La COP24 comme si vous y étiez – Jour 5

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Dans cette série spéciale sur la COP24, Euractiv vous emmène à la conférence sur le climat de Katowice. Au menu : feuille de route, négationnisme climatique, Amérique du sud, coût du changement climatique.

Du côté des négo

Voilà six jours que la COP24 a débuté à Katowice. Les représentants de presque 200 pays poursuivent leurs négociations sur la feuille de route pour transposer les objectifs de l’accord de Paris dans leur droit national.

Les pays en développement font particulièrement pression pour conserver la « dynamique de Paris ». Gebru Jember Endalew, un délégué éthiopien qui préside le groupe des 47 pays les moins avancés dans les négociations onusiennes sur le changement climatique, veut absolument que la feuille de route soit bouclée à la fin du sommet.

« À nous 47, nous représentons près d’un milliard de personnes, les moins responsables du changement climatique et pourtant les plus vulnérables à ses effets », a-t-il déploré aux journalistes lors d’une conférence de presse informelle le 6 décembre. « Plus on attendra pour nous donner un soutien financier, plus le coût sera élevé pour les pays pauvres », a-t-il averti.

Les pays – ou les Parties dans le jargon de l’ONU – négocient actuellement des règles et procédures concrètes pour appliquer l’accord de Paris. Elles portent notamment sur la transparence, la comptabilité, le respect, le recours aux mécanismes du marché et l’évaluation périodique des progrès collectifs. Cette compilation de règles et de procédures constitue la feuille de route de Paris.

Si les pays peuvent définir individuellement leurs engagements climatiques, leurs plans d’action réels sont soumis à des règles et procédures convenues au niveau international.

Les enjeux du moment

Pour Gebru Jember Endalew, la question cruciale ne porte pas tellement sur le niveau d’ambition de la feuille de route qui sera adoptée le 14 décembre, mais sur la nécessité urgente d’en adopter une.

« Je sais personnellement que ce ne sera pas une bible, mais un simple document qui guidera les pays dans leur ambition, et les aiguillera sur la façon dont ils devront rendre compte de leurs plans et actions climatiques. »

Et si la feuille de route adoptée n’est finalement pas assez ambitieuse, rien n’empêche de la revoir à la hausse dans les dix ou quinze années à venir, suggère le diplomate éthiopien, qui a par ailleurs exprimé sa satisfaction à l’égard de la présidence polonaise de la COP24. Il attend maintenant avec impatience la prochaine phase du sommet, le dialogue Talanoa.

Le climato-scepticisme à la polonaise et à l’américaine

À Katowice, le dernier rapport du GIEC est au centre des discussions. Lors des conférences de presse, des sessions plénières, des manifestations parallèles, des réunions informelles, dans les couloirs… En effet, ses conclusions scientifiques sont un terrain d’entente incontesté dans les négociations.

Enfin, presque. Le jour même où le GIEC célébrait ses 30 ans, le syndicat polonais Solidarité a publié une déclaration conjointe avec le groupe de réflexion américain Heartland Institute, connu pour son négationnisme climatique.

La déclaration va évidemment à l’encontre des conclusions scientifiques rigoureuses du rapport. Le syndicat polonais et le groupe de réflexion américain affirment qu’il n’y a « pas de consensus scientifique sur les principales causes et conséquences du changement climatique », avant de confirmer « leur scepticisme face aux affirmations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat des Nations unies selon lesquelles le monde serait au bord d’une catastrophe climatique ».

Le groupe compte travailler ensemble à l’avenir « pour faire naître des politiques publiques solides et fondées sur la science ».

Arabie saoudite

La veille, des ONG pour l’environnement, qui sont autorisées à suivres les négociations, ont attribué la récompense de « fossile du jour » à l’Arabie saoudite et au Brésil.

L’Arabie saoudite a réussi à épater les ONG par sa « cohérence, son obstination et sa ténacité » pour saper l’ambition des négociations jusque-là, ironisent-elles. Par exemple, le pays a appelé à la suppression du terme « mécanisme d’ambition » dans le préambule du Bilan global au motif qu’il en préjuge le résultat, ont expliqué les ONG.

Le Brésil n’est pas en reste, avec l’ambition de Jair Bolsonaro de déboiser l’Amazonie. D’ailleurs, entre août et novembre, les taux de déforestation ont augmenté de 32 %, ont-elles expliqué, citant également une étude selon laquelle ils pourraient atteindre 25 000 km² par an, avec pour résultat des émissions de 3 milliards de tonnes de dioxyde de carbone.

Union européenne

Pendant ce temps, la pression monte sur l’Union européenne pour rehausser ses promesses de réduction d’émissions dans le cadre de l’accord de Paris.

