Le parlement autrichien évince Sebastian Kurz

Le mandat de Sebastian Kurz en tant que chancelier autrichien a pris fin lorsque le parlement autrichien a voté hier une motion de censure contre lui et tout son gouvernement. Sa carrière n’est pourtant pas terminée. Un article d’Euractiv Allemagne.

Le lundi 27 mai à 16h15, dans les locaux temporaires du parlement autrichien, les députés se sont prononcés en faveur d’une motion de censure, la première de ce genre adoptée en Autriche.

« En cette période d’échec pour le gouvernement autrichien […] leurs agissements n’ont rien à voir avec de la responsabilité », a déclaré la cheffe de file du Parti social-démocrate  (SPÖ), Pamela Rendi-Wagner.

Un gouvernement indépendant d’experts sera donc bientôt formé avant que de nouvelles élections soient organisées en septembre. Pendant ce temps, Sebastian Kurz assurera l’intérim et devrait participer au Conseil européen d’aujourd’hui à Bruxelles.

La motion de censure ne fait pas que remplacer le chancelier autrichien. Les nouveaux ministres experts, qui ont remplacé mercredi dernier leurs prédécesseurs du parti d’extrême droite de la liberté d’Autriche (FPÖ), doivent aussi se retirer.

Pourtant, le Parti populaire autrichien (ÖVP) de Sebastian Kurz a clairement émergé comme le vainqueur du scrutin du 26 mai dans son pays. Mais en dépit de cette victoire électorale, le scandale de la vidéo d’Ibiza aura eu raison du chancelier.

La vidéo de l’Ibizagate, enregistrée en 2017, montre l’ancien vice-chancelier autrichien et leader du FPÖ, Heinz-Christian Strache, en train de discuter avec une femme se faisant passer pour la nièce d’un oligarque russe. Il lui propose d’investir dans sa campagne électorale en échange de marchés publics. On le voit également lui suggérer de racheter le journal le plus influent d’Autriche, le Kronen Zeitung, afin que les médias commencent à être à la botte du FPÖ.

Ces révélations ont mis fin à la coalition conservatrice de droite la semaine dernière.

Stefan Brocza :«l’Ibiza-gate n’affectera pas la performance du FPÖ aux européennes»

Dans une interview avec Euractiv, l’expert en droit européen, Stefan Brocza explique pourquoi le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) d’extrême droite peut toujours arriver en bonne position aux élections européennes de dimanche 26 mai malgré le scandale récent.

L’opposition ignorée

Depuis l’effondrement de la coalition, Sebastian Kurz a formé un gouvernement minoritaire, sans majorité au Parlement. Lors des 18 mois de son mandat, le chancelier avait déjà perdu la confiance de l’opposition – qui s’est sentie complètement ignorée.

« Même après l’échec de son gouvernement bleu turquoise, Sebastian Kurz a voulu poursuivre une politique de pouvoir et a froidement tenté de démantelé la démocratie et la société », a tweeté le SPÖ. Dans un fil twitter, le parti a détaillé les raisons de cette décision, en expliquant les actions du gouvernement ces derniers mois.

Le processus a commencé la semaine dernière quand le parti d’opposition Jetzt a annoncé qu’il déposerait une motion de censure. Selon cette proposition, la première motion était pourtant uniquement destinée à Sebastian Kurz et ses ministres étaient censés rester en poste.

Dimanche soir, alors que les élections européennes étaient sur le point de se terminer, la responsable du SPÖ a annoncé que le parti irait un pas plus loin en déposant une motion pour remplacer complètement le gouvernement autrichien.

De bonnes chances d’être réélu

De nouvelles élections auront lieu en septembre et Sebastian Kurz a de bonnes chances d’être réélu. Son parti conservateur (ÖVP) est arrivé premier aux élections européennes avec 34,9 % des voix.

Dans une interview avec l’agence de presse autrichienne (APA), les analystes politiques Thomas Hofer et Peter Hajek confirment que la campagne ne devrait pas poser de problème au chancelier sortant. Selon Thomas Hofer, le SPÖ a soutenu Sebastian Kurz dans sa campagne et aurait donc dû rendre leurs demandes plus centrales dans sa stratégie de communication, en proposant par exemple d’amender la journée de travail de 12 heures.

Pour Peter Hajek, la motion de censure est un choix entre la peste et le choléra pour les sociaux-démocrates. C’est maintenant à eux d’insister sur le fait que le prochain gouvernement ne peut pas se construire sur la base d’une coalition avec le FPÖ.

Le PPE reste la force dominante du Parlement européen

Le parti populaire européen conservateur a une nouvelle fois remporté le plus grand nombre de sièges au Parlement européen. Mais aura du mal à construire une majorité face à la montée des verts, des libéraux et de l’extrême droite.

Candidat autrichien à la Commission européenne

De nombreux postes sont désormais à pourvoir. En plus du chancelier et des ministres, un nouveau candidat au poste de commissaire devra être envoyé à Bruxelles. Celui-ci devra auditionner devant le Parlement européen en septembre.

Le candidat – deux ou trois personnes peuvent être nommées – est proposé par le gouvernement autrichien et nécessite une majorité au Conseil national autrichien. À cause du vote de défiance, la favorite de Sebastian Kurz, Karolina Edtstadler, ne sera probablement plus en lice.

« La campagne électorale aura surement une forte influence sur la décision. Il pourrait y avoir des dynamiques très surprenantes », a déclaré l’expert en droit européen, Stefan Brocza. Le parti populaire autrichien est au pouvoir depuis 25 ans. Cela pourrait changer pour la première fois malgré son succès aux élections européennes.

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