Le nouveau maire de Budapest prend Viktor Orban à contre-pied sur le climat

Manifestation pour le climat en Hongrie. [Photo: EPA-EFE/Zoltan Balogh HUNGARY OUT]

L’écologiste Gergely Karácsony, devenu maire de Budapest le 13 octobre, a déclaré l’urgence climatique dans la capitale hongroise, créant ainsi la première fracture visible avec le gouvernement de Viktor Orban, opposé au projet européen de neutralité climatique à l’horizon 2050.

Gergely Karácsony, le leader du parti vert Dialogue pour la Hongrie, a été élu à la mairie de Budapest le 13 octobre. Il a battu le sortant István Tarlós, qui était soutenu par le Fidesz, le parti au pouvoir dans le pays. Gergely Karácsony a obtenu plus de 50 % des voix en remportant une élection primaire de l’opposition.

Diverses mesures proposées par le nouveau maire ont reçu le feu vert de l’assemblée municipale de Budapest qui s’est réunie mardi 5 novembre, telles que l’interdiction de projets de construction controversés et des changements concernant la réglementation sur les heures supplémentaires.

Mais, c’est la décision de Gergely Karácsony de promulguer l’urgence climatique et d’élaborer un plan de neutralité carbone qui a fait la une des journaux.

« Reconnaissant que le changement climatique constitue une menace fondamentale pour le bien-être des populations, une société pacifique et les conditions de vie des générations futures, l’Assemblée municipale estime qu’il existe une urgence climatique », stipule la proposition du maire.

Bien qu’elle soit avant tout symbolique, cette déclaration sur le climat a été adoptée à l’unanimité. Lors de ses délibérations, la question des émissions de carbone sera désormais prise en compte par l’assemblée municipale. Et le nouveau maire devra élaborer, pour l’an prochain, une stratégie visant la neutralité carbone.

Durant le débat à l’assemblée, le conseiller municipal du Fidesz, Zsolt Láng, a déclaré qu’il ne voterait pas contre cette mesure, mais a précisé que le terme « urgence » lui paraissait inadéquat. Il a ajouté que la politique climatique du gouvernement faisait ses preuves.

Avec la République tchèque et la Pologne, la Hongrie est l’un des trois seuls pays de l’UE qui s’opposent toujours à un plan global de l’UE visant à atteindre la neutralité climatique d’ici à 2050. De nombreux fonctionnaires de l’Union présentent le sommet européen qui aura lieu en décembre comme le moment de vérité pour le plan 2050.

La Pologne attise la querelle sur le coût et la signification de la neutralité carbone

La Pologne martèle qu’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 coûterait trop cher et relève du « fantasme ». Le WWF assure que le pays pourrait y parvenir en respectant le délai et le budget fixés.

Le gouvernement de Viktor Orbán avait d’abord annoncé en juin qu’il soutiendrait l’objectif de neutralité carbone, avant de faire marche arrière peu après en invoquant le manque de temps pour évaluer correctement ses implications financières.

La Hongrie a également resserré les rangs avec ses partenaires du groupe de Visegrad à Prague et à Varsovie lorsqu’il est apparu qu’elle ne serait pas le seul pays à opposer son veto au plan climatique. La Pologne, en particulier, compte sur son opposition pour obtenir de substantiels avantages financiers.

L’appui initial de la Hongrie au plan reposait sur le soutien de l’UE à l’énergie nucléaire. Celle-ci constitue une composante essentielle du bouquet énergétique du pays, car elle couvre 20 % de ses besoins.

La Hongrie ne veut pas d'objectif de neutralité climatique sans nucléaire

La Hongrie a donné son soutien à l’objectif de neutralité carbone de l’UE pour 2050, devenant le 21ème État membre à y adhérer. Mais avec une condition : Budapest voit l’énergie nucléaire comme le principal moyen d’atteindre l’objectif.

Selon une lettre interne adressée au conseil d’administration de la Banque européenne d’investissement (BEI), et dont Euractiv a pris connaissance, l’institution a l’intention de maintenir l’éligibilité au financement de l’énergie nucléaire dans le cadre d’une actualisation de sa politique énergétique.

« Nous proposons de maintenir l’éligibilité des activités liées aux centrales nucléaires dans l’UE, y compris celles qui concernent le démantèlement, en respectant cependant les critères les plus stricts en matière de normes techniques, économiques, environnementales et de sécurité », précise la note.

Celle-ci rappelle toutefois que « nous n’avons pas financé de nouvelle centrale nucléaire depuis le début des années 1990 et que les seuls projets que nous avons financés dans ce secteur depuis 2013 concernent des améliorations des conditions de sécurité en Finlande et en Slovaquie ».

La BEI devrait se prononcer le 14 novembre sur la proposition de mise à jour des prêts dévolus au secteur énergétique. La première version du texte suggérait de mettre un terme au financement des projets relatifs aux combustibles fossiles. Les versions ultérieures ont réintroduit des exemptions pour l’infrastructure gazière.

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