Biélorussie : L’UE fait pression pour étendre les sanctions aux compagnies aériennes « impliquées dans la traite d’êtres humains »

Une image tirée d’une séquence mise à disposition par le ministère polonais de la Défense nationale (MON), montrant un groupe de migrants marchant le long d’une route menant à la frontière biélorusse-polonaise, le 8 novembre 2021. [EPA/MON]

Plusieurs hauts fonctionnaires de l’UE ont appelé à des sanctions étendues à l’encontre de Minsk, ce lundi 8 novembre, alors que les tensions s’intensifient le long de la frontière entre la Biélorussie et la Pologne en raison du grand nombre de migrants qui tentent de traverser la frontière extérieure de l’UE.

La Pologne avait renforcé la sécurité à sa frontière avec la Biélorussie plus tôt dans la journée du lundi 8 novembre après que des migrants se soient rassemblés dans la région dans l’espoir de gagner le territoire polonais.

Interrogé par EURACTIV, les gardes-frontières polonais ont parlé mardi 9 novembre d’une estimation de « plusieurs milliers » de migrants présents dans la région frontalière polono-biélorusse.

Varsovie a également prévenu que des milliers d’autres étaient en route et que les futures tentatives de franchir sa frontière pourraient être « de nature armée ». Le ministère polonais de l’Intérieur a déclaré que plusieurs tentatives de violation de la frontière ont été réprimé et a affirmé que la situation était sous contrôle.

Parallèlement, le trafic frontalier de marchandises et de personnes au point de passage de Kuznica, qui a été touché, sera interrompu dès ce mardi 9 novembre, ont annoncé les gardes-frontières polonais.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a appelé les États membres de l’UE à « approuver enfin le régime de sanctions élargi à l’encontre des autorités biélorusses responsables de cette attaque hybride ».

Deux hauts fonctionnaires de l’UE — le vice-président de la Commission européenne Margaritis Schinas et le chef de la diplomatie de l’UE Josep Borrell — se rendront dans les principaux pays d’origine des migrants pour « s’assurer qu’ils agissent pour empêcher leurs propres ressortissants de tomber dans le piège tendu par les autorités biélorusses », a déclaré Mme Von der Leyen.

Des sanctions contre les compagnies aériennes sur la table

Mme von der Leyen a indiqué que l’UE « étudiera les moyens de sanctionner, notamment par l’établissement d’une liste noire, les compagnies aériennes de pays tiers qui se livrent à la traite des êtres humains ».

L’UE étudiera également, en collaboration avec les organes des Nations unies, les moyens de prévenir une crise humanitaire dans la zone frontalière.

Ses propos ont été repris par la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, qui a déclaré que la « priorité urgente de l’UE est de couper l’approvisionnement de l’aéroport de Minsk ».

L’idée avait été lancée avant l’été par la Lituanie, dont le ministre des Affaires étrangères Gabrielius Landsbergis avait confirmé à EURACTIV en juillet que des entités officielles, telles que des compagnies aériennes et des agences de tourisme, étaient impliquées dans le trafic humain organisé via le Belarus.

« Participer à la traite des êtres humains est illégal partout — et si nous pouvons retracer qui fait cela, et surtout s’il s’agit d’un organisme officiel, alors il peut être soumis à des sanctions », avait alors déclaré M. Landsbergis.

Lors d’un appel téléphonique avec M. Borrell lundi 8 novembre, M. Landsbergis a appelé à étendre ces mesures contre les aéroports de Biélorussie.

« Toutes les compagnies aériennes du monde doivent comprendre qu’elles coopèrent avec un régime criminel en volant vers la Biélorussie», a-t-il déclaré.

Une première série de sanctions imposées en juin a touché les secteurs clés du pays, à savoir la potasse, le pétrole et le tabac, tandis que les sanctions de l’UE visent actuellement 166 responsables du régime bélarussien, dont M. Loukachenko et deux de ses fils.

« Nous n’hésiterons pas à adopter, si nécessaire, des sanctions contre les entreprises et les pays qui font le jeu des passeurs », avait déjà prévenu M. Borrell à la mi-octobre.

« Les migrants reçoivent des visas, des billets d’avion et un avion est prêt à les transporter à Minsk d’où ils sont conduits aux frontières de la Lituanie, de la Lettonie et de la Pologne », avait-il alors précisé.

Cependant, les États membres ont jusqu’à présent été prudents avant de passer à l’étape suivante. Un cinquième train de sanctions est en préparation, et des propositions plus concrètes seront probablement présentées aux ministres des Affaires étrangères de l’UE lors de leur réunion régulière de la semaine prochaine.

Au Bélarus, des entités officielles participent à la traite des êtres humains, selon la Lituanie

Des entités officielles, telles que des compagnies aériennes et des agences de tourisme, sont impliquées dans le trafic d’êtres humains organisé via le Bélarus, a déclaré le ministre des Affaires étrangères de Lituanie, Gabrielius Landsbergis, à EURACTIV dans un entretien exclusif.

Discussion sur le mur frontalier

L’Allemagne, qui, en tant que voisine de la Pologne, a vu une forte augmentation du nombre de migrants entrant par sa frontière orientale en provenance de la Biélorussie, a exhorté l’UE à « prendre des mesures » pour contribuer à endiguer ce flux de personnes.

Pour le seul mois d’octobre, leur nombre s’est élevé à près de 5 000, selon les autorités allemandes. Le gouvernement a réagi en renforçant les contrôles aux frontières et en déployant des policiers supplémentaires. « La Pologne ou l’Allemagne ne peuvent pas gérer cela seules », a déclaré le ministre de l’Intérieur Horst Seehofer au quotidien Bild, exhortant l’UE à « faire front commun ».

« Nous devons aider le gouvernement polonais à sécuriser sa frontière extérieure. Ce serait en fait la tâche de la Commission européenne. Je leur demande maintenant d’agir », a-t-il déclaré.

M. Seehofer a également réitéré ses précédents commentaires selon lesquels il soutenait la décision de la Pologne de construire un mur frontalier.

En octobre, douze États membres de l’UE avaient demandé à Bruxelles de financer des barrières pour empêcher les migrants illégaux d’entrer dans l’Union. Toutefois, l’actuel code frontalier de l’UE ne prévoit pas de barrière physique comme mesure de protection des frontières extérieures de l’UE.

Bruxelles a jusqu’à présent refusé de financer des murs frontaliers pour les États membres, insistant sur le fait que le cadre juridique actuel ne l’autorise à utiliser les fonds budgétaires de l’UE que pour les « systèmes de gestion des frontières ».

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