Les élections bâclées en Albanie minent les perspectives d’adhésion à l’UE

Un partisan de l'opposition se tient debout avec le drapeau de l'UE à l'extérieur du bâtiment du parlement lors d'une manifestation à Tirana, Albanie, le 8 juin 2019. L'opposition exige la démission du Premier ministre Edi Rama et des élections anticipées. [EPA-EFE/MALTON DIBRA]

Les élections locales chaotiques en Albanie amenuisent les chances du pays d’avancer vers une adhésion à l’Union européenne.

Depuis février, l’Albanie est plongée dans une profonde crise politique marquée par de nombreuses manifestations. Le 30 juin, le gouvernement a décidé de maintenir les élections locales alors que l’opposition avait décidé de les boycotter.

Le Conseil européen est censé prendre une décision en octobre sur l’ouverture des négociations d’adhésion de l’Albanie, conformément aux recommandations de la Commission. Mais des événements comme le scrutin de dimanche ne font que renforcer l’opinion de certains États européens sur l’incapacité du pays à respecter les critères d’adhésion.

« Nous avons la preuve que les électeurs ont été mis sous pression par tous les bords politiques. Cette situation, conjuguée à la polarisation des médias qui se sont concentrés sur la crise politique plutôt que de fournir des informations impartiales sur les candidats, a empêché certains électeurs de faire des choix libres et éclairés », a déclaré l’ambassadrice Audrey Glover, chef de la mission d’observation électorale du BIDDH. Le BIDDH, le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme, est l’organe spécialisé de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) qui traite de la « dimension humaine » de la sécurité.

Elle ajoute que « l’absence des principaux partis de l’opposition à l’élection a considérablement limité le choix des candidats aux élections. »

La mission du BIDDH dispose de deux mois pour recueillir des preuves de fraude ou d’irrégularités électorales.

Le paysage politique albanais se caractérise par un fossé de plus en plus profond entre le Parti socialiste au pouvoir (PS) du Premier ministre Edi Rama et le Parti démocratique (PD) de Lulzim Basha et le Mouvement social pour l’intégration (SMI).

En février, le PD et le SMI se sont retirés du parlement et ont annoncé qu’ils ne reviendraient pas tant qu’Edi Rama ne démissionnerait pas. Le Premier ministre a rejeté leurs demandes et le PD a organisé plusieurs manifestations, marquées par des violences occasionnelles, ainsi que des épisodes de vandalisme.

Le jour des élections s’est déroulé plutôt paisiblement, mais la participation nationale n’a été que de 21,6 %.

Comme à maintes reprises par le passé, l’UE a appelé au dialogue.

« Le gouvernement et l’opposition doivent faire preuve de maturité politique et engager d’urgence un dialogue constructif pour surmonter la situation politique actuelle. Toutes les institutions et tous les dirigeants politiques albanais doivent maintenant concentrer leurs efforts sur la poursuite de la mise en œuvre du processus de réforme. Nous espérons que les divergences de vues sur le processus électoral pourront bientôt être réglées par les institutions compétentes en Albanie », a déclaré Maja Kocijančič, porte-parole de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

L’ambassadeur de l’UE en Albanie, Luigi Soreca, a ajouté : « Il est également temps de faire avancer les réformes en matière d’état de droit. La lutte contre la corruption doit se poursuivre au quotidien. Les parquets devraient enquêter sur toute forme de corruption présumée, y compris les infractions électorales et l’achat de votes, en vertu de la loi en vigueur. »

Edi Rama a blâmé l’opposition pour son refus d’entamer un dialogue, malgré sa demande.

De son côté, le chef de l’opposition, Lulzim Basha, a accusé le Premier ministre de corruption et de liens avec le crime organisé. Il a qualifié l’élection d’« anticonstitutionnelle » et de « parodie tragique de la démocratie . C’est un vote à parti unique, contrôlé par un parti. Pour nous, ce vote est nul» , a-t-il martelé.

Le Président Ilir Meta a appelé les dirigeants à « se calmer et à entamer un dialogue ».

Les espoirs d’adhésion de la Macédoine du Nord refroidis

Une réunion cruciale entre ministres des affaires européennes mardi 18 juin s’est conclue par une énorme déception pour la Macédoine du Nord. Le pays espérait que l’accord historique conclu avec la Grèce sur son nom serait récompensé par un ticket d’entrée pour l’UE.

Rôle des médias

La campagne a été dominée par une rhétorique incendiaire. L’ancien président Sali Berisha a décrit le Premier ministre comme « un cadavre politique qui n’a pas encore été incinéré ».

Quant à Edi Rama, il a souvent parlé du chef du PD comme de « Pinocchio » et du dirigeant du SMI comme de « la voyante », selon le rapport final de la mission d’observation électorale.

Les médias n’ont fait qu’amplifier ces messages. En raison des conditions de travail incertaines, les journalistes sont vulnérables aux pressions et à l’autocensure.

Selon le rapport, la pratique utilisée par les principaux partis politiques et les fonctionnaires consiste à fournir aux médias des images autorisées d’événements officiels et de campagnes, tout en limitant l’accès des médias à ces événements. Ce qui a limité la capacité des électeurs d’obtenir des informations objectives.

La perspective de l’adhésion de l’Albanie à l’UE reste donc lointaine.

Skopje s’approche des négociations d’adhésion, l’Albanie s’en éloigne

Les États membres vont repousser à septembre la décision d’ouverture des négociations d’adhésion de la Macédoine du Nord et de l’Albanie. Toutes les capitales sont prêtes à donner leur feu vert à Skopje, mais pas encore à Tirana.

Le président français Emmanuel Macron a déclaré le 1er juillet qu’il mettrait un terme à tout nouvel élargissement du bloc tant que des réformes profondes n’étaient pas apportées au fonctionnement institutionnel de l’UE.

« L’Albanie n’est pas prête à rejoindre l’Union européenne, mais nous sommes prêts à entamer les négociations d’adhésion. Nous devons nous préparer, nous devons nous moderniser et lutter contre la corruption et le crime organisé », a soutenu Edi Rama.

Dans le même temps, la demande du gouvernement néerlandais à la Commission européenne de suspendre l’accord de libéralisation du régime des visas de l’Albanie a été rejetée. Le parlement néerlandais avait voté en juin en faveur de cette demande, après que les députés eurent insisté sur le fait que le régime d’exemption de visa profite au crime organisé.

L'actu en capitales: La Haye ne veut plus de mafieux albanais

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