Comment Poutine pousse l’Ukraine vers l’Europe

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Selon un dirigeant ukrainien de l'opposition, le président russe « mériterait une médaille » pour avoir déclenché une guerre commerciale contre l'Ukraine. Poutine augmente ainsi les chances de signature d'un accord d'association avec les membres de l'UE en novembre.

Arseni Iatseniouk est le chef de file de l'Union panukrainienne « Patrie », le parti de l'ancienne première ministre emprisonnée, Ioulia Timochenko. À l'issue du sommet consacré au Partenariat oriental à Vilnius, l'Ukraine devrait signer un accord d'association avec l'UE. Selon M. Iatesniouk, Vladimir Poutine devrait être récompensé si cet objectif est atteint.

M. Iatseniouk ; deux autres chefs de file de l'opposition, Vitali Klitschko (Oudar) et Oleh Tiahnybok (Svoboda) ; et Štefan Füle, le commissaire en charge de l'élargissement et de la politique de voisinage, ont tenu une conférence de presse le 29 août.

« Les Russes ont décidé d'imposer des mesures punitives contre l'Ukraine », a déclaré Arseni Iatseniouk, en faisant référence à une guerre commerciale contre Kiev lancée récemment. Cette situation permet à l'Ukraine de se rapprocher de l'UE.

« Le mur de Berlin est tombé il y a plus de 20 ans et il n'est pas nécessaire d'en construire un nouveau. Mais […] Moscou veut le construire à la frontière entre l'Ukraine et l'UE », a-t-il expliqué.

Le président russe, Vladimir Poutine, a prévenu le 22 août que Moscou pourrait avoir recours à des mesures de protection si l'Ukraine signait un accord commercial avec l'UE.

La Russie incite l'Ukraine à devenir membre de son union douanière avec la Biélorussie et le Kazakhstan. Bruxelles a précisé que l'adhésion de Kiev à cette union douanière et l'accord d'association avec l'UE étaient incompatibles.

>> Lire : Moscou met en garde Kiev contre la signature d’un accord avec l’UE

EURACTIV a demandé à M. Iatseniouk son avis sur un document stratégique du Kremlin publié il y a peu par Zerkalo Nedeli visant à réintégrer l'Ukraine dans l'orbite de la Russie. Il a répondu :

« Nous ne sommes pas des experts pour authentifier la signature de ce plan d'action. Mais comparez les actions des Russes à la formulation de ce document. Elles sont similaires. Il me semble que ce plan d'action est assez authentique. »

Le plan d'action de la Russie

Selon ce document de 14 pages, dont l'authenticité ne peut être vérifiée, l'adhésion éventuelle de l'Ukraine à une union douanière russe rapporterait des recettes supplémentaires en termes d’échanges commerciaux de 9 milliards de dollars (6,7 milliards d'euros. Avec un accord de libre-échange avec l'UE, l'Ukraine perdrait au contraire 1,5 milliard de dollars (1,12 milliard d'euros).

Sergei Glyazev, conseiller du président russe, avait en effet récemment déclaré que la signature d'un accord de libre-échange avec l'UE serait « suicidaire » pour l'Ukraine.

D'après ce document stratégique, la Russie fera tout son possible pour empêcher Kiev de signer cet accord. Notamment en soutenant fortement la candidature de Viktor Medvedchuk aux élections présidentielles de 2015 en Ukraine. « Le choix ukrainien », le parti politique de M. Medvedchuk, devrait jouer un rôle de premier plan dans la promotion de l'adhésion du pays à l'union douanière russe.

Lors d'un récent déplacement en Ukraine, Vladimir Poutine se serait brièvement entretenu avec son homologue, M. Ianoukovitch. Il aurait en revanche assisté à un évènement de plusieurs heures organisé par M. Medvedchuk.

Le document dévoilé envisage froidement la neutralisation de l'impact médiatique des forces proeuropéennes en Ukraine. Il prévoit ainsi de soutenir les leaders d'opinion favorables à la Russie, tout en menaçant de sanctions les oligarques ukrainiens un peu trop europhiles.

Le plan d’action de la Russie laisse penser que les fonctionnaires proeuropéens des institutions ukrainiennes, principalement au ministère des affaires étrangères et de la défense, seraient « discrédités » et… licenciés après les élections présidentielles. Ils seraient des « agents de facto de l'influence euroatlantique ».

Pour les russes, le président biélorusse, Alexander Loukachenko, devrait faire pression sur son homologue ukrainien et le convaincre de se tourner vers Moscou. Néanmoins, le refroidissement récent entre la Biélorussie et la Russie est de nature à refroidir tout ardeur à rejoindre l'union douanière avec la Russie.

Les tensions se sont en effet intensifiées entre Biélorussie et Russie. La Russie menace de réduire l'approvisionnement en pétrole de son voisin pendant des mois. La Biélorussie a, quant à elle, menacé d'ouvrir une enquête criminelle contre un magnat russe proche du Kremlin.

Le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, était convaincu le 29 août que son pays signerait un accord de libre-échange avec l'Union européenne dans le cadre d'un accord d'association, selon l'agence de presse russe RIA Novosti.

« Aujourd'hui, je ne vois aucun obstacle à la signature de ce document », a-t-il déclaré à la télévision ukrainienne. « Toutes les exigences de l'Union européenne seront respectées. Je n'en doute pas. »

Il a également indiqué que la guerre commerciale était « précipitée » et « mal conçue ».

Les conflits commerciaux sont légion entre la Russie et l'Ukraine depuis la chute de l'Union soviétique. Les deux camps devraient trouver une « solution pragmatique » à la gestion de leurs relations économiques.

« Je ne pense absolument pas que nous devrions compliquer davantage nos relations avec la Russie et l'union douanière. Au contraire, nous devrions réfléchir à la manière de les simplifier et chercher à établir une compréhension mutuelle », a-t-il expliqué. « Le président russe est aussi inquiet. Il comprend bien que toute situation compliquée concernant ces relations affecterait l'Ukraine et la Russie. »

Un accord d'association entre l'UE et l'Ukraine a été paraphé il y a plus d'un an et les deux camps ont accepté en principe un accord de libre-échange approfondi et complet (ALE approfondi et complet).

L'UE a fait toutefois dépendre sa signature de progrès réalisés entre autres dans les réformes démocratiques et judiciaires, dont la libération de l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko.

Le projet d'accord propose une coopération économique et politique renforcée, mais n'ouvre pas la voie à l'adhésion à l'UE.

L'Ukraine espère signer l'accord lors du sommet consacré au Partenariat oriental les 28 et 29 novembre qui sera organisé à Vilnius sous la présidence lituanienne du Conseil de l'UE.

Plusieurs dirigeants des États membres de l'UE, notamment ceux des pays de l'ex-Union soviétique, plaident en faveur d'une signature lors de ce sommet pour des motifs géopolitiques.

La Lituanie, qui assure la présidence tournante depuis le 1er juillet, espère vraiment que ce sommet portera ses fruits.

  • 6-7 sept. : réunion informelle des ministres des affaires étrangères (Gymnich) à Vilnius
  • 28-29 nov. : sommet consacré au Partenariat oriental à Vilnius sous la présidence lituanienne du Conseil de l'UE L'Ukraine espère y signer un accord d’association.

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