La confiance envers l’OTAN s’effrite en France, en Allemagne et aux États-Unis

[EPA/MAURIZIO GAMBARINI]

L’image publique de l’OTAN est sérieusement écornée. La remise en question de l’alliance par Donald Trump et Emmanuel Macron pour des motifs différents a sans doute contribué à cet état de fait.

L’OTAN jouit globalement d’une bonne image au sein des États membres de l’UE, mais des réserves subsistent sur son efficacité en matière de défense collective, selon une nouvelle étude du groupe de réflexion américain, Pew Research Center.

Dans l’ensemble, 53% des citoyens des 16 membres de l’OTAN font état d’une opinion positive concernant l’alliance et moins d’un tiers exprime un avis négatif.

La présidente estonienne rappelle le rôle dissuasif de l'OTAN face à la Russie

Si l’Estonie était menacée par la Russie, l’OTAN devrait être prête à assurer sa défense, plaide la présidente estonienne Kersti Kaljulaid, en contrepoint des déclarations d’Emmanuel Macron, sur « l’état de mort cérébrale » de l’alliance.

Le rapport stipule également que c’est en Pologne que l’OTAN a le plus de partisans, et en Turquie que l’organisation est la moins appréciée. En France et en Allemagne , la perte de confiance est notable.

Aujourd’hui, 57% des Allemands ont un avis favorable sur l’OTAN, un taux en baisse de près de 20% par rapport à la fin des années 2000, souligne l’étude.

Durant le même laps de temps, en France, le taux d’approbation a chuté de 71% en 2009 à 49%. L’an dernier, le président Emmanuel Macron avait suscité l’émoi en déclarant que l’alliance était en état de « mort cérébrale » en raison de son apparente incapacité à contribuer à la résolution des conflits mondiaux.

La méthode Macron remise en question par un nouveau tollé sur l'OTAN

La vision géopolitique du président français, exposée dans un entretien avec The Economist, a de nouveau suscité des réactions épidermiques. Le président multiplie les maladresses diplomatiques au risque de braquer ses partenaires.

En dépit d’évaluations majoritairement favorables au sein des États membres, on constate une réticence générale à remplir l’engagement de défense collective décrit à l’article 5 du traité.

Si la plupart des pays de l’OTAN font confiance aux États-Unis pour les défendre en cas d’attaque de la Russie, rares sont ceux qui seraient prêts à leur rendre la pareille.

Lorsqu’on leur demande si leur pays devrait défendre un autre allié de l’OTAN contre une attaque potentielle de la Russie, une moyenne de 50 % des personnes interrogées dans les 16 États membres de l’OTAN répond non. Seuls 38 % des sondés considèrent que leur pays devrait prendre part à la défense d’un allié contre une attaque russe.

Dans cinq pays seulement – les États-Unis, les Pays-Bas, le Canada, le Royaume-Uni et la Lituanie -, la majorité des personnes interrogées déclare que leur pays devrait recourir à la force pour défendre un allié, précise le sondage.

Dans les deux pays européens où la confiance a le plus diminué, seuls 34 % des Allemands et 41 % des Français souhaiteraient que leur pays intervienne militairement si un autre membre de l’OTAN était attaqué par la Russie.

En revanche, 63% des Allemands et 57% des Français préféreraient voir les troupes américaines intervenir dans le cadre d’un scénario mettant en jeu l’article 5.

« L’idée que leur pays devrait répondre à une hypothétique attaque russe contre un allié de l’OTAN est devenue moins courante au fil du temps dans un certain nombre de pays », fait valoir le centre de recherche.

Parmi les membres de l’OTAN, le recours à « la force militaire pour maintenir l’ordre dans le monde » affiche un faible taux de soutien en Allemagne. 47% des personnes interrogées considèrent que c’est parfois une mesure nécessaire, soit beaucoup moins qu’en France (64%), au Royaume-Uni (71 %) et aux États-Unis (78 %).

L’étude a été réalisée après que le différend entre Emmanuel Macron et son homologue Donald Trump a révélé des dissensions majeures au sein de l’alliance militaire forgée durant la guerre froide.

Emmanuel Macron a qualifié ses déclarations sur la « mort cérébrale » de l’alliance de signal d’alarme à l’attention des alliés, qui sont, selon lui, trop concentrés sur les budgets de défense et d’autres questions de fonctionnement interne. Alors même que la priorité devrait être donnée aux relations avec la Russie, aux agissements de la Turquie en Syrie – qui est elle-même un membre de l’OTAN – et au Moyen-Orient.

Les diplomates de l’OTAN craignent depuis longtemps que le portrait d’une alliance en crise dressé par Donald Trump ne sape le soutien de la population américaine.

Depuis son entrée en fonction en 2017, le président américain fustige les alliés pour leurs dépenses jugées insuffisantes en matière de défense, allant jusqu’à menacer, en 2018, de retirer les États-Unis de l’alliance.

Tour d'horizon des budgets défense des pays de l'OTAN

Comme ils s’y étaient engagés en 2014, lors du sommet de pays de Galles, les dépenses de défense des 29 pays membres de l’Alliance atlantique augmentent. Souvent nettement, parfois très lentement.

A combien se monte le budget des pays membres de …

Aux États-Unis, les avis positifs sur l’OTAN, qui repose sur l’engagement de ses alliés en faveur de la défense collective, sont passés de 64% en 2018 à 52% l’an dernier, selon l’étude.

A l’inverse, dans le Royaume-Uni de l’après-Brexit, où l’OTAN acquiert symboliquement une plus grande importance après la sortie du pays de l’Union européenne, les opinions favorables à l’égard de l’organisation ont augmenté, passant de 62% en 2017 à 65% aujourd’hui.

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