L’UE pourrait réduire ses émissions de plus de 50 % d’ici à 2030 comparé au niveau de 1990 en multipliant les actions pour le climat dans trois secteurs seulement : l’approvisionnement d’électricité, les bâtiments résidentiels et le transport routier, conclut Climate Action Tracker dans une nouvelle analyse. À eux trois, ces secteurs représentent 60 % des émissions des 28 de l’UE.

L’analyse « Scaling Up Climate Action: European Union » (relever l’ambition de l’Union européenne pour le climat) montre la voie que doit emprunter l’UE pour décarboniser ces trois secteurs d’ici à la moitié du siècle et pour ajuster ses objectifs à la trajectoire de l’accord de Paris. Cela lui permettrait par ailleurs de créer des milliers d’emplois supplémentaires, d’améliorer la santé, et de réduire les importations coûteuses d’énergie, a déclaré l’organisation Climate Action Tracker dans un communiqué de presse.

Les nouvelles politiques de l’UE, dont l’objectif contraignant d’une part de 32 % d’énergies renouvelables dans la demande totale d’énergie, mèneront à une part de 48 % d’énergie renouvelable dans la production d’électricité d’ici à 2030 : un pas dans la bonne direction, mais toujours pas conforme à l’accord de Paris.

Un réchauffement climatique couteux

Un réchauffement climatique de 3°C, qui est la trajectoire évaluée à partir des promesses des pays faites en 2015, fera baisser la production mondiale de 2 %, estime l’agence de notation internationale S&P dans sa dernière note de recherche économique.

Un réchauffement de 6 degrés Celsius, légèrement supérieur à la fourchette haute des estimations du scénario de maintien du statu quo en matière d’émissions de carbone, ferait baisser la production mondiale de 8 %, constate l’agence, qui souligne que plus la température est élevée, plus le changement climatique sera dommageable – et de manière non linéaire.

S&P recommande de fixer un prix pour le carbone, ce qui serait la meilleure solution pour atténuer les effets, tout en soulignant que les problèmes actuels de coordination font que les changements initiés au niveau national et par les marchés sont les meilleures options à venir.

Écart considérable

Alors qu’une année de phénomènes météorologiques extrêmes jamais vus auparavant touche à sa fin, l’ONU Environnement a publié le 6 décembre son quatrième rapport sur les écarts d’adaptation qui montre un « écart considérable » entre l’état de préparation des pays au changement climatique et les mesures concrètes qui devraient être mises en place pour préparer les communautés à un avenir où les risques climatiques vont croissant.

Si les efforts d’adaptation ne sont pas considérablement renforcés, la morbidité et la mortalité liées à des événements extrêmes ou à la chaleur continueront d’augmenter, prévient le bureau de l’ONU.

« Le changement climatique aura un impact significatif sur la santé humaine au cours des prochaines décennies, et bien que des progrès aient été réalisés dans la réduction des maladies et des torts liés au changement climatique, les efforts d’adaptation actuels ne sont en aucun cas suffisants pour minimiser l’impact futur d’un changement climatique sur la santé », explique-t-il.

Croissance des émissions

Selon des chercheurs de l’Université d’East Anglia (UEA) et du Global Carbon Project, les émissions mondiales de carbone devraient atteindre un niveau record en 2018.

L’augmentation prévue de 2,7 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre s’explique par une croissance soutenue de la consommation de charbon pour la deuxième année consécutive et de la consommation de pétrole et de gaz, selon le rapport. En 2017, ce chiffre était de 1,6 %.

Les émissions de CO2 ont augmenté pour la deuxième année consécutive, après trois années de croissance faible ou nulle entre 2014 et 2016, selon le rapport.

L’augmentation des émissions de cette année est en grande partie attribuable à la forte croissance de la consommation de charbon, mais le charbon demeure en deçà de son plus haut historique en 2013, poursuit le rapport, tout en soulignant que la consommation de charbon pourrait bientôt dépasser ce sommet de 2013 si la croissance actuelle se poursuit.

La consommation de pétrole est en forte croissance dans la plupart des régions, avec une augmentation des émissions des voitures et des camions, y compris aux États-Unis et en Europe. Les vols en avion ont également contribué à la hausse du prix du pétrole et l’utilisation du gaz n’a pratiquement pas diminué au cours des dernières années.

« La demande mondiale croissante d’énergie dépasse pour l’instant la décarbonisation. Cela doit changer et rapidement si on veut faire face au changement climatique », a déclaré la professeure Corinne Le Quéré, directrice du Tyndall Centre for Climate Change Research et professeur de science et de politique du changement climatique à l’UEA (Angleterre).

« Nous avons besoin d’un soutien politique et économique fort pour le déploiement rapide de technologies à faible intensité de carbone afin de réduire les émissions dans les secteurs de l’énergie et des transports, du bâtiment et de l’industrie », a-t-elle ajouté, soulignant que si les énergies renouvelables augmentent rapidement, elles ne suffisent pas encore à inverser la tendance mondiale des émissions.

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