Balkans occidentaux : le think-tank du PPE accuse la France de « nuire aux intérêts de l’UE »

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L’édition spéciale d’aujourd’hui porte sur les réactions en Europe face à l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations d’adhésion de la Macédoine du Nord et de l’Albanie à l’UE.

Lors du sommet du Conseil de l’UE du 17 octobre, le Danemark et les Pays-Bas se sont joints à la France pour exprimer leur opposition à l’ouverture de négociations d’adhésion à l’UE avec les deux pays des Balkans. Paris a reconnu les efforts de Skopje, en particulier à la suite de l’accord de changement de nom conclu avec la Grèce, mais dans le cas de l’Albanie, les trois pays ont exprimé leurs préoccupations quant aux réformes nécessaires.

Pour Roland Freudenstein, directeur politique du Centre d’études européennes Wilfried Martens, think-tank officiel du Parti populaire européen (PPE), la position du gouvernement Macron a isolé le pays, ajoutant à plusieurs « revers récents de la politique européenne française ».

« Cela nuit également aux intérêts régionaux de l’UE », a-t-il déclaré à Euractiv.com, ajoutant toutefois que le veto français mettait fondamentalement en évidence un dilemme, qui est également caractéristique des autres pays.

« D’une part, il y a une lassitude généralisée à l’égard de l’élargissement parmi les populations, en particulier en Europe occidentale, également due à des problèmes d’État de droit en Pologne et en Hongrie », a-t-il déclaré.

D’autre part, il souligne le problème de la crédibilité de l’Union dans les Balkans occidentaux, puisque les négociations d’adhésion ont été promises au niveau politique, ainsi que « le danger que ces pays soient poussés dans les bras ouverts de la Russie, de la Chine et de la Turquie si l’UE ne montre pas qu’elle est sérieuse sur l’élargissement ».

Mais il a déclaré que le gouvernement français était le seul à avoir décidé sans équivoque que le premier problème était le plus important.

Euractiv.com a également contacté l’eurodéputée Nathalie Loiseau de Renew Europe, qui fut tête de liste aux élections européennes. Selon elle, Paris exprimait des doutes depuis longtemps : « Au moment où le Royaume-Uni s’en va, où nous devons réformer l’UE et où un certain nombre d’États membres n’ont pas encore dit comment ils financeront le prochain CFP, sommes-nous prêts à envisager d’élargir notre Union ? Vraiment ? »

Nathalie Loiseau a souligné que des milliers d’Albanais viennent en France et demandent l’asile : « Comment pouvons-nous ouvrir des négociations avec l’Albanie ? » se demande-t-elle. Elle a déclaré que les Albanais se rendent en France sans visa et demandent ensuite à bénéficier du statut de réfugié, qui leur est souvent refusé.

Le gouvernement français estime que les deux pays feront un jour partie de l’UE, mais que le processus d’élargissement doit être révisé auparavant. Une position  qui ne devrait pas être une surprise étant donné qu’Emmanuel Macron a voulu freiner l’élargissement depuis le début de son mandat.

Le dernier Eurobaromètre a révélé que 46 % des Européens s’opposent à tout nouvel élargissement, 44 % y sont favorables et 10 % n’ont pas d’opinion.

Mais Emmanuel Macron est le seul chef d’État à assumer ouvertement cette position. Bien qu’Angela Merkel et le premier ministre néerlandais Mark Rutte partagent la même idée, ils en parlent peu. La position générale en France est que l’UE a connu une croissance trop rapide et que certains Etats membres sont à la traîne (Euractiv France, Sarantis Michalopoulos, Euractiv.com]

TIRANA | SKOPJE

A Tirana, le principal parti d’opposition d’Albanie (affilié au PPE), qui a vivement critiqué le parti socialiste au pouvoir, va demander des élections.

Lulzim Basha, chef du Parti démocratique d’Albanie, a déclaré à Euractiv.com que la décision du Conseil de l’UE n’était « pas ce que nous voulions ».

« Maintenant, toute notre énergie et toute notre attention doivent se concentrer sur l’achèvement de nos devoirs. L’Allemagne a fixé neuf conditions qui constituent la feuille de route pour l’ouverture des négociations d’adhésion. En outre, nous devons lutter efficacement contre la criminalité et la corruption et offrir des opportunités à nos citoyens, ce qui contribuera à réduire l’immigration illégale. », a déclaré l’homme politique de centre-droit.

