Bruxelles observe le scandale autrichien avec stupéfaction

Le Président autrichien Alexander Van der Bellen et le chancelier Sebastian Kurz prononcent un discours après une réunion le 19 mai à Vienne. [EPA-EFE/CHRISTIAN BRUNA]

La Commission européenne a déclaré avoir suivi « avec incrédulité » la démission du vice-chancelier autrichien Heinz-Christian Strache, qui s’est montré disposé il y a deux ans à plonger dans la corruption. Un article d’Euroefe.

« Nous sommes incrédules face au fait qu’un responsable de parti politique ait été vu en train de négocier l’accès à des médias et des institutions en échange de fonds avec des bienfaiteurs étrangers qui n’ont manifestement pas à cœur les intérêts des Européens », a déclaré le porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas, lors de la conférence de presse quotidienne.

Le gouvernement autrichien conservateur et d’extrême droite s’est effondré le 18 mai, à une semaine des élections européennes, à cause d’une vidéo montrant Heinz-Christian Strache, numéro deux du gouvernement, prêt à se soumettre à des pratiques corrompues pour arriver au pouvoir.

La vidéo, enregistrée en juillet 2017 dans une luxueuse villa à Ibiza, met en scène l’Autrichien, en train de conseiller à la supposée nièce d’un oligarque russe comme donner de l’argent de manière illégale à sa formation. Il lui propose notamment d’investir des millions d’euros dans le Kronen Zeitung, le tabloïd le plus lu d’Autriche, afin d’en prendre le contrôle. En échange de quoi, Heinz-Christian Strache lui promet des faveurs politiques et l’attribution de marchés publics.

Élections anticipées

Le 21 mai, le président autrichien, Alexander Van der Bellen, a déclaré avoir perdu confiance en une partie du gouvernement et a donc appelé à l’organisation d’élections anticipées début septembre. Selon lui, ce scandale ne reflète pas « ce qu’est l’Autriche » et le pays ne mérite pas cela.

Il a ajouté que la démission du vice-chancelier et celle du chef du Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) au parlement, Johann Gudenus, qui apparait aussi sur la vidéo « étaient nécessaires et indispensables. »

« Il faut maintenant faire tout notre possible pour rétablir la confiance […] aussi vite que le permettra la Constitution », a poursuivi le président écologiste qui a rappelé que l’Autriche, comme le reste des partenaires européens, se trouvait dans la ligne droite avant les élections européennes.

« Nous avons encore une semaine de campagne électorale au Parlement européen, et puis des mois de négociations intenses dans l’UE, importantes pour l’avenir de l’UE. Durant cette période, l’Autriche doit être en conditions d’agir comme partenaire fiable dans l’UE. »

Les observateurs politiques et la presse autrichienne laissent entendre que les ministres du FPÖ, notamment les ministres de l’Intérieur, de la Défense et de la Justice seront tous remplacés par des technocrates dans le gouvernement dirigé par Sebastian Kurz.

Le porte-parole de la Commission a déclaré qu’un commentaire sur la situation de l’Autriche n’était pas nécessaire, mais a assuré que l’exécutif européen avait une « totale confiance » dans le peuple et les institutions démocratiques autrichiennes pour régler le problème.

Le scandale Strache fait tanguer l’extrême droite européenne

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Le Kremlin nie toute implication

De son côté, le Kremlin a nié tout lien avec le scandale. « Cette vidéo n’a rien à voir avec la Russie, ni avec le président ou le gouvernement », a soutenu le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

À quelques jours des élections européennes qui auront lieu entre le 23 et le 26 mai, l’affaire a pris par surprise les partis autrichiens, notamment le principal parti d’opposition SPÖ (sociaux-démocrates), secoué par des divisions internet et toujours pas remis de sa défaite aux élections législatives de 2017.

Les experts politiques assurent que le FPÖ sera le parti le plus sanctionné par les électeurs alors que le parti populaire (ÖVP) du jeune Sebastian Kurz en sortira renforcé. Pas assez toutefois pour obtenir la majorité absolue. Reste donc à savoir avec qui il formera une alliance pour rester au pouvoir.

La possibilité de voir l’ÖVP s’allier de nouveau avec l’extrême droite est aujourd’hui la moins probable puisque le scandale donne raison aux membres du parti qui depuis le début s’opposaient à une coopération avec les nationalistes.

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Alors que l’Autriche prend la présidence tournante du Conseil de l’Union, Jérôme Segal juge l’extrême-droite du FPÖ, « encore plus dangereuse que celle du temps de Haider » et de la première coalition droite/extrême-droite en 2000. Une interview de notre partenaire Ouest-France. 

Incertitude

L’avenir après les élections législatives anticipées est incertain, mais la période menant au scrutin également. Personne ne sait encore comme l’exécutif compte gérer le pays jusqu’à cette date.

Le Premier ministre a précisé qu’il voulait continuer à travailler au sein du gouvernement, alors que l’opposition exige la substitution immédiate des ministres de l’Intérieur, de la Défense et de la Justice, tous du FPÖ, par des experts indépendants.

« Ce n’est que de cette façon que nous obtiendrons une clarification totale et indépendante des soupçons portés par la vidéo », a déclaré la cheffe de file du SPÖ Pamela Rendi-Wagner, ce dimanche à Vienne.

L’Ibizagate a par ailleurs soulevé de sérieux doutes sur l’octroi de contrats de la part du ministère de l’Infrastructure, également aux mains de l’extrême droite. Tant les Verts que les néolibéraux de NEOS ont averti le président du risque que les fonctionnaires sortants effacent les données nécessaires à une enquête en profondeur.

Face à cette situation, la médiation du président de la République est en effet clé. Ce dernier a promis de s’entretenir avec tous les chefs de file des partis dans les prochains jours.

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