Brexit: Boris Johnson sort le grand jeu pour charmer les Écossais

Le Premier ministre britannique s’apprête, selon plusieurs médias britanniques, à lancer une campagne de communication de 5 millions de livres. Objectif : convaincre les Écossais de renoncer à demander l’indépendance pour rejoindre l’Union européenne. Un article de notre partenaire Ouest-France.

Les envies d’indépendance des Écossais lui hérissent le poil. Alors qu’il s’apprête à entrer dans le vif des négociations du Brexit avec Bruxelles, Boris Johnson semble bien décidé à resserrer les rangs : pas question de voir l’unité du Royaume-Uni mise à mal… Le 14 février, jour de la saint Valentin, le Premier ministre britannique sortira donc le grand jeu : une véritable « love bomb » (bombardement amoureux), ironise le Times.

Pour preuve d’amour, il déboursera près de 5 millions de livres (5,9 millions d’euros) de fonds publics en vidéos et spots publicitaires diffusés dans les cinémas, sur les télévisions, à la radio, dans les journaux et sur les réseaux sociaux. Objectif : convaincre les Écossais qu’ils ont tout à gagner à rester dans le Royaume-Uni… Et tout à perdre en tentant d’en sortir pour revenir dans le giron de l’Union européenne.

« Quitter le Royaume-Uni pour rester dans l’UE »

Pas sûr que cela suffise. Les Écossais, qui ont rejeté le Brexit à 62 % en 2016, ont le sentiment d’être aujourd’hui arrachés à l’Union européenne, déplorait vendredi Katy Henderson, 72 ans, lors de la manifestation pro-indépendance organisée le jour officiel du Brexit, à Édimbourg. Comme cette ancienne chercheuse d’université, près de 3 000 personnes s’étaient rassemblées devant le Parlement écossais pour crier leur dépit, dès le début de soirée. Parmi eux, beaucoup de retraités… Rejoints plus tard dans la soirée par un nombre encore plus grand de jeunes Écossais.

L’Écosse compte demander un nouveau référendum sur l’indépendance

Le gouvernement écossais a annoncé qu’il solliciterait cette semaine l’organisation d’un nouveau référendum sur l’indépendance, après que le parti national écossais soit sorti renforcé des législatives du 12 décembre. Un article d’Euroefe.

On se sent tellement tristes, c’est un jour sombre pour nous, commentait alors Charlotte Corbett, 22 ans. Étudiante en droit privé européen, la jeune fille, originaire d’Édimbourg, garde un souvenir ému de son année d’Erasmus à Nancy, en France. Et ne digère pas l’idée de devoir renoncer à étudier, voyager ou vivre sans entrave dans l’Union européenne.

En 2014, lors du premier référendum sur l’indépendance de l’Écosse, Charlotte était farouchement opposée à l’idée, comme 55 % des Écossais, qui avaient voté contre. À l’époque, sortir du Royaume-Uni voulait aussi dire sortir de l’Union européenne. Aujourd’hui, nous voulons justement quitter le Royaume-Uni pour rester dans l’UE !

« Le Brexit va tuer notre liberté de mouvement »

Rester européenne » est aussi devenu crucial pour son amie, Eilidh Vandome, 23 ans : « Je travaille dans le domaine scientifique et je ne vois pas comment nous pourrons nous passer des fonds européens… »

Épuisée par les interminables débats de ces derniers mois sur le Brexit, Caity Hainsworth, 24 ans, tremble aussi pour son avenir : « Je suis inquiète : je viens de trouver un travail en Suède où j’aimerais devenir professeure des écoles. Je me dis qu’il faut que j’accélère mes projets : je vais tout faire pour partir avant la fin de l’année. Après, on ne sait pas trop ce qui va se passer. » Pour l’instant, de fait, c’est statu quo : une période de transition a été décrétée, au moins jusqu’au 31 décembre 2020, le temps pour Londres et Bruxelles de renégocier un à un quelque 600 accords internationaux. La question de la circulation des Britanniques sur le sol européen (et vice-versa) sera notamment au cœur des tractations.

Les Écossais manifestent pour l'indépendance et contre le Brexit

Même si la manifestation n’a pas eu le succès attendu, des milliers de personnes ont marché dans les rues de la plus grande ville écossaise, samedi 11 janvier. Un article de notre partenaire Ouest-France.

« Les indépendantistes jouent à se faire peur ! L’Union européenne n’a jamais rien apporté de bon à notre pays : vouloir la rejoindre est un non-sens ! » Brexiteur convaincu, Andy Clieve, chauffeur de taxi de 25 ans, n’a pas hésité à venir affronter la foule des pro-indépendance avec une petite dizaine de comparses, vendredi soir devant le Parlement écossais.

« Les vrais Britanniques n’osent pas se faire entendre ici, soutient aussi son copain Liam Smith, la trentaine, ouvrier dans le secteur logistique. Je vous jure qu’en Écosse, les unionistes (partisans du maintien dans le Royaume-Uni) sont plus nombreux que les indépendantistes. » Pour la première fois de l’histoire, la veille, un sondage de l’Institut YouGov a pourtant donné les partisans de l’indépendance en tête (51 % contre 49 %) en cas de référendum…

« Le Brexit va tuer notre liberté de mouvement ; c’est un énorme recul pour tout le Royaume », s’inquiète aussi Colin Richardson, 60 ans, attablé dans un pub de la Rue Rose, à Édimbourg. Ce syndicaliste du CWU (Communication Workers Union), installé à Doncaster en Angleterre, espère encore « voir l’unité du Royaume-Uni préservée ». Mais il avoue ne pas comprendre le refus obstiné de Boris Johnson : « C’est une question de démocratie : les Écossais veulent choisir leur avenir librement ; laissons-les organiser leur référendum. »

« Il est urgent que les Britanniques se réconcilient »

L’idée agace le député conservateur, Liam Kerr : « Les Écossais ont déjà voté en 2014 et ils ont dit  « non » à l’indépendance. Il est temps de passer à autre chose, de s’intéresser aux vrais problèmes ». Santé, éducation, économie… « Notre pays est paralysé par ces débats politiciens depuis trop longtemps. L’urgence, c’est de nous rassembler, au lieu de songer à nous diviser encore plus. »

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