Le Premier ministre bulgare vole au secours d’Erdoğan

Le Premier ministre bulgare Boïko Borissov (à g.), le président du Conseil européen Donald Tusk (au centre), et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. [Stephanie Lecocq/EPA/EFE]

Le 11 octobre, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a sommé le président turc de cesser son chantage à l’égard de l’UE. Au grand dam de Boïko Borissov, qui s’apprête à demander aux leaders européens de modérer leurs propos.

Le 10 octobre, Recep Tayyip Erdoğan, le président turc, a menacé d’envoyer 3,6 millions de réfugiés en Europe si les leaders de l’UE continuaient à qualifier d’« invasion » l’opération menée par son pays dans le nord de la Syrie.

En visite à Chypre, Donald Tusk a répondu sans détour : « La Turquie doit comprendre que notre préoccupation principale porte sur les conséquences de ses actions. Celles-ci pourraient mener à une nouvelle catastrophe humanitaire, ce qui serait inacceptable. »

Le président du Conseil a ajouté que l’UE n’accepterait « jamais que les réfugiés soient instrumentalisés et utilisés pour nous faire chanter. Les menaces proférées hier par le président Erdoğan sont totalement déplacées ».

Boïko Borissov, le Premier ministre bulgare, a pour sa part déclaré le 12 octobre qu’il demanderait à ses « collègues à Bruxelles de cesser leurs attaques incessantes ».

Il a ajouté que Bruxelles était « loin, alors que la frontière turque [était] proche. Au-delà se trouvent quatre millions de réfugiés et il n’y a ni barrière, ni armée, ni quelque moyen que ce soit à disposition pour arrêter les migrants quand ils commencent à arriver par centaines de milliers ».

Ce n’est pas la première fois que Boïko Borissov joue les porte-parole de Recep Tayyip Erdoğan au sein de l’Union. Le rôle du Bulgare avait été déterminant lors du sommet entre l’UE et la Turquie en 2018 à Varna. La réunion n’avait débouché que sur de maigres résultats, mais avait constitué un bon exercice de relations publiques pour le président turc.

Résultat mitigé au sommet UE-Turquie

Le sommet de Varna entre les dirigeants des institutions européennes et le président turc s’est conclu sans que les parties parviennent à un compromis. Mais aussi sans nouveau scandale.

Le sommet européen qui aura lieu à Bruxelles les 17 et 18 octobre sera principalement consacré à éviter un Brexit sans accord, mais d’autres sujets d’actualité seront abordés, parmi lesquels figurera l’opération turque en Syrie.

Recep Tayyip Erdoğan compte sur Boïko Borissov et aussi sur Viktor Orban pour s’opposer à ceux qui, au sein de l’UE, condamnent l’opération turque ou jugent intolérables les perpétuelles insultes du président turc à l’égard de l’UE.

A l’inverse de la Bulgarie, la Hongrie ne fait pas partie des pays situés en première ligne lorsqu’une vague de nouveaux immigrés arrive. C’est cependant grâce à la pression exercée par Budapest que le terme « Kurdes » ne figure pas dans la réponse de l’UE à l’invasion turque.

Boïko Borissov a convenu avec Recep Tayyip Erdoğan de lui livrer les « Gülenistes » — accusés d’être à l’origine d’un coup d’État manqué contre le président turc — qui passent la frontière pour demander l’asile en Bulgarie.

En contrepartie, la Turquie accepte de reprendre tous les réfugiés qui franchissent la barrière érigée par la Bulgarie à la frontière.

La société civile bulgare n’exerce aucune pression sur le gouvernement pour qu’il respecte les droits humains fondamentaux des demandeurs d’asile, ce qui laisse à Boïko Borissov toute la latitude nécessaire pour cultiver une relation privilégiée avec le président turc.

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