Présidence de la CDU : la crise du coronavirus pourrait favoriser Armin Laschet

Le ministre allemand de la Santé, Jens Spahn (à g.) et le ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Armin Laschet. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Selon les sondages, c’est Armin Laschet qui tient la corde dans la course à la présidence de la CDU. Soutenu par Jens Spahn, le ministre de la Santé, le candidat pourrait profiter de la crise sanitaire. Un article d’Euractiv Allemagne.

La question de la succession d’Annegret Kramp-Karrenbauer à la présidence de la CDU ne se pose plus dans les mêmes termes depuis le début de la crise du coronavirus. Même si la présidente démissionnaire affirme que pour l’heure, le sujet n’a que peu d’importance au sein du parti.

Armin Laschet, Friedrich Merz et Norbert Röttgen, trois poids lourds de la politique de Rhénanie du Nord-Westphalie, sont entrés en lice pour accéder à la présidence de l’Union chrétienne-démocrate (CDU). Il est cependant évident que la crise actuelle pourrait faire le jeu de d’Armin Laschet.

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Faute de pouvoir tenir ses troupes dans une ligne claire qui interdirait tout accord avec les extrêmes, gauche ou droite, Annegret Kramp-Karrenbauer a décidé de ne pas briguer un nouveau mandat.

Un duo en pleine ascension

« Spahn et Laschet ont su tirer profit de ce qu’il s’est passé lors des dernières semaines », relève Stefan Marschall, professeur de sciences politiques à l’université Heinrich Heine de Düsseldorf.

Des propos corroborés par les sondages d’opinion les plus récents : la popularité de la CDU a nettement augmenté au cours des dernières semaines, et pas seulement au niveau fédéral.

En Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le parti affiche son taux d’approbation le plus élevé depuis 2009, selon le dernier sondage d’État effectué par l’institut infratest dimap. Le ministre-président du Land, Armin Laschet, est plus populaire que jamais.

Jens Spahn et Armin Laschet ont beaucoup gagné en visibilité ces dernières semaines grâce à leurs fonctions politiques respectives, souligne Stefan Marschall. « C’est particulièrement important pour Armin Laschet, car bien qu’il soit très en vue en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, il a dû se faire un nom au-delà des frontières du Land ».

À l’heure actuelle, ceux qui sont aux affaires jouissent d’une grande popularité. « Si l’élection devait avoir lieu dans les prochaines semaines, le résultat serait clairement en faveur de Laschet et Spahn », estime le professeur.

Un soutien puissant

C’est surtout à Friedrich Merz que le duo de candidats, toujours plus populaire, risque de faire de l’ombre. Alors que, dans les sondages, sa cote s’élevait à 40 % environ à la mi-février, Friedrich Merz n’a quasiment pas fait d’apparitions publiques ces dernières semaines, notamment parce qu’il a lui-même été infecté par le coronavirus.

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Portrait des quatre candidats susceptibles de succéder à Angela Merkel, Annegret Kramp-Karrenbauer, Jens Spahn, Friedrich Merz et Armin Laschet.

Le duo Laschet/Spahn est également très soutenu par la puissante CDU de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Cette antenne régionale du parti est la plus puissante d’Allemagne en termes de nombre de membres. Le 27 février, elle a publié une déclaration soutenant officiellement le duo.

Les conséquences du report

Stefan Marschall souligne toutefois que « lorsque l’on évalue la situation des candidats et leur popularité, il ne faut pas oublier que l’Allemagne se trouve pour le moment dans une situation exceptionnelle ».

Il est tout à fait possible que le vent tourne et que la campagne électorale prenne un autre aspect à partir de l’automne. « Quand la crise sera terminée, nous verrons rétrospectivement s’il y a eu des erreurs et des échecs », ajoute-t-il.

Compte tenu du pic du soutien que la crise du coronavirus vaut à Armin Laschet et Jens Spahn, le report de la conférence du parti pourrait profiter aux autres candidats, et à Friedrich Merz en particulier.

Même si l’évolution de la situation actuelle influera fortement sur l’issue du scrutin, l’élection du président de la CDU dépendra avant tout de la direction que le parti voudra prendre à long terme.

Markus Söder, un rival redoutable

Selon Stefan Marschall, avoir pris Jens Spahn dans l’équipe constitue « un coup de génie » d’Armin Laschet. Fin février, aucun des deux n’était véritablement en mesure d’anticiper la popularité dont le duo allait jouir dans les semaines suivant l’annonce de leur candidature en raison de l’apparition du coronavirus.

Selon un récent sondage, Jens Spahn et Armin Laschet, qui en tant que présidents de parti seraient en première ligne pour se porter candidats à la chancellerie, sont au coude-à-coude lorsqu’il s’agit de savoir qui les Allemands voudraient voir succéder à Angela Merkel.

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Angela Merkel, chancelière allemande depuis 2005, ne se présentera pas à la présidence de la CDU en décembre ni à la chancellerie à la fin de son mandat.

La popularité croissante de Jens Spahn pourrait-elle provoquer la chute d’Armin Laschet ? C’est peu probable, selon Stefan Marschall, « Spahn restera au deuxième rang lorsqu’il s’agira de savoir qui présidera la CDU. Toute autre attitude serait perçue comme un manque de solidarité ».

À long terme cependant, Jens Spahn pourrait se positionner comme le successeur d’Armin Laschet.

Reste à savoir si Armin Laschet deviendra effectivement le candidat de la CDU/CSU au poste de chancelier.

Son plus grand rival reste Markus Söder, le ministre-président de la Bavière et leader de la CSU, le parti frère de la CDU. Selon un récent sondage réalisé par l’institut YouGov pour le compte de l’agence de presse allemande DPA, les Allemands préféreraient voir Markus Söder succéder à Angela Merkel.

Dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le fief d’Armin Laschet, 43 % des personnes interrogées considèrent également Markus Söder comme un bon candidat à la chancellerie. À tel point qu’il talonne l’enfant du pays, qui a obtenu 45 % des voix dans le même sondage.

Markus Söder ne cesse de répéter que sa place est en Bavière, mais si sa cote de popularité reste élevée, il continuera à faire figure de candidat potentiel à la chancellerie.

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