Lulzim Basha accuse le parti socialiste au pouvoir de corruption de haut niveau. Dans un entretien accordé à Euractiv en mars dernier, il a déclaré que les réformes judiciaires proposées par le gouvernement socialiste au pouvoir d’Edi Rama n’avaient rien changé, considérant que les politiciens et les dirigeants du crime organisé continuent d’agir en toute impunité.

Le Premier ministre de Macédoine du Nord, Zoran Zaev, a déclaré que les mauvaises nouvelles de Bruxelles pourraient finalement mettre à l’épreuve son gouvernement socialiste pro-UE à Skopje. L’un des arguments en faveur de l’accord de changement de nom avec la Grèce était d’entamer des négociations avec l’UE. Mais à la suite de ces développements, il lui sera difficile de supporter la pression de l’opposition, qui a déjà demandé des élections anticipées. (Sarantis Michalopoulos, Euractiv.com)

Groupe de Visegrad

La Pologne, avec d’autres pays du groupe du Visegrad (V4), avait fortement soutenu l’adhésion de la Macédoine du Nord et de l’Albanie et le résultat de la discussion n’a pas satisfait Varsovie. Konrad Szymański, le vice-ministre des Affaires étrangères chargé des Affaires européennes, a déclaré que « l’absence de ce feu vert signifie que l’influence de l’UE dans la région diminuera, ce qui, à son tour, signifie une détérioration de la sécurité européenne ».

Les gouvernements V4 ont envoyé une lettre à Donald Tusk lui demandant d’agir et de convaincre Paris. (Zuzana Gabrižová, Euractiv Slovaquie, Ondřej Plevák, Euractiv République tchèque) Łukasz Gadzała, Euractiv Pologne)

ROME | ATHENES

L’Italie et la Grèce ont des intérêts vitaux dans la région des Balkans. Pour Rome, le lancement des négociations d’adhésion à l’UE avait été une priorité absolue lors de ce Conseil de l’UE. L’Italie a fait pression pour un « message politique clair » en faveur d’une adhésion future et définitive, a appris Euractiv.

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis (Nouvelle Démocratie-PPE) a déclaré qu’Athènes soutenait la voie de l’UE en Macédoine du Nord et en Albanie à condition qu’ils « respectent pleinement les accords internationaux qu’ils ont signés, respectent l’État de droit et, bien sûr, les droits des minorités ». (Gerardo Fortuna, EURACTIV.com, Theodore Karaoulani, Euractiv Grèce)

SOFIA

Le Premier ministre bulgare Boïko Borissov a qualifié l’impasse d’« erreur historique », car elle porterait un coup dur aux citoyens des deux pays.

« La nature ne tolère pas les espaces vides. Certains s’intéresseront à ces deux pays et ce ne sera pas bon pour la Bulgarie », a dit Boïko Borissov, faisant référence à la Russie, la Turquie et la Chine. (Krassen Nikolov, Euractiv Bulgarie, Euractiv Roumanie)

ZAGREB | LJUBLJANA

Le gouvernement slovène a ouvertement soutenu l’ouverture de la procédure d’adhesion pour la Macédoine du Nord et a déclaré qu’un « accord global » incluant également l’Albanie n’était pas nécessaire.

Lors du Conseil de l’UE, les dirigeants ont également discuté de la possibilité de « découpler » les deux pays et d’entamer des négociations avec la Macédoine du Nord. Cependant, Euractiv a appris que des pays comme la Grèce et l’Italie s’y sont opposés.

« La Macédoine du Nord mérite le feu vert », a déclaré le Premier ministre slovène Marjan Šarec.

Commentant la demande de la France de modifier les règles du processus de négociation de l’UE, le Premier ministre croate Andrej Plenković a déclaré que les règles ne pouvaient pas changer « tant que le train est en marche ». (Željko Trkanjec, Euractiv Croatie)

DÉCEPTION À BELGRADE, SARAJEVO

Dans une lettre adressée aux dirigeants de l’UE, le président de BiH Željko Komšić a écrit que le blocage des négociations d’adhésion pour Skopje et Tirana enverrait le « mauvais message » à Sarajevo : « Le travail et les décisions difficiles que nous allons prendre ne produisent tout simplement pas le résultat escompté ». Il a ajouté qu’une telle décision renforcerait également l’euroscepticisme dans la région.

Les participants au Forum de Belgrade sur la sécurité ont averti qu’un nouveau retard serait un mauvais signal pour toute la région des Balkans occidentaux. (Euractiv Serbie, Željko Trkanjec, Euractiv Croatie)

 

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