L’équipe du Président désigné
José Manuel Barroso fait face aujourd’hui à un
possible rejet du Parlement européen. Cette épreuve
de force témoigne de la détermination du Parlement
à affirmer son poids politique au sein de l’UE.
La Commission Barroso a essuyé un premier revers
politique avec le rejet du commissaire désigné
italien, Rocco Buttiglione, par la commission des
libertés civiles du Parlement le 11 octobre.
Pressenti au poste de Commissaire à la justice et
aux affaires intérieures, Buttiglione
s’était attiré les foudres des
députés suite à ses déclarations sur
l’homosexualité et le rôle de la femme dans
la société (voir EURACTIV,
12 octobre 2004
).
Les eurodéputés avaient auparavant émis
des doutes sur la néerlandaise Neelie Kroes, (voir
EURACTIV,
29 Septembre 2004
), la danoise Mariann Fischler Beol, la lettone Ingrida
Udre et le hongrois Laszlo Kovacs.
Réactions
Lors d'un débat au Parlement le 26
octobre,
Barroso
avait défendu un à un les candidats
attaqués et avait demandé aux députés
de voter la confiance au collège en expliquant
qu'il aurait ensuite la marge de manœuvre
nécessaire pour faire des ajustements
(résignation d'un commissaire ou redistribution
des portefeuilles). Il avait assuré au Parlement
l'engagement de son équipe contre les
discriminations et rappelé que, pour la
première fois, la Commission compterait huit
femmes.
Barroso avait de plus annoncé la création
d'un groupe de commissaires responsables pour les
droits fondamentaux et la lutte contre les
discriminations et les inégalités, placé
sous sa propre responsabilité ainsi que la
création d'une agence européenne pour les
droits fondamentaux. Le président désigné
avait promis le lancement d'un programme et d'un
plan d'action pour lutter contre les discriminations
"avec une référence particulière
à toutes les formes d'anti-sémitisme,
racisme et xénophobie".
Les
groupes politiques
ont donné un soutien variable à la nouvelle
Commission.
Le groupe
PPE-DE
(Parti Populaire Européen - Démocrates
Chrétiens - et Démocrates Européens), qui
avec 268 membres, a le plus grand nombre de
députés, a soutenu la nouvelle Commission
depuis le début.
Le
PSE
(Parti Socialiste Européen), emmené par son
chef, l'Allemand Martin Shulz, a
répété à plusieurs reprises que le
refus de Barroso de remanier son équipe était
inacceptable pour les socialistes. Le groupe PSE a
demandé la réattribution des
portefeuilles de Rocco Buttiglione, Neelie Kroes, Mariann
Fischler Beol, Ingrida Udre et Laszlo Kovacs. Les
socialistes ont 200 votes au Parlement.
Dans ce contexte, les 88 votes du groupe
ALDE
(Alliance des Démocrates et des Libéraux pour
l'Europe) risquent d'être décisifs.
Déçus du fait que Rocco Buttiglione n'ait
été démis de ses fonctions, le chef du
groupe, Graham Watson, avait déclaré qu'un
engagement de Barroso en faveur d'un plan
d'action contre les discriminations pouvait
convaincre les critiques au sein de son groupe. Watson
avait déclaré que, personnellement, il voterait
en faveur du collège Barroso.
Avec ses 42 votes, le groupe des
Verts / Alliance Libre Européenne
a annoncé le 26 octobre qu'il voterait contre la
Commission désignée. " Cette Commission
est profondément défectueuse " avaient
déclaré Daniel Cohn-Bendit et Monica Frassoni,
les co-présidents du partie dans un communiqué
de presse.
La gauche radicale, représentée par le
groupe
GUE / NGL
(Gauche Unitaire Européenne / Gauche Verte Nordique
) est également pressentie pour voter contre la
Commission Barroso, accusée d'avoir
démontré ses " tendances
néo-libérales ".
Les euroscpetiques du groupe
Indépendance et Démocratie
(37 voix) seront également opposés à
l'équipe Barroso. Selon eux, la 'crise
Buttiglione' résume à elle seule
l'impossibilité de forcer différentes
cultures en une seule.
Un porte-parole du groupe
Europe des Nations
(27 voix) a expliqué que Barroso avait raison de ne
pas abdiquer face à la pression des
députés.
28 députés ne sont attachés à
aucun groupe.
Mais le débat sur l'approbation ou le rejet
de l'équipe Barroso ne préoccupe pas que
les députés européens. Bien que les
états membres soient restés discrets sur la
question, il apparaît clairement que certains
chefs d'Etat
ont leurs propres doutes sur les prises de positions de
Rocco Buttiglione.
Le premier ministre belge
Guy Verhofstadt
a déclaré aux médias belges qu'il
n'accepterait jamais dans son gouvernement
quelqu'un avec de telles opinions.
Des doutes sont apparus jusqu'au sein de
l'équipe Barroso
elle-même sur la manière de d'aborder la
crise. Selon la presse allemande, certains commissaires
seraient mis en difficulté si la Commission Barroso
n'obtenait de soutien que de la part des
conservateurs et du centre-droit. Le Süddeutsche
Zeitung affirme que, dans un tel cas,
Günter Verheugen
serait contraint de démissionner.
Contexte
Le Parlement européen a investi le
Président désigné de la Commission,
José Manuel Barroso, par un vote de confiance le 22
Juillet 2004. Depuis le vote, Barroso s'est
appliqué à négocier la répartition
des portefeuilles des commissaires désignés par
les états membres. Les commissaires
désignés ont ensuite été soumis
à des auditions devant le Parlement européen
entre le 27 septembre et le 8 octobre. Le vote final -
l'approbation du collège des commissaires dans
son ensemble - doit avoir lieu le 27 Octobre. Si elle est
approuvée, la Commission prendra ses fonctions le
1er Novembre.
Prochaines étapes
- Si la Commission Barroso obtient un vote de
confiance, elle prendra ses fonctions le 1er
Novembre. - Si elle est rejetée, Romano Prodi conserverait
ses fonctions le temps de résoudre la crise.
Plus d'information
EU official documents
- Europe by Satellite:EP vote live
- Commission:Nominee Commissioners
- European Parliament:Barroso defends his Commission
team [FR] [FR] [DE]
EU Actors positions
- EPP-ED Group:EPP-ED Group supports new European
Commission - PES Group:Schulz: Barroso statement "Simply
not good enough" - ALDE:ALDE to consider Barroso
proposals - Greens / EFA Group:Greens/EFA will reject deeply flawed
Commission - GUE / NGL Group:Gay Rights in Europe and the new
Barroso Commission (event)
Press articles
- International Herald
Tribune:Barroso risks losing vote on EU
commission(27 October 2004) - The Guardian:Barroso faces defeat at hands of
MEPs(27 October 2004) - The Independent:Defiant MEPs on course to vote out new
Commission(27 October 2004) - Le Monde:Les rapports entre Barroso et
l'opposition libérale et socialiste
se durcissent(26 October 2004) - Le Figaro:La Commission Barroso joue sa
survie(27 October 2004) - Libération:La Commission Barroso menacée
d'implosion(27 October 2004) - Sueddeutsche Zeitung:Barroso ringt um seine
Kommission(26 October 2004) - Neue Zurcher Zeitung:EU-Kommission kämpft um ihre
Bestätigung(27 October 2004) - Der Spiegel:Barroso muss mit Niederlage
rechnen(27 October 2004) - Frankfurter Rundschau:Barrosos Kommission steht auf der
Kippe(27 October 2004)

