et puis il y a eu un sommet en Italie, théoriquement sur l’emploi des jeunes, en fait sur beaucoup d’autres sujets et très peu sur l’emploi. Hollande est allé plaider sa cause, auprès de Barroso, Renzi et Merkel ont insisté sur le risque de crisper encore plus les Français contre la Commission européenne, qui a changé d’avis » raconte un témoin.

« Il a réussi à faire en sorte que la France ne soit pas trop réprimandée par la Commission  » analyse Vincent Pertusot.  « Mais pendant sa campagne en 2012, il y a eu beaucoup de déclarations pour dire que la France voulait équilibrer le pacte de stabilité avec un pacte de croissance, ce qui n’a pas forcément eu lieu » tempère l’expert.

Et sur le front de la politique de relance, le bilan de Francois Hollande est plus mince. A la fin du mandat du président français, la Commission européenne a finalement brisé un tabou en appliquant des règles plus souples et en appelant les États à plus de relance budgétaire.

« Dès 2012, Hollande a été piégé par le pacte budgétaire » affirme Pervenche Berès. « Dès juin 2012, il a mis la question de la relance de l’investissement sur la table, mais il n’a pas suffisamment  réussi à convaincre l’Allemagne sur le sujet».

 Union européenne à l’arrêt

Entre la crise des réfugiés et la gestion des urgences comme la crise grecque, l’UE n’a finalement pas du tout évolué durant les cinq ans du mandat de Hollande. L’Union bancaire est toujours incomplète, ce qui continue de représenter un risque en cas de crise systémique.

Sur le front de la gouvernance économique,  que  François Hollande voulait réformer, rien n’a changé. Le président s’est prononcé pour un Parlement de la zone euro sans faire avancer le dossier. Le rapport des 5 présidents, présenté en 2015, n’a fait qu’indiquer des pistes dont aucune volonté politique ne s’est saisie.

 International

Au niveau international, les journalistes allemands mettent régulièrement la gestion de la politique internationale de l’Europe au crédit d’Angela Merkel. Toutefois, le dossier ukrainien doit beaucoup à la diplomatie française.

C’est notamment l’Élysée qui a permis de renouer le dialogue entre les parties au plus fort de la crise, en établissant une rencontre, lors des célébrations des 50  ans débarquement, au printemps 2014, en Normandie. Ce dispositif, ensuite appelé « format Normandie », soit une rencontre Russie/Ukraine/Allemagne/France, s’est ensuite répété de nombreuses fois, y compris au téléphone, avant de parvenir aux accords de Minsk, qui prévoient un cessez-le-feu.

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Pourtant, la présence française sur le dossier de la crise ukrainienne n’était pas gagnée d’avance. « Jusqu’à ce que le contrat des Mistral soit annulé, la France avait une réputation de pays pro-russe en Europe centrale et orientale, cela beaucoup entamer sa crédibilité. « François Hollande l’a joué très finement sur le format Normandie, car la France a réussi à devenir un acteur incontournable sur le dossier Russe » affirme Vincent Pertusot.

Sécurité

Et l’Europe doit aussi beaucoup à Hollande en matière de sécurité. « Lorsque la France est intervenue au Mali, tous les pays européens étaient reconnaissants. Le risque d’un État qui se délite dans cette zone était un vrai danger pour l’Europe » assure une source au Conseil européen.

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« Sur le Sahel, la France a réussi à faire en sorte que les Européens s’approprient les enjeux de la région, ce qui n’était pas gagné. Aujourd’hui, cette région apparait sur le radar de toutes les capitales européennes. C’est  un changement qu’on peut imputer à une politique active de la France » détaille Vincent Pertusot.

Les États membres ont ensuite participé de loin à l’effort français en soutenant financièrement ou techniquement, ou parfois en envoyant des renforts à la France au Mali et en Centrafrique notamment. Avec le Brexit, la France apparait plus que jamais comme le gendarme de l’Europe.

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