Croatie et Slovénie à cran sur leurs eaux territoriales

Baie de Piran [Shutterstock]

La Croatie rejette le verdict du tribunal international qui donne accès à la Slovénie aux eaux internationales en passant par un couloir marin en eaux croates. Ce différend pourrait créer de nouveaux obstacles à l’élargissement de l’UE dans les Balkans.

Les eaux du nord de la mer Adriatique sont source de conflit depuis l’éclatement de la Yougoslavie en 1991. La Slovénie, qui ne possède que 46 km de côtes, revendique l’intégralité de la baie de Piran alors que sa voisine réclame la moitié.

Pendant des années, Ljubljana, qui a rejoint l’UE en 2004, a bloqué les négociations d’adhésion de la Croatie en 2008 à cause de ce conflit. Les deux parties ont finalement décidé de s’en remettre au verdict du tribunal international de La Haye, ce qui a permis à la Croatie de reprendre les négociations d’adhésion et d’entrer dans l’UE en 2013, sans que la Slovénie n’y oppose son véto.

Après huit ans de procédure, la Cour internationale a enfin tranché le 29 juin, mais Zagreb a confirmé qu’elle ne respecterait pas le verdict du tribunal. La Croatie estime en effet que le jugement est nul et non avenu, car lors du processus d’arbitrage, un responsable slovène avait été en contact avec un membre du comité. Ljubljana ne conteste pas cette accusation, mais insiste sur le fait que la Croatie doit s’en tenir aux termes de l’accord.

Bien avant que le verdict ne soit prononcé, la Croatie avait annoncé qu’elle se retirait de la procédure d’arbitrage qu’elle jugeait « irrémédiablement biaisée et compromise ».

La Slovénie réclame un accès direct aux eaux internationales qu’elle n’avait pas jusqu’à présent puisque ses bateaux devaient d’abord passer par les eaux italiennes ou croates.

Le verdict de la Cour permanente d’arbitrage du 29 juin accorde donc à la Slovénie un couloir d’environ 2,5 milles marins de largeur dans la mer territoriale de Croatie. Reste à savoir comment sera mise en œuvre cette décision.

La Croatie veut solder ses problèmes frontaliers avant l'été

Le Premier ministre croate espère régler les problèmes de congestion à sa frontière avec la Slovénie avant le début de la saison touristique qui représente 18% du PIB du pays.

Ce week-end, les autorités des deux pays ont rapporté des incidents dans les eaux contestées. Des bateaux de pêche croates sont entrés dans une zone contrôlée par la police slovène, selon le journal Total Croatia News.

Les Premiers ministres des deux anciennes républiques yougoslaves, Andrej Plenković et Miro Cerar devraient se rencontrer le 12 juillet pour discuter du problème. Miro Cerar, le dirigeant slovène, a qualifié le verdict de « final et juridiquement contraignant » pour les deux parties et déclaré qu’il devait être respecté.

Leur rencontre aura lieu juste avant un sommet de deux jours UE-Balkans occidentaux à Trieste, auquel participeront aussi les dirigeants allemand, français et italien. La question des frontières sera certainement à l’ordre du jour.

L’incapacité de deux États membres à résoudre des différends liés aux frontières ne présage rien de bon pour les Balkans occidentaux, où six pays essayent de rejoindre l’UE et trois d’entre eux – la Serbie, le Monténégro et la Bosnie – sont enlisés dans des litiges frontaliers avec la Croatie.

Cela signifie, en théorie du moins, que la Croatie pourrait utiliser son droit de véto sur l’adhésion de ses voisins à l’UE. « Avant de tirer des conclusions pessimistes, attendons de voir si le conflit frontalier entre la Croatie et la Slovénie sera résolu en juillet », a déclaré un diplomate européen.